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La Transversale

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Il y a dans chaque sport ou pratique martiale des notions transversales et que l’on peut appliquer à bien d’autres domaines.

« J’ai appliqué les principes de la tactique à tous les domaines des arts. En conséquence, dans aucun domaine je n’ai de maître. » Musashi Miyamoto

Certains enseignants, artistes, ou passionnés, quel que soit leur domaine, arrivent à appliquer leurs principes dans d’autres activités de manière très pertinente. Leur niveau de maîtrise dans leur discipline, leur compréhension leur utilisation du corps les amènent à devenir maîtres dans toutes les autres. Finalement le point commun à toutes les activités physiques pratiquées , c’est soi !

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(Kono Yoshinori, principes fondamentaux et universalité)

Pour illustrer ces principes transversaux  et pour créer un véritable fil rouge dans cette exploration, j’ai décidé de vous présenter trois personnes qui me tiennent à cœur. Chacune appréhende le monde au travers de sa ou ses spécialisations, et chacune possède cette finesse dans leur recherche de globalité.

C’est dans mon ouverture au monde et dans ma propre quête d’universalité que j’ai rencontré ce trio gagnant. J’ai alors décidé (oui, c’est un blog, pas une démocratie !) de les mettre à l’honneur, non pas par un article, qui ne serait que trop succinct au vu de leurs mérites, mais par un suivi régulier où je souhaite laisser une grande place à leur parole, que ce soit un enseignement, un coup de gueule ou un partage d’émotion.

Issus du monde sportif ou martial, ces pratiquants ont chacun fait de leur passion un art de vivre. Nous pourrons ainsi les accompagner dans leurs évolutions, vibrer au rythme de leurs ressentis et s’enrichir par leurs expériences.

Tant pis pour la parité, voici ces deux femmes et cet homme, à la fois simples dans leur vie et d’exceptions de par leur engagement.

La première de ces dames : Marie Apostoloff.

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J’ai rencontré Marie lors de mon premier cours d’aïkido au dojo rue Henri Regnault donné par Léo Tamaki (quelques années après ma première rencontre avec lui). Quelle ne fut pas ma surprise de voir cette petite boule de nerf et de bonne humeur, sautant sur le dos de ses partenaires avant le cours et se transformant du tout au tout, en guerrière à la concentration aigüe dans le travail technique !

Marie est une personne qui ne laisse pas indifférent. Bon, on la remarque, c’est sûr. Elle a une forte personnalité, le verbe haut et spontané. Pourtant, elle est empreinte d’une très grande humilité et d’un profond respect envers ses pairs.

Aujourd’hui, j’appréhende les stages où je ne la retrouve pas, de peur de manquer de joie de vivre dans le cours et surtout afin de me confronter à quelqu’un qui ne me laissera passer aucun défaut, tout en restant à l’écoute.

Marie est maintenant nidan (=deuxième dan) en aïkido Kishinkaï. J’ai apprécié lui servir un peu d’uke dans sa préparation au passage de ce grade et y assister. Elle est une fine technicienne et une travailleuse acharnée que tous reconnaissent.

311433_4818920673804_623846289_n(Avec Issei Tamaki, au dojo d’Herblay)

« Je cherche à reprendre contact avec moi-même. À connaître mes potentialités ainsi que mes manques, ce qui correspond en fait à être à l’écoute de ce que je suis. J’ai envie d’harmonie physique et mentale (…)

Qu’est-ce qu’un mental de guerrier ? Est-ce le fait de ne jamais douter ? (…)

Le doute fait partie de la route et à ce titre, ne nous laissons pas submerger par ce  » fidèle compagnon « , entourons-nous plutôt d’humilité et de modestie, en acceptant nos imperfections sans jamais cesser de les travailler. (…)

Je suis  » taillée pour le bonheur « , vraiment ! »

(Extrait de l’interview de Marie Apostoloff, à retrouver dans son intégralité très prochainement sur Subo-Subo)

 

Vient ensuite mon coup de cœur de chez les apnéistes : Aurélia Voyer.

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J’ai découvert Aurélia un peu par hasard, par le biais des réseaux sociaux. Je me suis très vite intéressé à son palmarès grandissant et à son parcours. Sa personnalité m’a ensuite rapidement séduit de par son côté énergique et volontaire. Voyant en elle un fort potentiel dans l’apnée sportive, j’ai décidé de croire en elle et de lui apporter mon soutien et mon amitié.

Et en amitié, elle partage sans compter. C’est elle qui m’a redonné goût à la compétition et nous y avons vécu des moments intenses ensemble.

