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On ne l’arrête plus !

A l’image de LeSean McCoy, le fameux Running Back des Eagles, c’est avec l’arrivée de la neige que je me sens pousser des ailes. Je pars dans ma course folle, franchis, contourne les obstacles pour marquer des points d’importances avec mon équipe.

 

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LeSean McCoy

 

Ce mois de janvier est riche en émotions et augure un bon début d’année avec la sortie de ma seconde coopération avec le Hors-Série Spécial Aïkido de Dragon Magazine où vous pourrez retrouver mon premier article sur la Préparation Physique pour l’Aïkido. Mais aussi avec la sortie de mon premier livre en qualité de co-auteur : Manuel d’Entrainement à l’Apnée.

 

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Le thème de ce hors série est « Omote/Ura: Le visible est l’invisible« . Mon billet a pour titre : « Avec Agilesse et Souplité ». J’y explique l’intérêt d’une préparation physique dans la pratique martiale et y aborde la question des étirements.

J’apprécie de participer à cette rédaction en raison de la variété des intervenants et de leur qualité. Cela ne manquera pas d’enrichir autant notre point de vue, nos connaissances que notre pratique.

 

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Dans le numéro précédent, je croisais mes connaissances du milieu sportif et celles de la pratique martiale pour comprendre la notion de Kokyu, au travers de « La Respiration dans l’Aïkido ».

 

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L’auteur, en travail du diaphragme et des muscles intercostaux.

 

Autre événement d’importance. Ce week-end à lieu, Porte de Versailles, le plus gros rassemblement de France de plongeurs : le Salon International de la Plongée Sous-marine. En cette belle occasion vous pourrez retrouver en avant-première le livre dirigé par Frédéric Lemaître auquel j’ai participé : Le Manuel d’Entrainement à l’Apnée, au Stand de Turtle prod (D25)

 

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Docteur en Physiologie de l’apnée, Frédéric a fait appel à des spécialistes de différentes disciplines pour livrer sans retenue les clefs véritables qui permettent une pratique cohérente et efficace de l’apnée sportive.

Vous aller pouvoir vous appuyer sur ce manuel pour programmer vos séances et voir réellement vos performances s’incrémenter. Fini les secrets réservés à l’élite. Et vraiment plein de belles surprises dans ce livre, du jamais vu, je vous assure !

Cet ouvrage est préfacé par Guillaume Nery, apnéiste de talent exceptionnel, mondialement reconnu.

 

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Guillaume Nery, lors d’une conférence sur L’Apnée.

En quatrième de couverture :

« Enfin le voici, le premier livre regroupant les clés de l’entraînement en apnée ! Cet ouvrage se décompose en 3 parties. Une première partie pour mieux comprendre comment votre corps fonctionne en apnée en lien avec l’entraînement; une deuxième partie pour vous apprendre à programmer vos entraînements et bien entendu progresser dans votre activité et enfin une dernière partie avec tous les outils pratiques de vos entraînements et de nombreux programmes et méthodes de la musculation à la méditation pour l’apnée. » Frédéric Lemaître.

 

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(photo hors livre, from Abyss Garden)

 

Ce manuel est le fruit d’un long travail qu’il a fallut concilier avec nos vies professionnelles et personnelles. Si nous voyons déjà comment améliorer et enrichir ce manuel, il a le mérite d’exister et de marquer d’une croix le calendrier des livres sur l’Apnée grâce à la démocratisation des techniques d’entrainement.

Bonnes lectures et bonnes immersions !

 

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(Photo hors livre, from Annelie Adventures)

 

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Philippe Billard – 1/ Vers l’infini et au-delà

Que l’on soit fondu d’ultra, apnéiste chevronné, alpiniste de l’impossible, navigateur solitaire, chercheur martial ou plus modestement sportif curieux, un jour où l’autre on croise Philippe Billard.

Ce journaliste de métier est un touche à tout mais aussi un jusqu’au-boutiste qui aime se poser des questions, se remettre en question aussi et s’accomplir en se surpassant

Dans le cadre du fil rouge de ce blog (voir La Transversale), pour une fois, c’est lui qui a répondu aux questions.Il a bien voulu me prêter un peu de temps entre ses excursions dans l’extrême et la tenue de son magazine si complet pour s’exprimer avec franchise et humour auprès des lecteurs de Subo-Subo.

Philippe, un vision qui va loin.
Un regard qui porte loin

Philippe, quelle est la discipline que tu pratiques et quelles sont ses particularités ?

Je pratique l’ultra-endurance, ou pour être plus explicite, la course à pied au-delà du marathon, et si possible, bien au-delà. Cela inclut les courses de montagne (jusqu’à 160 km pour ce qui me concerne), les 100 km sur route, les courses horaires (de 6 h à 48 h), et les multidays. J’en ai couru une centaine depuis 2000. Ces dernières années, j’ai jeté mon dévolu sur les 6 jours en version tapis de course. Il s’agit de courir 144 heures en s’arrêtant un minimum et en couvrant la distance maximale. J’évolue de plus en plus vers les sports de grande endurance, sans distinction : vélo, natation, tandem, randonnée, etc.

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Courir plusieurs jours, ici à Evreux

Comment y es-tu venu ?

Je ne sais pas trop. C’est venu peu à peu, et puis ça s’est imposé d’un coup, comme la synthèse de plein d’éléments très disparates. Il y a ce désir d’autonomie, qui me vient de mon enfance, doublé de celui d’aimer me distinguer, ne pas faire les choses comme tout le monde. Et puis l’envie de pratiquer un sport extrême, doublée de celle de ne pas risquer ma vie. Quand j’ai décidé de me mettre réellement à l’ultra, en 2000, je n’ai pas fait les choses à moitié. Après quelques tâtonnements, j’ai décidé trois ans plus tard que l’ultra serait au centre de ma vie en créant un magazine dédié à cette discipline. Très pratique pour courir toutes les semaines en faisant des reportages !

La passion de l'Ultra
La passion de l’Ultra

On parle souvent de sensations dans le sport comme dans les arts martiaux (ou d’explorations sensorielles). Quelles sont les sensations que tu y trouves, ou celles que tu y cherches ?

