Archives du mot-clé judo

Heureusement, nous ne nous battions pas comme ça !

J’ai récemment regardé RED.

Adaptation Cinématographique de RED
Adaptation Cinématographique de RED

R.E.D. c’est pour Retraité Extrêmement Dangereux. Des retraités de la CIA reprenne du service involontairement mais avec plaisir pour vivre une aventure menée tambours battants par le spécialiste américain de « l’espionnage et châtaignes », Bruce Willis.

Tous les clichés sont là, de ceux du cinéma américain à ceux concernant la CIA. Donc, j’ai doré !

J’ai très vite enchaîné par R.E.D. 2.

Bon, on retombe d’un cran dans la qualité, malgré l’arrivée de nouveaux acteurs de marque, dont le beau gosse de service Byung Hun Lee.

Byung-hun-Lee
Byung Hun Lee dans le rôle de Han Cho Bai, charismatique tueur spécialiste des arts martiaux.

Le personnage de Han Cho Bai est l’un des meilleurs tueurs à gage au monde. Son origine asiatique semble justifier sa pratique martiale.

Il maîtrise donc l’art subtil de tuer en toute discrétion et celui de distribuer des bourres-pif façon kung fu.

Je trouve qu’il y a actuellement de belles originalités quand au style martial employé par les chorégraphes de cinéma. L’aïkido percutant de Steven Seagal, l’arnis de Jeff Imada (que pratique Matt Damon dans La mémoire dans la peau), le muay thaï boran avec Tony Jaa, le judo qui revient un peu dans les film chinois, le krav maga, le wing chun…

Au cinéma, impressionner compte autant que se battre
Au cinéma, l’originalité fait vendre

Du coup, il est un peu dommage de voir et revoir des scènes de combats un peu trop similaires qui font que chasseurs de vampires, gangsters, anges et même Robin des bois sont des pratiquants assidus de kung fu.

Ici, dans RED, le mélange des genres est plutôt sympathique. Il y a le bon vieux boxeur, un peu de jiu-jitsu brésilien, quelques trucs directs et très simples qui sont assez proche de ce qui marche le plus, du kung fu/taekwondo (encore ! mais plutôt bien interprété, si ce n’est que les enchainements sont constamment coupé pour changer de plan).

Des coups de pieds audacieux, ou l'esthétisme prime sur le réel
Des coups de pieds audacieux, ou l’esthétisme prime sur le réel

Quand est-il pour de vrai ?

Je le dis tout de suite, pour la CIA il faut aller voir sur National Géographique. Ce n’est pas mon domaine.

En France, la nécessité de formations assez courtes a toujours incité à rester sur des choses simples, empruntes de bon sens et d’une connaissance de bases des points vitaux principaux. Donc, pas de coup de pieds sautés, de revers retournés…

Depuis le close combat de la seconde-guerre mondiale, les choses ont changé et c’est tant mieux ! Ces 25 dernières années ont vues des réformes régulières des systèmes de combats des hommes de terrain.

La cause n’est pas la rencontre sur le terrain de combattants plus aguerris mais l’augmentation du nombre d’engagés déjà pratiquants d’art martiaux. La démocratisation de nombreuses écoles jusqu’alors confidentielle en France a favoriser cet essor. Les soldats déjà pratiquants ont étudié un panel plus large de techniques.

Il persiste toutefois des techniques qui ne permettent pas d’éviter la blessure si l’adversaire fait montre d’une réelle agressivité ou d’un minimum de sens du combat. Mais les choses sont longues à changer dans nos vieilles institutions.

280px-Kravmaga
Des classiques toujours enseignés, quoi qu’un peu obsolètes en l’état.

Dans les forces spéciales les choses sont un peu différentes. Le taux de ceintures noires y est élevé et les moniteurs ou instructeurs en combat au corps-à-corps sont nombreux chez les sous officiers.

Dans les unités hyperspécialisées (renseignement, opérations spéciales, GIGN…), c’est encore autre chose.

Le GIGN par exemple (que je n’ai pas fréquenté), les stages avec différents enseignants renommés se sont enchainés. Son besoin de techniques explosives d’intervention s’est concentré un temps sur le krav-maga. Maintenant, ce sont les membres eux-même qui se perfectionnent et apportent leurs savoirs aux autres sans qu’il n’y ai besoin de faire appel à des intervenants extérieurs.