Aurélia est une femme entière qui semble impatiente. En réalité, elle est une personne qui essaie seulement de ne pas perdre son temps et qui met un point d’honneur à devenir ce qu’elle sent être au fond d’elle. Elle est l’incarnation vivante de la seconde phrase de ce dicton : « qui ne veut pas trouve des excuses, qui veut trouve des solutions ».

Elle écoute, elle teste, digère et cogite. Une athlète qui pige et qui galope. Elle sait s’entourer des meilleurs coachs mais surtout, elle se fait elle-même !

C’est avec un très grand plaisir que je la regarde se battre, trébucher, se relever et monter sur de plus en plus de podiums.

10426233_818551694860361_4878092225842065506_n(En épreuve de Dynamique avec palme, par psmcafe)

« Je suis venue à l’apnée à la piscine, avec mon père. J’adorais qu’il me chronomètre. J’aimais cette sensation de liberté que l’on a sous l’eau. Et ce silence m’apaisait aussi beaucoup. (…)

Pourtant, ce ne sont pas tellement les sensations qui m’intéressent dans l’apnée. Cela touche plus à un idéal pour moi. J’aime l’idée d’absolu. Je recherche le dépassement. Réussir à atteindre quelque chose qui à première vue semble inaccessible ou dangereux. (…)

Cette notion de dépassement exigeait de moi que je me connaisse mieux, que je sache où sont mes limites, celles de mon corps, celles de mon mental… C’est donc une quête de soi, une quête de l’équilibre à travers la démesure. » (Extrait de l’interview d’Aurélia Voyer, à retrouver dans son intégralité très prochainement sur Subo-Subo)

 

Enfin, voici l’homme du trio. Celui qu’on ne présente plus. Si, quand même ? Ha, bon ! Philippe Billard. Un ovni dans le monde de la course d’endurance.

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Philippe est le directeur de publication de la revue Ultra Mag (le sport de zéro à l’infini, c’est parlant !), co-auteur du livre/film Ultra-Trail, auteur du livre blanc « les secrets de la respiration performante » et naturellement grand spécialiste de la course d’ultra-fond -tout ce qui est au-delà du marathon- .

Philippe, c’est la douceur. Le dépassement dans le corps par la compréhension des verrous et des leviers de l’esprit. Pour autant, Philippe est un instinctif. C’est un touche-à-tout mais qui sait où il veut aller.

S’il est une discipline mentale, c’est bien la course à pied. S’il y en a une qui transcende le genre, c’est le 6jours/6nuits. Philippe, son truc, c’est cette folie. Mais aussi la folie de rire de tout et la folie vivre pleinement.

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(Concentration, visualisation, au sein du Laboratoire Holiste)

« Je pratique l’ultra-endurance, ou pour être plus explicite, la course à pied au-delà du marathon, et si possible, bien au-delà. Cela inclut les courses de montagne (jusqu’à 160 km pour ce qui me concerne), les 100 km sur route, les courses horaires (de 6 h à 48 h), et les multi-days. J’en ai couru une centaine depuis 2000. Ces dernières années, j’ai jeté mon dévolu sur les 6 jours en version tapis de course. Il s’agit de courir 144 heures en s’arrêtant un minimum et en couvrant la distance maximale. (…)

La culture martiale asiatique a toujours fait partie de moi. Loin d’être un expert, loin d’avoir voulu en faire ma voie unique, j’y ai puisé au fil des années ce qui me parlait le plus profondément. (…)

La recherche du geste parfait, de l’équilibre, du souffle juste, du timing, et plus que tout, d’un transfert de la pratique sportive vers l’être humain que je suis au quotidien. C’était une réponse compliquée pour dire un seul mot : simplicité. Ne m’intéresse que ce qui tend vers la simplicité et la pureté. (…) » (Extrait de l’interview de Philippe Billard, à retrouver dans son intégralité très prochainement sur Subo-Subo)

Vous pourrez dorénavant suivre régulièrement, de manière individuelle et intimiste, les aventures d’Aurélia, Marie et Philippe sur Subo-Subo.

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(Aurélia – Philippe, par Francis Hachem -Marie avec Ellis Amdur, par Fabien Kasman)

 

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Je suis mort !

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                Quelle étrange sensation que celle de ne plus avoir existé pendant un instant. Pas désagréable. Pas agréable non plus. Je n’ai pas vu de tunnel avec de la lumière au bout. Il n’y avait pas de silhouette familière dans un brouillard spirite. Pas de blanc. Pas de noir. Rien. Je n’existe pas, voilà tout. Je suis absent. Bon, cessons tout de suite de dramatiser. J’ai juste fait une syncope en piscine lors d’une compétition d’apnée. Oui, j’avais dit que j’arrêterais la compétition mais c’est revenu sans que je ne m’y attende, sûr une suggestion amicale. J’ai poussé trop loin mon organisme alors que mon ressenti me dictait une conduite différente.