C’est à ce stade que je te remercie, Fabien. J’aurais pu le faire en introduction, mais ici c’est mieux. Je te remercie parce que ton expertise dans les arts martiaux et cette interview me permettent de faire le lien entre les disciplines. Même si je ne justifie que de deux ans de karaté avec une petite ceinture marron, quelques mois de judo à un âge où on a du mal à comprendre l’intérêt de parler japonais, la culture martiale asiatique a toujours fait partie de moi. Loin d’être un expert, loin d’avoir voulu en faire ma voie unique, j’ai puisé au fil des années ce qui me parlait le plus profondément. Le combat en tant que tel ne m’intéresse pas, mais sa symbolique, oui. Car tout, dans la vie, est combat. Combat physique, action face aux agressions, mais surtout, plus généralement, combat pour sortir de ses zones de confort. Le combat n’est pas un acte négatif, c’est une acuité, une compétence qu’on développe pour ne pas avoir à s’en servir.

Le combat constant du mental
Le combat constant du mental

La pratique du karaté m’a permis de comprendre, ou plutôt de valider, qu’une sensation physique était identique à une sensation mentale. On les traite de la même manière. Si je suis relâché physiquement, je le suis mentalement, et vice-versa. Je traite de la même façon une agression verbale et une douleur physique. Mes déplacements, mes mouvements, mes gesticulations, mes blocages et mes aisances, sont à la fois cérébraux et corporels. Voilà ce que me disent les arts martiaux, ou en tout cas ce que j’en ai pris (peu importe que ce soit juste ou pas d’ailleurs). Ils offrent un canevas intéressant, composé de valeurs, de techniques, d’apprentissages, qui sont reproductibles non seulement pour l’ultra, mais pour tous les sports. Et ça se traduit par des quêtes extrêmement similaires : la recherche du geste parfait, de l’équilibre, du souffle juste, du timing, et plus que tout, d’un transfert de la pratique sportive vers l’être humain que je suis au quotidien. C’était une réponse compliquée pour dire un seul mot : simplicité. Ne m’intéresse que ce qui tend vers la simplicité et la pureté.

Quels sont les autres sports ou pratiques que tu affectionnes ?

J’ai longtemps nagé et j’aime bien m’y remettre quand ça se présente. Je pratique aussi le vélo, la musculation de type crossfit au poids de corps, la marche, et un peu tout ce qu’on peut me proposer. J’ai une appétence particulière, évidemment, pour tout ce qui demande de l’endurance, mais je me dirige aussi de plus en plus vers les sports demandant de l’agilité, de l’équilibre, de la coordination, de la force.

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Chaque discipline est l’occasion de nouveaux défis

Est-ce que tu y vois des liens ? Une continuité avec ce que tu fais ? Ou y vois-tu des choses bien séparées, bien cloisonnées ?

Oui, tout se répond, se complète, s’enchaine. En bas de ma pyramide personnelle, il y a la pratique sportive, peu importe laquelle, et plus je monte, plus l’endurance prend de l’importance. L’endurance physique, puis l’endurance mentale, puis l’endurance environnementale, puis la somme des trois, et enfin, l’endurance tout court qu’on pourrait appeler la longévité. La totalité de mes actions s’intègre dans cette démarche de longévité. Il ne s’agit pas seulement de vivre vieux et en bonne santé, il s’agit de trouver le système adapté à ce que je suis, à mes valeurs, à ma nécessité de partage, à mon besoin pathologique d’apprendre encore et encore.

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Courir six jours sur Tapis – Étude sur le sommeil par le laboratoire d’Albi

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Comment abordes-tu ta pratique au quotidien (ton mental en arrivant à l’entrainement, par exemple, ou ton changement d’humeur par rapport au reste de la journée) ?

Là encore, comme une continuité. On ne dit pas de moi que je suis un sportif exceptionnel, ni performant, et ma façon de faire déboussole souvent ceux qui ont pu se retrouver en position d’observateur. Quand j’arrive à l’entraînement, je m’écoute, je passe un moment bien ancré dans le présent, qui s’harmonise autant que possible avec l’avant et l’après. Autrement dit, je m’entraine quand je cours, mais je m’entraîne aussi quand je travaille, quand je mange, quand je dors… quand je vis. Mon emploi du temps idéal serait noirci par du sport, du sport et encore du sport. C’est impossible, alors j’ai appris à pratiquer le sport mental, à travailler ce qui manque à mon sens à beaucoup d’athlètes : l’envie. Avoir envie de continuer, se proposer à soi et aux autres, constamment, des aventures incroyables, des tours de magie, de l’illusion.

A l’entraînement, je m’écoute, je passe un moment ancré dans le présent
A l’entraînement, je m’écoute, je passe un moment ancré dans le présent

Qu’est-ce que ta pratique t’apporte ? Qu’est-ce qu’elle a changé en toi ?

Je ne sais pas si ma pratique a changé. Elle a en tout cas certainement « révélé » quelque chose. Le grand apport de l’ultra, c’est le relâchement, à tous les niveaux. Au départ, c’est une sensation physique globale : relâcher les épaules, courir en souplesse, se sentir bien dans son corps. Et puis ça évolue vers un relâchement mental. Plus j’évolue, plus je ressens des tas de signaux faibles, comme si j’étais parfois capable d’identifier une cellule musculaire contractée et d’agir sur sa décontraction. C’est une image, bien sûr, mais ce que je veux dire, c’est que la sensation de relâchement est multidimensionnelle.

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Vers un relâchement mental

Y a-t-il une personne (vivante ou décédée) qui t’inspire particulièrement ?

Il y en a beaucoup. Mes parents m’inspirent, pour leur capacité à vivre gaiement malgré les épreuves douloureuses qu’ils ont traversé. Mes proches m’inspirent parce qu’ils ont pour la plupart une attitude digne, ouverte, respectueuse des autres et d’eux-mêmes. Ma fille m’inspire parce qu’elle est naturellement relâchée, comme l’enfant qu’elle est, mais avec un petit plus (c’est ma fille !). Je prends beaucoup du monde qui m’entoure et sans forcément idolâtrer une personne en particulier, je suis sensible à certains parcours de vie : Musashi, le Dalaï-Lama, Gandhi, toi, les apnéistes Mifsud et Néry, Léo Tamaki que je dois absolument croiser un jour, et des dizaines d’autres, réels ou fictifs.

Stéphane Mifsud, recordman du monde d'apnée statique
Stéphane Mifsud, recordman du monde d’apnée statique
Leo Tamaki, maître de l'Aïkido Kishinkaï (ici avec Julien Coup)
Leo Tamaki, maître de l’Aïkido Kishinkaï (ici avec Julien Coup)

Est-ce que tu vis ton investissement au jour le jour ? Programmes-tu scrupuleusement ta préparation ? Dans 10 ans, comment te vois-tu ?