Il en était un peu de même pour les unités dans lesquelles j’ai travaillé. Comme tout militaire, nous courrions tous les matins, du footing urbain au raid dans la garrigue. Puis nous alternions ensuite entre la salle de combat et la salle de musculation.

Le combat.

En réalité, nous nous retrouvions au dojo dès qu’un moment de libre le permettait pour combattre ensemble en ju-jutsu brésilien ou en boxe thaïlandaise. Certains étaient dans le civil des compétiteurs aguerris, en free-fight, jissen karate, muay thaï ou encore en judo.

Malgré tout, le gros de l’entrainement restait la boxe. Les techniques de grappling n’avaient pas les faveurs lors des entrainements collectifs. Les raisons ?

La base était la boxe, pour forger l'esprit
La base était la boxe, pour forger l’esprit

Si elles ont démontré leur efficacité au sein de la cage de l’UFC ou sur les rings, il en est tout autres dans des environnements hostiles et accidentés, qu’ils soient urbains ou forestiers.

En un contre un, il est vrai que l’on peut vite se retrouver à s’agripper et se retrouver au sol. Mais cela est à éviter dès que l’on se retrouve à deux contre deux, deux contre cinq…

La perte de verticalité met en position d'inferiorité
La perte de verticalité met en position d’infériorité

Ensuite, le fait de porter sur soi du matériel, sac à dos, poches pleines, ou appareil photo autour du coup change grandement la donne et ne permet plus les mêmes mouvements, Naturellement, on a dans ce cas tendance à mouvoir le corps de façon homo-latérale, bien que ce ne soit pas une composante recherchée ou enseignée. Les pratiquant de karaté ou d’aïkido y sont généralement plus à l’aise, s’ils ne restent pas figés dans leur forme.

Un équipement qui ne permet pas la fantaisie
Un équipement qui ne permet pas la fantaisie

Et le dernier élément à prendre en compte et non le moindre, la présence d’armement, sur soi ou sur les autres. L’utilisation priorisées ou pas des armes à feu, leur présence en main, à la cuisse ou sous la veste sont des critères qui sont peu abordés dans les arts martiaux mais qui étaient primordiaux pour nous.

Pour ma part, j’arrivais avec un bon passif en judo, muay thaï et certains ju-jutsu, où j’étais déjà instructeur.

J’aimais aussi beaucoup l’aïkido que j’avais pratiqué avec d’éminents professeurs, mais maintenant que je ne me consacre quasiment plus qu’à cette discipline (avec le sabre et quelques autres douceurs…), je me rends compte que je n’y avait rien compris, me contentant d’utiliser seulement les axes et les leviers, qui ne sont qu’une toute petite partie de la base de la compréhension de cet art.

Cependant, à cette époque, le plus gros de ma pratique martial et de ma forme de corps étaient celles étudiées au sein des dojos de Shorinji Kempo, ce qui, malgré la rigueur des formes, me permettait de m’adapter facilement à tout nouvel enseignement ou nouvelle situation.

Technique de contrôle du Shorinji Kempo
Technique de contrôle du Shorinji Kempo

Il n’y a donc pas de style exclusif retenu car c’est à chacun de se former en plus des stages spécifiques et d’ainsi venir enrichir les autres de ses expériences. Les qualités de l’individu priment sur le style martial.

Et quel individus ! M’entrainer avec eux m’a donné une approche très particulière du combat ou de comment appliquer une technique en situation réelle. Si la discrétion est parfois de mise, et j’ai moi-même pu par la suite mettre au point et enseigner tout un panel de techniques discrètes qui même filmées ne font pas montre d’agressivité, l’essentiel de nos entrainement est de nous amener à une rusticité de corps et à un esprit inflexible.

Ne pas reculer, frapper, saisir, tordre, pousser, déséquilibrer, se servir de n’importe quel objet, peu importe le moyen, le but n’est pas de gagner, c’est de ne jamais perdre.

Vincent Cassel, dans un style improvisé et expéditif, au cinéma.
Vincent Cassel, dans un style improvisé et expéditif, au cinéma.
Publicités

La pratique émotionnelle

Quelle est l’incidence du moral sur la pratique et l’apport de la pratique au mental ?

Alors, pas de thèse, antithèse et synthèse résultant sur un avis mitigé et ménageant tous les égos, ce qui ne ferait pas avancer le problème, si toutefois problème il y a.