 

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Épreuve du Dynamique sans palme, ici Georgette Raymond, par psmcafe

                Bref, je nageais avec plus ou moins de difficultés sous l’eau, à une distance que je maitrisais habituellement plutôt bien, lorsque soudain, je me retrouve hors de l’eau, assis au bord de la piscine au milieu des juges, de l’équipe de sécurité et du médecin. Entre les deux, il me manque un morceau. Le médecin m’a demandé comment je me sentais lorsque mon regard annonçait enfin que ma conscience se redéveloppait au sein de mon corps. Mes premiers mots ont été :

                « C’était une expérience… intéressante ! »

Il est difficile de se mettre à l’épreuve. Dans la voie martiale, notre époque ne permet plus aussi facilement qu’avant de le faire. Et je pense que c’est une bonne chose. Alors, comment savoir où nous en sommes dans notre progression. Quelle est notre compréhension réelle de ce qui nous a été enseigné. Nous ressentons le besoin de savoir qui l’on est vraiment, de comment on agirait dans une situation réelle. Lorsque je regarde autour de moi, parmi les partenaires d’entrainements que je croise, je vois certaines rares personnes qui ont une connaissance d’eux-mêmes très fine et je vois beaucoup de personnes qui semblent à mes yeux être en décalage avec l’image qu’il donne d’eux-même, ou entre leur pratique et leur discours.

 

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Maori, le guerrier affiché

Dans la pratique de l’Aïkido, par exemple. Je ne pense pas y trouver de pratiquants ou d’enseignants plus prétentieux que dans d’autres disciplines. Cependant, trop souvent, le nombre d’années de pratique ou le lignage entraînent certaines prétentions, même involontaires. Il n’est pas évident d’apprécier le niveau réel de quelqu’un en aïkido, si ce n’est par le ressentit direct de la technique. Là encore, mon expérience m’a démontré qu’il est aisé d’impressionner quelqu’un d’un niveau moins avancé. En dehors de quelques rares altercations, l’aïkido n’a pas de lieu pour être mis à l’épreuve. Et la pratique ne se situe pas dans cet état d’esprit. J’en suis d’ailleurs très heureux. C’est ce qui permet de préserver la technique et l’écoute intérieure plutôt que de transformer la pratique martiale en sport d’opposition et de permettre une confrontation de toute façon contenue dans un cadre bien défini.

 

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Ueshiba Morihei, fondateur de l’Aïkido

En aïkido, certains enseignants insistent sur l’idée de compassion et d’harmonie entre les partenaires. C’est une notion très abstraite que cette dernière. Je crois ne l’avoir vécu qu’une seule fois. C’était à l’armée, dans un combat libre à mains nues avec un pratiquant expérimenté en boxe et jiu-jitsu. Depuis lors, cette débauche de bonnes intentions m’a rarement convaincu. Surtout lorsque je constate que finalement la pratique est une pratique de connivence, quasi-chorégraphiée sans aucune cohérence martiale. Pourtant, jamais dans l’histoire de la création de l’aïkido, son pragmatisme n’a été sacrifié au profil d’une aspiration philosophique, malgré la spiritualité développée du fondateur.

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(La recherche de l’harmonie – Patrick Musimu en travail respiratoire puis en apnée)

A l’inverse, on parle souvent de retourner la force du partenaire contre lui-même. De lire l’intention aussi. Mais concrètement, je ne sens que force et rupture de force, feinte et accélération. Rien de spécialement abouti. Lorsqu’en plus je dois me mettre en garde, les poignets se touchant avec le défenseur, et que l’on m’incite à mettre de l’intention dans mon bras, c’est-à-dire gainer mon bras et pousser avec mon corps (ce qui a un sens, mais manque ici de subtilité), je me dis que quelque chose a été perdu en chemin dans l’enseignement et que les pratiquants d’aïkido manquent de remise en question de soi.

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Dessin d’Oscar Ratti

Bon, l’idée n’est pas ici de faire la critique d’une discipline, si chère à mon cœur qui plus est, mais bien d’aborder l’importance de la mise à l’épreuve qui a été le quotidien des combattants à l’origine des arts que nous pratiquons maintenant.