Mon investissement, c’est ma façon de vivre. Il y a des périodes durant lesquelles je ne peux pas courir autant que je le souhaiterais, alors j’essaie d’être carré sur tous les autres paramètres : alimentation, sommeil, hygiène de vie. Je ne programme rien, ou très rarement. Je suis très attaché au vécu du présent, donc j’ai vaguement une idée sur certains objectifs (un 6 jours à préparer, une condition physique à atteindre, etc.) et je crée au quotidien les meilleures conditions pour y parvenir. Il ne s’agit pas forcément d’ascétisme, j’ai tendance à être très indulgent avec moi-même, pour conserver l’envie dont je parlais plus haut. Je pense souvent à l’Aïkido pour gérer le moment présent. La logique, le but, c’est de ne pas mourir (symboliquement, et en vrai aussi), et pour y parvenir, la voie que j’ai choisi, c’est la souplesse. Si quelque chose coince, on respire, on recommence, on a le temps. La question du futur est délicate. Évidemment, je me rends compte que j’ai tout un tas de conneries en tête qui pourraient intéresser les autres. Mais quels autres ? Si ça doit se faire, ça se présentera à moi sous une forme ou une autre et je saurai le voir. En attendant, la médiatisation relativement importante (pour l’instant) des 6 jours, permet de faire passer un certain nombre de messages, de transmettre une vision du sport épanouissante, universelle, simple. Donc oui, enseigner… disons plutôt « partager ».

Bol d'Air
Si quelque chose coince, on respire

Maintenant, oublions tout ça. Décroche de notre lien sportif. Parle-moi juste de toi, de tes rencontres, de ce qui compte ou t’agace, d’un hommage si besoin…

Je pense à une personne que j’ai rencontrée, c’est un voyageur-peintre avec son chien que j’ai croisé lors d’une traversée de la France en vélo. Un hommage : ma mère, forcément. Un truc qui me déplaît chez les autres (et parfois aussi chez moi) : l’injustice. Une envie « là tout de suite » : aller déjeuner. Un défaut : vouloir trop faire et au final, ne pas en faire la moitié. Une qualité : être conscient que les qualités, ça se travaille. Mon passé : un jeu de construction. Mon présent : un déluge de sensations. Mon futur : heureux. Mon épitaphe : « Il aimait les crêpes et le jambon de poulet ». Le PS de mon épitaphe : « Mes voisins sont très calmes ou c’est moi ? » Le PPS : « Il a toujours eu du mal à s’arrêter, mais là, il y est enfin arrivé. »

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Mon présent : un déluge de sensations

Et oui, Philippe, c’est tout ça et plus encore. L’homme sans limite, vers l’infini et au delà.

Merci Phil.

Marie Apostoloff – 1/ L’Aïki à tout prix !

Marie est une personne déconcertante aux qualités indéniables. Elle est à mes yeux l’incarnation de l’esprit du Kishinkaï, l’association où l’on approfondit la pratique en se réjouissant. Car Marie, c’est cela : la bonne humeur et le plaisir de se retrouver mais aussi le travail sérieux et un investissement de tout son être.

Je lui laisse dès à présent la parole au travers de cette première interview à laquelle elle s’est prêtée, dans le cadre du fil rouge de ce blog (voir La Transversale).

 

Marie, lors de la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels de 2012 (par Olivier Le Rille)
Marie, lors de la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels de 2012 (par Olivier Le Rille)

 

Marie, quelle est la discipline que tu pratiques et ses particularités  ? Comment y es-tu venue ?

Je pratique un art martial Japonais, l’aïkido. Le premier cachet, témoignage d’une toute première participation à un stage date de novembre 2006. C’était lors d’une rencontre internationale animée par Tamura sensei au Bouscat, non loin de Bordeaux, une semaine après mes débuts dans la discipline. Je crois que je m’en souviendrai à vie. J’en ris d’ailleurs car d’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours foncé me lançant corps et âme dans ce que j’entreprenais, certes quelques fois sans réfléchir mais je n’ai jamais eu à le regretter. C’est dingue! sur le papier cela fait près de huit ans que je pratique, avec de nombreuses interruptions liées aux aléas de la vie, mais quand même! Je souris encore à l’évocation de ces presque huit longues et riches années et l’émotion pointe le bout de son nez.

Tamura Senseï
Tamura Senseï

La particularité de cette discipline est son aspect spirituel car bien loin de n’être qu’un sport, c’est une véritable philosophie de vie globale qu’elle propose, dans un but d’évolution et d’épanouissement de l’individu. L’aïkido développe un sens aigu  » du tempo « , de la  » musicalité  » d’un mouvement, afin d’être capable de répondre avec justesse à une situation donnée. Une constante remise en question est nécessaire ainsi que la paradoxale intuition d’être sur la bonne voie, un peu comme une sorte d’assurance en ce que l’on croit sans jamais trop savoir si l’on approche de la (sa) vérité. Ce monde n’est pas celui du confort, il faut alors se montrer patient et pugnace. Cet art martial passionnant favorise la connaissance de soi par le biais d’une prise de conscience importante de ses limites et de ses possibilités. S’adonner à une telle discipline favorise la maîtrise de l’ego… L’autre particularité de l’aïkido est qu’il se situe à mi-chemin entre une pratique collective, en s’entrainant à deux voire plus, et individuelle car l’immersion dans le monde de la sensation propre à chacun, est total. Un va-et- vient continu entre l’autre et soi. On y apprend à gérer la relation à autrui, grâce à la création de l’harmonie, de la fusion, en délaissant si possible la confrontation. Il est à noter que la discipline se montre généreuse envers ses adeptes car il est possible à chacun d’eux de l’enrichir en fonction de ses propres particularités. J’ai souvent dit que j’y étais venue par hasard mais en se penchant sur la question, le hasard existe-t-il ? Une période de vie un peu compliquée et ne sachant que faire de toute cette énergie, je me suis renseignée sur les arts martiaux. En premier lieu, ce que je désirais était de pratiquer le Sanda, très bien représenté en Limousin par la famille Moua mais l’envie de donner des coups sans forcément en recevoir m’a poussée à continuer mes recherches et c’est comme ça que je suis « tombée » sur l’aïkido. Aujourd’hui je me rends compte du bonheur et de la chance dont je bénéficie grâce à l’aïki, et suis heureuse et fière de pratiquer cette discipline qui m’apparaît presque obligatoire en tout cas bénéfique dans mon parcours de vie.