Plutôt que de rentrer tout de suite dans une étude psychologique ou sociologique de la pratique, je souhaite commencer par une approche pragmatique de la physiologie de l’homme. Une vision plus psychomotricienne.

Topographie des larmes, par Rose-Lynn Fisher
Topographie des larmes, par Rose-Lynn Fisher

Il existe une multitude d’interactions entre le soma (le corps) et la psyché. Comment pourrait-il en être autrement ? Il est d’ailleurs regrettable de constater que trop de disciplines (médicales, sportives) ne font qu’étudier des parties décomposées sans les replacer dans un contexte global, dans un mouvement global, comme pour nous ici.

Pas d’apprentissage du mouvement de la main sans apprendre dans le même temps celui du coude, de l’épaule, de la hanche, du genou, du pied et la posture de l’esprit à avoir. Décomposer peut aider à corriger un défaut, pas à apprendre un mouvement.

Ainsi, pas d’approche du corps et des pratiques corporelles sans observation de l’émotion.

Signature Thermique des émotions, par Lauri Nummenmaa
Signature Thermique des émotions, par Lauri Nummenmaa

Connaître l’émotion pour corriger la posture (vers le non-agir).

Les influences de l’émotion et de la posture sont réciproques. Elles peuvent êtres volontaires (pour le Gaaarde à vous! par exemple) ou inconscientes. Elles affecteront de manière évidente la pratique et la vie quotidienne, tant dans leur physiologie que dans le message véhiculé auprès des autres (comme dans le cas d’une posture dépressive).

Les incidences athlétiques sont aussi diverses qu’importantes : victoire, performance, échec, usure, blessure, mort.

L'importance d'une posture parfaitement maîtrisée, corporellement comme intérieurement
L’importance d’une posture parfaitement maîtrisée, corporellement comme intérieurement

Comment connaître son moral ?

Lorsque je demande à mes enfants s’ils ont faim, ils me répondent parfois : « je ne sais pas ». Je dis alors : « et bien, regardez au dedans et dites-moi ».

Pour connaître son moral, il nous faut regarder en nous-même. Il faut également accepter l’émotion (peur, colère, tristesse) pour pouvoir la contrôler.

En psychomotricité, bien que je vulagrise grandement ici, on aide à rétablir un équilibre psychologique et émotionnel par l’activité physique et par la prise appliquée d’une posture (même si elle peut être exagérée) qui va aider à compenser un trouble.

Posture dépressive due aux tensions des chaines musculaires antero-médianes / Posture neutre
Posture dépressive due aux tensions des chaines musculaires antero-médianes / Posture neutre

Pour nous, la prise de conscience de nos émotions, qu’elles soient du moment ou accumulées, doit nous aider à nous en détacher afin de délier les tensions musculaires qui vont parasiter la structure du squelette et le mouvement ou la séquence désirée.

On doit rester zen, en somme ?

Rien n’est plus réducteur que cette expression, le zen n’étant pas moins l’appellation japonaise d’un courant de pensée et d’agir (de non-agir ?) de la doctrine du « Grand Véhicule » (Mahayana) du Bouddhisme. Je dis d’ailleurs souvent que le zen ne veut pas dire ne pas avoir d’émotions mais agir au delà de l’émotion.

Dans la pratique, agir en dehors de l’émotion n’est possible que si l’on arrive à se défaire des tensions perturbatrices intérieures. Inutile donc de « jouer au dur », ce qui n’est qu’une armure et ne modifie pas le cœur et qui ne ferait qu’ajouter aux tensions et repousser le problème à plus tard (à plus grave aussi).

De plus, jouer au dur nous donne une hyper-tonicité musculaire qui est complètement antagoniste avec la perception de l’action (anticipation consciente et inconsciente) et la réaction la plus déliée et la plus prompt possible. Cela galvaude aussi l’image de soi et ne permet pas d’appréhender nos lacunes et compétences objectivement.

La solution ?

Être sensible. Cela ne veut pas dire être hyperémotif mais être à l’écoute de soi (corps et esprit) avec finesse, avec une grande sensibilité. Écouter ses émotions, écouter son corps, adoucir les unes, déverrouiller et libérer l’autre.

Émotions et chaînes musculaires
Émotions et chaînes musculaires

Connaître les autres, c’est sagesse. Se connaître soi-même, c’est sagesse supérieure.

Imposer sa volonté aux autres, c’est force. Se l’imposer à soi-même, c’est force supérieure.