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Nakadai Tatsuya dans Hara Kiri, de Kobayashi Masaki

Le coureur a son marathon, le judoka a son shiaï, le samouraï avait son champ de bataille ou son duel.

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Phase de natation au triathlon Ironman d’Hawaii, Daily Telegraph

                J’ai eu la chance de vivre des entrainements intensifs à arme blanche réelle, au couteau et au katana. Avec le recul, je sais que ma chance dans ces entrainements était le faible niveau technique que nous avions en nous agressant mutuellement. Les attaques bien que nous mettant réellement en danger étaient assez prévisibles car limitées dans leur variété mais surtout sans subtilité corporelle. Cependant, les outils psychologiques que ce type d’entrainement développe m’ont été très utiles lors de mon passage dans les forces spéciales.

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S’entrainer en condition réelle

Alors que j’étais encore en service, un adepte de jeux vidéo m’a présenté la dernière version d’un jeu au titre évocateur. Il était convaincu que son jeu était si réaliste que les unités commandos devaient l’utiliser pour s’entrainer. Je n’ai rien eu à redire. Si certains logiciels de gestion peuvent avoir un intérêt certain dans certaines professions, pourquoi aurions-nous joué sur console alors que nous nous entrainions presque au quotidien à balles réelles ? La notion de danger vital donne vraiment une vision différente de la vie et de la pratique. Je ne suis pas samouraï et je ne croise jamais personne armé de sabre dans les pays que je fréquente maintenant. Je n’ai plus non plus le besoin professionnel de m’entrainer au combat. Je ne cherche pas à mettre ma vie en danger mais j’ai cependant un besoin constant de m’explorer et de savoir qui je suis, jusqu’en dans les moindres parcelles de mon corps et de mon esprit. J’ai besoin d’évoluer et d’être capable de me mettre à l’épreuve pour cela. Dans mon apprentissage auprès de Léo Tamaki, je cherche à comprendre comment utiliser mon corps de manière différente pour optimiser son utilisation, quel que seront mon âge et ma condition physique dans le futur. Plus question de se préparer en vue d’une épreuve. Plus de pic de forme à viser. La pratique doit être considérée au quotidien. Si survie il y a, c’est à chaque instant. Sans entrer dans une paranoïa guerrière (peut-être cela fait-il partie du chemin, ponctuellement), il s’agit à la fois de vivre de manière raisonnée, pas forcément dans une analyse continue de soi et de son environnement, et de devenir assez relâché et sensible pour capter les intentions réelles, aussi subtiles soient-elles. Je n’ai pas encore la chance de côtoyer régulièrement des maîtres comme Kuroda Tetsuzan, qui nous font nous sentir vraiment en danger de mort lorsque la technique jaillit. Alors, pour me retrouver face au sabre, je fais de l’apnée sportive. Bon, aussi parce que je suis un amoureux de l’élément liquide.

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Kuroda Tetsuzan, par Frédérick Carnet, « Budoka no Kokoro »

Dans l’apnée, lorsque l’on me demande si je fais du yoga, je réponds que « non, je ne fais que de l’aïkido ». L’apnée est cependant ma méditation, mon yoga, mon aïki et mon travail au sabre. De la même façon, je crois que chaque moment de ma journée est un moment de pratique. J’apprends au travers de l’aïkido et de l’apnée à optimiser mes mouvements, à trouver les chaines musculaires qui me permettent le meilleur gainage et de développer le plus d’efficacité en consommant le moins d’énergie.

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Les chaînes musculaires, Godelieve Denys-Struyf

Je trouve dans l’apnée sportive le moyen de me confronter. A moi-même, principalement. Pas de mensonge en apnée. Un esprit non serein, et c’est l’échec. Un corps trop tendu, idem. Sous l’eau, je vois le miroir de ce que je suis.

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Pas de mensonge en apnée

 

Et lors de cette dernière compétition, à la fois dans l’eau et face au sabre, j’ai lutté, j’ai forcé, mon esprit a décroché du moment présent. J’ai été coupé. Je suis mort. Heureusement, l’équipe de sécurité est au point. Je n’ai vécu qu’un game over. Je peux continuer de jouer, vivre et progresser. C’est une expérience marquante qui si elle n’est pas si grave, n’est pas anodine non plus. Je pense que j’ai eu la chance de la vivre. Je comprends ce que c’est que de s’accorder, de trouver l’harmonie. Je sais où m’entrainent les illusions d’une pratique extérieurement dure. Je crois savoir où me diriger. L’eau et le soutien inconditionnel de mon maître sont mes atouts. Faut-il encore que je les écoute…

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(L’auteur, tendant l’oreille)