 » Avoir envie de donner des coups implique d’être capable d’en recevoir.  »

Marie, au sein de son premier club d'aïkido
Marie, au sein de son premier club d’aïkido

On parle souvent de sensations dans les arts martiaux (ou d’explorations sensorielles). Quelles sont les sensations que tu y trouves, ou celles que tu y cherches ?

Il est vrai que la recherche de sensations dans les Arts Martiaux est importante voire indissociable! Je trouve cette question très intime et malgré toutes les sensations que peut offrir une telle discipline, j’ai eu et j’ai encore pas mal de difficultés à y répondre.
On vit dans un monde d’excellence, de compétitivité, de victoire, de réussite, il faut être bon partout au boulot, en famille, avec nos amis sur un tatami…Nous sommes des êtres sociaux, engagés dans une vie agitée et stressante. Monter sur un tatami c’est en quelques sortes se débrancher de la vie extérieure, c’est entrer en soi, faire silence. Au travers de l’apprentissage des techniques, on apprend la discipline, le contrôle, l’effort, la douleur parfois, sortes de marches à gravir qui, franchies, donnent le sentiment d’avoir progressé. Un exemple: je reviens d’un stage en Belgique, où pour la première fois, j’ai réussi à disparaitre le temps d’un Kokyo Ho. Bref instant d’harmonie pure.
Les Arts martiaux sont un bon moyen de se confronter à soi-même, à ce que peut faire le corps et l’esprit. Ces victoires ont un petit quelque chose de « divin » et nous permettent de transcender notre nature. Voilà ce que je suis venue chercher.
L’une des raisons pour laquelle je pratique cet art martial est donc l’envie d’enrichir ma relation à moi-même, de connaître mes potentialités ainsi que mes manques ce qui correspond en fait à être à l’écoute de ce que je peux être. J’ai envie d’harmonie physique et mentale et je vois bien que cette société ne nous y incite pas forcément! C’est donc à nous d’aller la chercher, d’aller créer cette « culture de l’équilibre », de l’harmonie en soi ainsi qu’avec l’autre,et l’aïkido me paraît être l’outil parfait. Une fois cette  » mise à l’écoute de soi  » affûtée, nous devenons capables de comprendre, d’entendre l’autre et d’éventuellement l’aider à emprunter la voie qui est la sienne. Le ressenti est au cœur de cette quête. Lorsque l’on exécute une technique, la sensibilité et le sens de l’écoute, développés après des heures d’entrainement, vous font passer du monde de l’harmonie (awase), à celui de la fusion (musubi). Les relations (aussi bien sur tatami qu’en dehors) sont alors des plus saines et votre technique ne s’en trouve que plus efficace .
Techniquement, la modification de l’utilisation que je peux faire de mon corps, la recherche du geste parfait m’intéressent particulièrement toujours dans un but d’efficience. Bien entendu la douceur, la bienveillance, la modération, envers soi et l’autre m’intéressent également beaucoup. Fini l’égocentrisme et la fierté mal placée, grâce à l’aïkido voici venu l’ère de l’amour et de la sérénité.
Quels sont les autres sports ou pratiques que tu affectionnes ?

Ma première passion bien avant l’aïkido a été l’équitation. J’ai eu une chance inouïe, car pendant que certains vivaient une jeunesse entourée de béton, de violence ou d’ennui, j’étais libre, à 1m60 du sol avec 600 kg me poussant à aller de l’avant. J’ai pratiqué cet art pendant 10 ans, et ai décroché le galop 7. Le plus important est que j’ai accumulé des souvenirs pour le restant de mes jours. Mon premier  » sensei  » était donc mon prof de cheval, Alain Camenen, un Breton à fort caractère. Je crois que c’est auprès de cet homme que je me suis éduquée et je pense que les valeurs qu’il m’a transmises ne sont pas étrangères à la femme que je suis aujourd’hui. Du fond du cœur Alain, merci. Au-delà de ça, je suis éducatrice sportive titulaire du BPJEPS (brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et des sports), j’aime tous les sports. La pratique physique m’est nécessaire et s’il fallait me définir je dirais que j’ai besoin d’action et d’expérience sur le terrain.

Est-ce que tu y vois des liens ? Une continuité avec ce que tu fais ? Ou y vois-tu des choses bien séparées, bien cloisonnées ?

Je finis par voir des liens avec l’aïkido absolument partout alors oui bien sûr que j’y vois des liens. L’équitation et l’aïkido développent les mêmes principes, comme je l’ai dit plus haut, une certaine sensibilité à l’autre, une écoute, rechercher l’harmonie sans jamais vouloir soumettre mais au contraire composer, main dans la main avec un partenaire. Première différence, d’un côté, cet  » autre  » pèse 600 kg et de l’autre 100 kg tout au plus . Deuxième différence, le cheval ne triche pas et tu ne peux pas tricher avec lui.  » Il est « , un point c’est tout. En aïkido, tu as tes démons, l’autre aussi… J’ai parfois l’impression qu’il y a beaucoup  » d’illusionnistes  » au sein de cette discipline, les gens préférant cacher leurs défauts plutôt que de les travailler. De plus, une seule erreur avec un cheval et vous la payez cher ! Toutefois les deux activités sont de fabuleuses écoles de la vie. Elles te donnent l’opportunité d’apprendre humblement sur toi-même, de travailler dans le but de t’améliorer afin de devenir un être humain. Voici une citation qui me reste en tête, issue des  » traditions martiales  » d’Ellis Amdur:

 » Sur une terre où aucun homme ne peut être trouvé, aspire à en être un. » Du rabbi Hillel et extrait des « Traditions martiales » d’Ellis Amdur.