– Lao-Tseu –

Concrètement, il est important de minimaliser les tensions musculaires afin d’atteindre une certaine neutralité corporelle. Pour se faire, la recherche de la verticalité (ou de l’horizontalité pour le nageur, du ten-chi-jin du samouraï…) est un bon moyen de se libérer de tensions parasites et d’atteindre une posture efficiente. De plus, cette recherche focalise l’esprit sur l’élévation, ce qui sans chercher à parler de spiritualité, peut avoir une incidence positive sur l’esprit et le moral.

Le corps en mouvement, où la non-pensée.

L’utilisation musculaire est donc sujette à nos émotions. Bien au-delà encore, la pensée (fugitive) va contrarier le schéma corporel de manière infime et ponctuelle et entrainer une baisse de performance ou un échec. D’où le besoin de se focaliser sur quelque chose.

L’erreur la plus courante est de se concentrer sur le défaut récurrent à corriger. Après coup, on dira souvent « mais je le sais en plus, que je ne dois pas faire comme ça ».

La pensée humaine est plus attentive aux choses négatives. N’êtes-vous pas plus interpellé par le sensationnel des informations ? Par l’accident de l’autre côté de la route que par le sourire de l’enfant dans la voiture qui vous dépasse ? Ne réagissez-vous pas plus aux calomnies de la real-tv qu’à la mitose filmée au microscope ?

Se focaliser sur le défaut en reviens à se concentrer sur quelque chose de négatif, difficile alors d’éviter de le réaliser, tant on l’a à l’esprit.

Pour gommer les défauts, il n’y a que l’entrainement répété, mais surtout appliqué. La visualisation a également un rôle primordial à tenir. Visualiser le parcours à suivre, l’endurance dont on fera preuve, la ligne d’arrivée franchie, la flèche au cœur de la cible ou simplement la survie ou encore même la montée sur le podium.

Visualiser permet au cerveau de répéter, sans les blocages dus au stress
Visualiser permet au cerveau de répéter, sans les blocages dus au stress

Dans l’action, mieux vaut se focaliser sur autre chose. mais l’entrainement à la visualisation permet de minimiser la réflexion une fois dans l’action.

L’idée est de s’affranchir des pensées involontaires puis de tendre complètement vers la non-pensée et rejoindre ainsi une posture mentale la plus neutre possible (à l’instar de la posture corporelle étudiée ci-avant).

La juste posture - L'esprit serein
La juste posture – L’esprit serein

Colère et agressivité.

Il y a eu dans l’histoire européenne des guerriers fort réputés dont on ne sait aujourd’hui que peu de choses. Parmi les unités spécialisées vikings je souhaite parler des Berserker (ou berserk, guerrier à la chemise d’ours – à l’allure du fauve).

On dit d’eux qu’ils étaient ivres voir drogués et entraient dans une fureur (divine ?) qui les rendait invincibles au combat. Des guerriers comme fous, mordants leur propre bouclier avant la bataille.

Si ces affirmations controversées trouvent peut-être une origine concrète (dans l’étude de l’Histoire, l’exception est souvent prise pour la règle), il reste peu probable que cette fureur soit générée par de tels comportements. Pourquoi ? Car en ce cas, on parlerait peu d’eux, tant ils mourraient vite dans les affrontements.

Guerrier Berserk, élite des combattants de mêlée.
Guerrier Berserk, élite des combattants de mêlée.

Internet regorge de vidéos exposant des personne saouls, agressives ou se battant. Si ces vidéos font la démonstration que la douleur est peu ressenties par ces abuseurs du goulot, elles mettent aussi en évidences que les autres sens sont également très diminués, notamment la perception de l’espace, du temps, la précision…

Il y a fort à parier que le viking qui se laisserait aller à de tels abus ne pourrait pas tenir le rôle d’officier dans une confrontation, d’unité d’élite ou de garde du corps, métiers que les textes nous confirment pourtant, surtout face à d’autres guerriers entrainés.

Cette fureur d’Odin était alors plus simplement un échauffement mental qui les galvanisait et leur conférait courage (et adrénaline) avant d’aller au combat. Il s’agissait peut-être de chansons scandées en cœur (comme les chants militaires), de discours plein de ferveur (que l’on retrouve dans chaque péplum ou film de guerre) ou même une simple concentration mentale issue de leur auto-discipline et de leurs pratiques (méditation dans la neige…).