Traditions Martiales, de Ellis Amdur
Traditions Martiales, de Ellis Amdur
Avec Ellis Amdur (photo: Shizuka Sasa-Tamaki)
Avec Ellis Amdur (photo: Shizuka Sasa-Tamaki)

Dans les deux disciplines, la notion de danger est présente et importante. La différence entre les deux disciplines est de l’ordre de la nature même de celle-ci. J’ai plus souvent ressenti la notion de danger physique en équitation que sur un tatami, la peur de tomber, de se faire mal, c’est que le risque du handicap est bien présent, et il est une règle en équitation qui vous pousse à remettre de suite le pied à l’étrier en cas de chute, peu importe la peur, le doute ou les questions. Ça a du participer à forger mon caractère.
Et puis d’un autre côté certains acteurs du monde martial te font ressentir le danger par le biais de la forte pression psychologique qu’ils t’imposent. C’est sur un tatami et nul part ailleurs que j’ai vraiment et pour la première fois ressenti un tel danger, par le biais d’une forte intention (belliqueuse) dirigée vers ma personne. Le premier souvenir date d’il y a quelques années. Ellis Amdur était venu en France à Paris pour donner un stage, et nous avions eu la chance, nous, élèves du Kishinkaï, de bénéficier d’un cours particulier. Suite à cela, il nous a été possible de lui poser des questions, d’ailleurs je ne me souviens plus de la mienne. Je crois qu’elle concernait le travail de l’intention… Par contre, je me souviendrai longtemps de sa réponse. A l’autre bout du dojo, détendu, sans intention particulière, Ellis Amdur en une fraction de seconde, fond sur moi comme un prédateur sur sa proie. De stupéfaction, j’en trébuche et tombe. L’assistance rigole, et je reste seule par terre face à cet impressionnant ressenti. Mon incompréhension fut totale ce jour là c’est un don qu’il venait de me faire. Sans un mot, juste une très forte intention a suffi.
La peur est liée au danger, à la prise de risque, à l’incompréhension ou à l’incertitude. Je pense en avoir ressenti les deux aspects: la peur physique et psychologique. Du coup j’en apprends encore un peu plus sur moi-même, et j’ai bien noté que la peur psychologique m’inhibe un peu alors que la physique me pousse à trouver toutes les solutions en ma possession et ce dans l’instant même.

Comment abordes-tu ta pratique au quotidien (ton mental en arrivant à l’entrainement, par exemple, ou ton changement d’humeur par rapport au reste de la journée) ?

En arrivant à l’entrainement, en général, je suis stressée par le parcours en voiture et fatiguée par ma journée de travail. Le challenge réside dans l’espoir de retrouver l’harmonie, le silence et le calme. Dire que j’y parviens tout le temps serait faux, mais j’y travaille !

Qu’est-ce que ta pratique t’apporte ? Qu’est-ce qu’elle a changé en toi ?

L’aïkido que je pratique, le Kishinkaï aïkido demande de guetter ses tensions, physiques et mentales et d’en prendre conscience dans le but de les faire disparaitre. La pratique nous révèle…, il m’est ainsi difficile de tricher sur un tatami.
Ce que cela m’a apporté? Je dirais une connaissance plus fine, plus poussée de ce que je suis vraiment et de ce que j’aimerai être. Ce sont mes défauts en tant qu’humain que l’aïkido m’a révélés. Avant la question ne se posait même pas, je pensais être quelqu’un de bien, maintenant je sais qu’il faut travailler,  » se façonner  » sans relâche. Il faut une bonne dose de travail (rires). Depuis mon regard sur les autres et sur moi-même a changé.

rire et travail, avec Chaymaa
rire et travail, avec Chaymaa

Y a-t-il une personne (vivante ou décédée) qui t’inspire particulièrement ? (Ou un livre, au pire, s’il n’y a personne en particulier ?)

Il y a bien sûr Léo Tamaki dont je suis l’élève. Son rôle est important car il nous guide sur la voie. Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir un guide dans la vie! Il nous insuffle l’envie de nous dépasser, d’avancer, d’y croire. Que ce soit en nous, en l’avenir ou en l’aïkido. Il va m’être compliqué de lui rendre tout ce qu’il m’a donné et je pense qu’il se sent également redevable de ce genre de dettes envers ses propres maitres. Il nous apprend que la vie c’est recevoir afin de redonner, pour recevoir à nouveau. Et la boucle est bouclée, le cycle peut continuer.
Il y a aussi certains amis, nourrissant mes idées, me conseillant, m’épaulant dans des périodes de doutes. Merci à toi Alix 😉 ta sincérité et ta fidélité me vont droit au cœur et m’ont été utiles. Certains auteurs de livres m’apportent également beaucoup: Paulo Coelho, Bernard Werber, des philosophes comme Krishnamurti. J’ai particulièrement apprécié le livre:  » traditions martiales  » d’Ellis Amdur et son chapitre sur  » les femmes guerrières du Japon « . L’humanisme, la liberté, qui se dégage de ces hommes et de leur façon de penser alliée à cette idée de tolérance m’aident énormément! Certains parcours de vie m’inspirent également, je pense que l’humain a de tous temps, eu besoin de  » héros  » dans le but de s’inspirer de leur vie. De Marie Curie à Gandhi, demandons-nous qui nous voulons être et devenons-le! 😀
Il y a bien sûr mon père, décédé il y a un peu plus de deux ans et que je refuse de décevoir et bien entendu ma mère qui m’apporte un soutien indéfectible, d’une grande fidélité. Merci.

Est-ce que tu vis ton investissement au jour le jour ? Mais dans 10 ans, comment te vois-tu (partage par l’enseignement…, voyages …) ?

J’aimerai beaucoup voyager et être utile. Je t’avoue que j’ai quelques difficultés à me voir dans dix ans. Pour l’instant, disons que je fais confiance à la vie ainsi qu’aux personnes que je rencontre, on peut donc dire que je vis au jour le jour. Concernant l’avenir puisque telle est la question, il est capital d’avoir des rêves, et j’en ai. Alors si je te dis que dans dix ans, j’aimerais parcourir le monde, et par le biais d’outils comme l’aïkido, l’équitation, l’écoute, l’empathie ou je ne sais quoi encore, apporter ma pierre à l’édifice, que c’est comme un appel, tu pourras sourire face à tant de naïveté. L’adulte est un enfant qui a oublié ses rêves! Reconnectons-nous avec eux.

Maintenant, oublions tout ça. Décroche de notre lien martial. Parle-moi juste de toi (un petit texte court. Raconte-moi une blague ou un truc profond. Passe tes nerfs ou donne un coup de gueule. Donne un conseil aux générations futures. Ou fais un hommage à quelqu’un qui compte et t’aide. Une rencontre qui t’a marquée… ). Enfin, lâche-toi. Je veux pouvoir présenter plus avant ta personnalité par un petit texte qui te laisse la parole, voir vraiment qui tu es derrière le masque du parcours et de la pratique.

Tu veux quelque chose de rigolo!?  J’ai souvent l’impression d’être comme Naruto…:-D, quelqu’un d’un peu différent habité par une force colossale. L’enjeu de ma vie va être d’apprendre à la contrôler, afin de rendre au monde ce qu’il m’a donné. Quand je regarde en arrière, je me rends compte que je me suis toujours éclatée…
Je suis  » taillée pour le bonheur « , vraiment!

Marie et Isseï, au dojo d'Herblay
Marie et Isseï, au dojo d’Herblay

Pour suivre Marie :

http://mapostoloff.over-blog.com

Une pertinente présentation du travail de Marie, par Taro Ochaii :

http://kansenkai.com/post/117720105777/stage-kishinka%C3%AF-a%C3%AFkido-avec-marie-apostoloff-le

Vous pourrez également retrouver Marie Apostoloff très prochainement, dans les lignes de subo-subo.

La Transversale

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Il y a dans chaque sport ou pratique martiale des notions transversales et que l’on peut appliquer à bien d’autres domaines.

« J’ai appliqué les principes de la tactique à tous les domaines des arts. En conséquence, dans aucun domaine je n’ai de maître. » Musashi Miyamoto

Certains enseignants, artistes, ou passionnés, quel que soit leur domaine, arrivent à appliquer leurs principes dans d’autres activités de manière très pertinente. Leur niveau de maîtrise dans leur discipline, leur compréhension leur utilisation du corps les amènent à devenir maîtres dans toutes les autres. Finalement le point commun à toutes les activités physiques pratiquées , c’est soi !

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(Kono Yoshinori, principes fondamentaux et universalité)

Pour illustrer ces principes transversaux  et pour créer un véritable fil rouge dans cette exploration, j’ai décidé de vous présenter trois personnes qui me tiennent à cœur. Chacune appréhende le monde au travers de sa ou ses spécialisations, et chacune possède cette finesse dans leur recherche de globalité.

C’est dans mon ouverture au monde et dans ma propre quête d’universalité que j’ai rencontré ce trio gagnant. J’ai alors décidé (oui, c’est un blog, pas une démocratie !) de les mettre à l’honneur, non pas par un article, qui ne serait que trop succinct au vu de leurs mérites, mais par un suivi régulier où je souhaite laisser une grande place à leur parole, que ce soit un enseignement, un coup de gueule ou un partage d’émotion.

Issus du monde sportif ou martial, ces pratiquants ont chacun fait de leur passion un art de vivre. Nous pourrons ainsi les accompagner dans leurs évolutions, vibrer au rythme de leurs ressentis et s’enrichir par leurs expériences.

Tant pis pour la parité, voici ces deux femmes et cet homme, à la fois simples dans leur vie et d’exceptions de par leur engagement.

La première de ces dames : Marie Apostoloff.

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J’ai rencontré Marie lors de mon premier cours d’aïkido au dojo rue Henri Regnault donné par Léo Tamaki (quelques années après ma première rencontre avec lui). Quelle ne fut pas ma surprise de voir cette petite boule de nerf et de bonne humeur, sautant sur le dos de ses partenaires avant le cours et se transformant du tout au tout, en guerrière à la concentration aigüe dans le travail technique !

Marie est une personne qui ne laisse pas indifférent. Bon, on la remarque, c’est sûr. Elle a une forte personnalité, le verbe haut et spontané. Pourtant, elle est empreinte d’une très grande humilité et d’un profond respect envers ses pairs.

Aujourd’hui, j’appréhende les stages où je ne la retrouve pas, de peur de manquer de joie de vivre dans le cours et surtout afin de me confronter à quelqu’un qui ne me laissera passer aucun défaut, tout en restant à l’écoute.

Marie est maintenant nidan (=deuxième dan) en aïkido Kishinkaï. J’ai apprécié lui servir un peu d’uke dans sa préparation au passage de ce grade et y assister. Elle est une fine technicienne et une travailleuse acharnée que tous reconnaissent.

311433_4818920673804_623846289_n(Avec Issei Tamaki, au dojo d’Herblay)

« Je cherche à reprendre contact avec moi-même. À connaître mes potentialités ainsi que mes manques, ce qui correspond en fait à être à l’écoute de ce que je suis. J’ai envie d’harmonie physique et mentale (…)

Qu’est-ce qu’un mental de guerrier ? Est-ce le fait de ne jamais douter ? (…)

Le doute fait partie de la route et à ce titre, ne nous laissons pas submerger par ce  » fidèle compagnon « , entourons-nous plutôt d’humilité et de modestie, en acceptant nos imperfections sans jamais cesser de les travailler. (…)

Je suis  » taillée pour le bonheur « , vraiment ! »

(Extrait de l’interview de Marie Apostoloff, à retrouver dans son intégralité très prochainement sur Subo-Subo)

 

Vient ensuite mon coup de cœur de chez les apnéistes : Aurélia Voyer.

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J’ai découvert Aurélia un peu par hasard, par le biais des réseaux sociaux. Je me suis très vite intéressé à son palmarès grandissant et à son parcours. Sa personnalité m’a ensuite rapidement séduit de par son côté énergique et volontaire. Voyant en elle un fort potentiel dans l’apnée sportive, j’ai décidé de croire en elle et de lui apporter mon soutien et mon amitié.

Et en amitié, elle partage sans compter. C’est elle qui m’a redonné goût à la compétition et nous y avons vécu des moments intenses ensemble.

Aurélia est une femme entière qui semble impatiente. En réalité, elle est une personne qui essaie seulement de ne pas perdre son temps et qui met un point d’honneur à devenir ce qu’elle sent être au fond d’elle. Elle est l’incarnation vivante de la seconde phrase de ce dicton : « qui ne veut pas trouve des excuses, qui veut trouve des solutions ».

Elle écoute, elle teste, digère et cogite. Une athlète qui pige et qui galope. Elle sait s’entourer des meilleurs coachs mais surtout, elle se fait elle-même !

C’est avec un très grand plaisir que je la regarde se battre, trébucher, se relever et monter sur de plus en plus de podiums.