En effet, la colère et l’alcool  peuvent avoir des effets proches (ceux qui ont déjà eu à faire à un forcené confirmeront) mais ne peuvent absolument pas être de bons compagnons dans la voie martiale.

Je ne parlerais pas ici de ce que j’ai pu vivre dans la rue (où je n’ai pas été l’exemple à suivre) ou de mes expériences professionnelles passées (où par contre la colère n’a jamais eu sa place) mais juste des arts martiaux. Une seule fois, je me suis mis en colère dans une compétition de judo afin de contrecarrer la peur que mon adversaire m’inspirait. Je me voulais être, avec mon corps frêle et mon esprit traditionaliste, un technicien avant tout mais ce jour-là, si je ne perdais pas face à une force bien supérieure, je gagnais lamentablement en blessant sérieusement mon adversaire. Je ne me suis plus laissé allé au côté obscur (enfin, j’essaie au moins que mon comportement ne sois pas le reflet de mon agacement intérieur).

Exit donc, les « mets-toi en colère ! », « énerve-toi »… Seule la sérénité intérieure permettra d’avoir une vision objective de la situation et de rester à l’écoute des changements de l’environnement.

Bannir la colère de son esprit et de son coeur
Bannir la colère de son esprit et de son cœur

Pour autant, j’ai eu de nombreux enseignants, avec des pédagogies très variées.

L’une d’elle consiste à entrainer à la dure et estimer que seuls les meilleurs survivront et vaincront. Ce n’est pas du tout dénué d’intérêt et en effet, c’est une façon de faire qui fabrique des guerriers ou des champions, avec toutefois un fort taux de démissionnaires durant le cursus de formation.

Des pédagogies adaptées aux besoins
Des pédagogies adaptées aux besoins

J’ai à cœur de penser que ce n’est pas là la seule voie vers l’élite. D’autres pédagogies peuvent emmener encore plus de monde vers la maîtrise, dans un délais moins court toutefois.

J’ai longtemps aimé « aller dans le dur », comme par exemple lorsque j’ai fait le tour de France en courant un an après avoir réappris à marcher. Ce dont je ne tire plus aucune fierté mais en ressent plutôt un peu de honte pour ma grande bêtise et mon orgueil.  J’ai ensuite appris avec la pratique de l’apnée sportive que le Dur pouvait revêtir bien d’autres aspects. Avancer dans la douleur, tout en restant serein et détendu, sans rage, sans contraction inutile, sans mollesse non plus ni obstination insensée est bien plus difficile.

Alors quel est l’intérêt de ces pratiques dignes des commandos ? Ce sont des voies différentes pour des objectifs différents. Les besoins sont parfois express et les objectifs à plus ou moins court et moyen terme.

Ces entrainements éprouvants où avoir la niaque est la première vertu ne sont pas forcément à ignorer. J’ai même un grand respect pour les personnes qui percent dans cette voie.

Togashi Yoshimoto, fondateur du Mumonkaï karate, frappant du tranchant de la main sur les arbres durant sa retraite en montagne dans les années 70
Togashi Yoshimoto, fondateur du Mumonkaï karate, frappant du tranchant de la main sur les arbres durant sa retraite en montagne dans les années 70

Si l’on constate au départ de ces pratique une débauche de virilité et de tensions inutiles, l’entrainement à la dur exige un investissement corporel et mental sans faille. De plus, il nous met dans une situation de stress continue qui ne peut qu’aider à mieux gérer nos émotions lors d’un conflits.

S’entrainer à se fâcher (pour de faux) avec un partenaire que l’on connait et apprécie donne paradoxalement la capacité à contrôler sa colère (se fâcher pour de faux, encore) avec l’adversaire ou la situation véritable.

Il est vraiment plaisant de croiser des combattants de free-fight ou de kyokushinkaï et de voir qu’ils sont prompt à rire et ne se prennent pas au sérieux (hors caméra) ou qu’ils font preuve d’une paix intérieure exemplaire. En se forgeant, on trouve le moyen de s’assagir.

J’ajouterais que l’entrainement physiquement dur conjugué avec des randoris les plus réalistes possible donne une vision très pragmatique de la pratique et une capacité à gérer son stress qui font défaut à de nombreux enseignants ou sportifs que j’ai pu croiser par le passé.

Ne voit-on pas de plus en plus de sportifs, toutes disciplines confondues, faire des stages commandos ou martiaux intenses afin de s’affuter, corps et esprit ?