10426233_818551694860361_4878092225842065506_n(En épreuve de Dynamique avec palme, par psmcafe)

« Je suis venue à l’apnée à la piscine, avec mon père. J’adorais qu’il me chronomètre. J’aimais cette sensation de liberté que l’on a sous l’eau. Et ce silence m’apaisait aussi beaucoup. (…)

Pourtant, ce ne sont pas tellement les sensations qui m’intéressent dans l’apnée. Cela touche plus à un idéal pour moi. J’aime l’idée d’absolu. Je recherche le dépassement. Réussir à atteindre quelque chose qui à première vue semble inaccessible ou dangereux. (…)

Cette notion de dépassement exigeait de moi que je me connaisse mieux, que je sache où sont mes limites, celles de mon corps, celles de mon mental… C’est donc une quête de soi, une quête de l’équilibre à travers la démesure. » (Extrait de l’interview d’Aurélia Voyer, à retrouver dans son intégralité très prochainement sur Subo-Subo)

 

Enfin, voici l’homme du trio. Celui qu’on ne présente plus. Si, quand même ? Ha, bon ! Philippe Billard. Un ovni dans le monde de la course d’endurance.

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Philippe est le directeur de publication de la revue Ultra Mag (le sport de zéro à l’infini, c’est parlant !), co-auteur du livre/film Ultra-Trail, auteur du livre blanc « les secrets de la respiration performante » et naturellement grand spécialiste de la course d’ultra-fond -tout ce qui est au-delà du marathon- .

Philippe, c’est la douceur. Le dépassement dans le corps par la compréhension des verrous et des leviers de l’esprit. Pour autant, Philippe est un instinctif. C’est un touche-à-tout mais qui sait où il veut aller.

S’il est une discipline mentale, c’est bien la course à pied. S’il y en a une qui transcende le genre, c’est le 6jours/6nuits. Philippe, son truc, c’est cette folie. Mais aussi la folie de rire de tout et la folie vivre pleinement.

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(Concentration, visualisation, au sein du Laboratoire Holiste)

« Je pratique l’ultra-endurance, ou pour être plus explicite, la course à pied au-delà du marathon, et si possible, bien au-delà. Cela inclut les courses de montagne (jusqu’à 160 km pour ce qui me concerne), les 100 km sur route, les courses horaires (de 6 h à 48 h), et les multi-days. J’en ai couru une centaine depuis 2000. Ces dernières années, j’ai jeté mon dévolu sur les 6 jours en version tapis de course. Il s’agit de courir 144 heures en s’arrêtant un minimum et en couvrant la distance maximale. (…)

La culture martiale asiatique a toujours fait partie de moi. Loin d’être un expert, loin d’avoir voulu en faire ma voie unique, j’y ai puisé au fil des années ce qui me parlait le plus profondément. (…)

La recherche du geste parfait, de l’équilibre, du souffle juste, du timing, et plus que tout, d’un transfert de la pratique sportive vers l’être humain que je suis au quotidien. C’était une réponse compliquée pour dire un seul mot : simplicité. Ne m’intéresse que ce qui tend vers la simplicité et la pureté. (…) » (Extrait de l’interview de Philippe Billard, à retrouver dans son intégralité très prochainement sur Subo-Subo)

Vous pourrez dorénavant suivre régulièrement, de manière individuelle et intimiste, les aventures d’Aurélia, Marie et Philippe sur Subo-Subo.

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(Aurélia – Philippe, par Francis Hachem -Marie avec Ellis Amdur, par Fabien Kasman)

 

Je suis mort !

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                Quelle étrange sensation que celle de ne plus avoir existé pendant un instant. Pas désagréable. Pas agréable non plus. Je n’ai pas vu de tunnel avec de la lumière au bout. Il n’y avait pas de silhouette familière dans un brouillard spirite. Pas de blanc. Pas de noir. Rien. Je n’existe pas, voilà tout. Je suis absent. Bon, cessons tout de suite de dramatiser. J’ai juste fait une syncope en piscine lors d’une compétition d’apnée. Oui, j’avais dit que j’arrêterais la compétition mais c’est revenu sans que je ne m’y attende, sûr une suggestion amicale. J’ai poussé trop loin mon organisme alors que mon ressenti me dictait une conduite différente.

 

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Épreuve du Dynamique sans palme, ici Georgette Raymond, par psmcafe

                Bref, je nageais avec plus ou moins de difficultés sous l’eau, à une distance que je maitrisais habituellement plutôt bien, lorsque soudain, je me retrouve hors de l’eau, assis au bord de la piscine au milieu des juges, de l’équipe de sécurité et du médecin. Entre les deux, il me manque un morceau. Le médecin m’a demandé comment je me sentais lorsque mon regard annonçait enfin que ma conscience se redéveloppait au sein de mon corps. Mes premiers mots ont été :

                « C’était une expérience… intéressante ! »

Il est difficile de se mettre à l’épreuve. Dans la voie martiale, notre époque ne permet plus aussi facilement qu’avant de le faire. Et je pense que c’est une bonne chose. Alors, comment savoir où nous en sommes dans notre progression. Quelle est notre compréhension réelle de ce qui nous a été enseigné. Nous ressentons le besoin de savoir qui l’on est vraiment, de comment on agirait dans une situation réelle. Lorsque je regarde autour de moi, parmi les partenaires d’entrainements que je croise, je vois certaines rares personnes qui ont une connaissance d’eux-mêmes très fine et je vois beaucoup de personnes qui semblent à mes yeux être en décalage avec l’image qu’il donne d’eux-même, ou entre leur pratique et leur discours.

 

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Maori, le guerrier affiché

Dans la pratique de l’Aïkido, par exemple. Je ne pense pas y trouver de pratiquants ou d’enseignants plus prétentieux que dans d’autres disciplines. Cependant, trop souvent, le nombre d’années de pratique ou le lignage entraînent certaines prétentions, même involontaires. Il n’est pas évident d’apprécier le niveau réel de quelqu’un en aïkido, si ce n’est par le ressentit direct de la technique. Là encore, mon expérience m’a démontré qu’il est aisé d’impressionner quelqu’un d’un niveau moins avancé. En dehors de quelques rares altercations, l’aïkido n’a pas de lieu pour être mis à l’épreuve. Et la pratique ne se situe pas dans cet état d’esprit. J’en suis d’ailleurs très heureux. C’est ce qui permet de préserver la technique et l’écoute intérieure plutôt que de transformer la pratique martiale en sport d’opposition et de permettre une confrontation de toute façon contenue dans un cadre bien défini.

 

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Ueshiba Morihei, fondateur de l’Aïkido

En aïkido, certains enseignants insistent sur l’idée de compassion et d’harmonie entre les partenaires. C’est une notion très abstraite que cette dernière. Je crois ne l’avoir vécu qu’une seule fois. C’était à l’armée, dans un combat libre à mains nues avec un pratiquant expérimenté en boxe et jiu-jitsu. Depuis lors, cette débauche de bonnes intentions m’a rarement convaincu. Surtout lorsque je constate que finalement la pratique est une pratique de connivence, quasi-chorégraphiée sans aucune cohérence martiale. Pourtant, jamais dans l’histoire de la création de l’aïkido, son pragmatisme n’a été sacrifié au profil d’une aspiration philosophique, malgré la spiritualité développée du fondateur.

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(La recherche de l’harmonie – Patrick Musimu en travail respiratoire puis en apnée)

A l’inverse, on parle souvent de retourner la force du partenaire contre lui-même. De lire l’intention aussi. Mais concrètement, je ne sens que force et rupture de force, feinte et accélération. Rien de spécialement abouti. Lorsqu’en plus je dois me mettre en garde, les poignets se touchant avec le défenseur, et que l’on m’incite à mettre de l’intention dans mon bras, c’est-à-dire gainer mon bras et pousser avec mon corps (ce qui a un sens, mais manque ici de subtilité), je me dis que quelque chose a été perdu en chemin dans l’enseignement et que les pratiquants d’aïkido manquent de remise en question de soi.

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Dessin d’Oscar Ratti

Bon, l’idée n’est pas ici de faire la critique d’une discipline, si chère à mon cœur qui plus est, mais bien d’aborder l’importance de la mise à l’épreuve qui a été le quotidien des combattants à l’origine des arts que nous pratiquons maintenant.

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Nakadai Tatsuya dans Hara Kiri, de Kobayashi Masaki

Le coureur a son marathon, le judoka a son shiaï, le samouraï avait son champ de bataille ou son duel.

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Phase de natation au triathlon Ironman d’Hawaii, Daily Telegraph

                J’ai eu la chance de vivre des entrainements intensifs à arme blanche réelle, au couteau et au katana. Avec le recul, je sais que ma chance dans ces entrainements était le faible niveau technique que nous avions en nous agressant mutuellement. Les attaques bien que nous mettant réellement en danger étaient assez prévisibles car limitées dans leur variété mais surtout sans subtilité corporelle. Cependant, les outils psychologiques que ce type d’entrainement développe m’ont été très utiles lors de mon passage dans les forces spéciales.

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S’entrainer en condition réelle

Alors que j’étais encore en service, un adepte de jeux vidéo m’a présenté la dernière version d’un jeu au titre évocateur. Il était convaincu que son jeu était si réaliste que les unités commandos devaient l’utiliser pour s’entrainer. Je n’ai rien eu à redire. Si certains logiciels de gestion peuvent avoir un intérêt certain dans certaines professions, pourquoi aurions-nous joué sur console alors que nous nous entrainions presque au quotidien à balles réelles ? La notion de danger vital donne vraiment une vision différente de la vie et de la pratique. Je ne suis pas samouraï et je ne croise jamais personne armé de sabre dans les pays que je fréquente maintenant. Je n’ai plus non plus le besoin professionnel de m’entrainer au combat. Je ne cherche pas à mettre ma vie en danger mais j’ai cependant un besoin constant de m’explorer et de savoir qui je suis, jusqu’en dans les moindres parcelles de mon corps et de mon esprit. J’ai besoin d’évoluer et d’être capable de me mettre à l’épreuve pour cela. Dans mon apprentissage auprès de Léo Tamaki, je cherche à comprendre comment utiliser mon corps de manière différente pour optimiser son utilisation, quel que seront mon âge et ma condition physique dans le futur. Plus question de se préparer en vue d’une épreuve. Plus de pic de forme à viser. La pratique doit être considérée au quotidien. Si survie il y a, c’est à chaque instant. Sans entrer dans une paranoïa guerrière (peut-être cela fait-il partie du chemin, ponctuellement), il s’agit à la fois de vivre de manière raisonnée, pas forcément dans une analyse continue de soi et de son environnement, et de devenir assez relâché et sensible pour capter les intentions réelles, aussi subtiles soient-elles. Je n’ai pas encore la chance de côtoyer régulièrement des maîtres comme Kuroda Tetsuzan, qui nous font nous sentir vraiment en danger de mort lorsque la technique jaillit. Alors, pour me retrouver face au sabre, je fais de l’apnée sportive. Bon, aussi parce que je suis un amoureux de l’élément liquide.

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Kuroda Tetsuzan, par Frédérick Carnet, « Budoka no Kokoro »

Dans l’apnée, lorsque l’on me demande si je fais du yoga, je réponds que « non, je ne fais que de l’aïkido ». L’apnée est cependant ma méditation, mon yoga, mon aïki et mon travail au sabre. De la même façon, je crois que chaque moment de ma journée est un moment de pratique. J’apprends au travers de l’aïkido et de l’apnée à optimiser mes mouvements, à trouver les chaines musculaires qui me permettent le meilleur gainage et de développer le plus d’efficacité en consommant le moins d’énergie.

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Les chaînes musculaires, Godelieve Denys-Struyf

Je trouve dans l’apnée sportive le moyen de me confronter. A moi-même, principalement. Pas de mensonge en apnée. Un esprit non serein, et c’est l’échec. Un corps trop tendu, idem. Sous l’eau, je vois le miroir de ce que je suis.

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Pas de mensonge en apnée

 

Et lors de cette dernière compétition, à la fois dans l’eau et face au sabre, j’ai lutté, j’ai forcé, mon esprit a décroché du moment présent. J’ai été coupé. Je suis mort. Heureusement, l’équipe de sécurité est au point. Je n’ai vécu qu’un game over. Je peux continuer de jouer, vivre et progresser. C’est une expérience marquante qui si elle n’est pas si grave, n’est pas anodine non plus. Je pense que j’ai eu la chance de la vivre. Je comprends ce que c’est que de s’accorder, de trouver l’harmonie. Je sais où m’entrainent les illusions d’une pratique extérieurement dure. Je crois savoir où me diriger. L’eau et le soutien inconditionnel de mon maître sont mes atouts. Faut-il encore que je les écoute…

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(L’auteur, tendant l’oreille)