Royama Hatsuo, karaté Kyokushinkaï
Royama Hatsuo, karate Kyokushinkaï

Amour et compassion, l’émotion au service de la technique.

Quel que soit la vie que l’on mène, il arrive un moment où l’on cherche un sens à ce que l’on fait. Nous cherchons une philosophie, laïque, spirituelle ou profondément religieuse. Nous voudrions qu’il y ai quelque chose de profond dans notre démarche, dans la voie que nous suivons.

« Life requires living », Annelie Pompe, par Katarína Linczényiová

Le surfer expose alors tout ce que lui apporte sa discipline, qui plus qu’une discipline est une passion, plus qu’une passion est un mode de vie. L’apnéiste explique que c’est avant tout une expérience sensorielle, à la limite du spirituel, une plongée en soi-même, une harmonisation à son environnement. Et le guerrier annonce que son art n’a de valeur que s’il est mis au service de la communauté ou s’il sert à protéger, voir à éduquer les gens, pas à les combattre.

J’ai découvert au travers de l’Aïkido des notions encore plus subtiles et complexes à appréhender: la compassion, l’harmonie avec l’autre. Mais qu’est-ce donc ? Je souhaite là vraiment m’éloigner de la philosophie pour rejoindre le thème de cet article, émotion et pratique.

Fondé par Ueshiba Moriheï, il y a dans ce budo une volonté de détourner l’action de l’adversaire et de contrôler ce dernier tout en le préservant physiquement. Il s’agit de mettre un terme au conflit, à l’agression, sans blesser l’agresseur, c’est à dire avec un sentiment de compassion.

Ce concept est probablement l’un des plus incompris par les jeunes pratiquants. Comment aimer la personne qui tente de porter atteinte à notre intégrité ? Je pense n’y être jamais arrivé. Je crois que c’est plus vers une compassion pour le genre humain qu’il nous faut tendre. Une pensée plus globale qui, si elle ne nous pousse pas à aimer pleinement chaque individu croisé, elle nous aide à mieux aborder nos relations quotidiennes, conflictuelles ou pas. Inutile donc de se faire moine. Il suffit de se montrer humain, avec les valeurs que l’on voudrais voir s’élever chez l’Homme.

Dans la pratique, cette recherche d’amour et d’harmonie (intérieure, de sentiment d’harmonie) avec le partenaire est parfois très recherchée au détriment de la technique. Il y a une sorte de connivence entre les pratiquants, ou entre le maître et ses élèves, et le pragmatisme martial disparait.

Que l’on ne s’y trompe pourtant pas. Les techniques d’aïkido sont issues d’école de ju-jutsu qui ont subi  l’épreuve du champ de bataille ou en sont les héritières à court terme. Ueshiba Senseï n’en a d’ailleurs, à ma connaissance, jamais modifié la forme. Les techniques de l’aïkido, à l’instar du judo, avaient à la base pour fonction de neutraliser (avec toutes les nuances que cela peut comporter, de la luxation à la mort) ou d’amener à un position ou il serait aisé de mettre à mort.

Une technique éprouvée
Une technique éprouvée

Ce qui change n’est alors pas la technique mais l’esprit dans lequel on la réalise. Surtout, cela nous poussent à se perfectionner dans notre art pour arriver à en maitriser tous les aspects, le premier et non étant le contrôle de notre corps. Pas besoin de bons sentiments envers les autres pour cela ? à voir…

Dans l’aïkido, j’ai pu souvent entendre qu’il fallait saisir l’adversaire avec son cœur… Mouais, mouais. Et pourtant, lorsqu’on le fait vraiment en pensée, cette visualisation amène le corps dans les meilleures dispositions physiques et physiologiques (pour ne pas entrer dans le débat du Ki).

Ueshiba Moriheï, fondateur de l'Aïkido
Ueshiba Moriheï, fondateur de l’Aïkido

J’en ai fait plusieurs fois l’expérience. Avec un chat notamment (ne riez, pas ! Oh et puis si, ça mérite). L’animal ne m’appartenait pas mais que j’étais le seul à pouvoir toucher et attraper sans dommages lorsqu’il était en colère. J’imaginais que mon cœur et mon affection pour lui le caressaient et le saisissait avant même que mes bras ne bougent. Bon, pas de preuve en soi, je suis bien d’accord  (sauf pour qui connait Tom Dorrance, le père des chuchotteurs/éthologues américains).

Plus concret à mes yeux, lors d’un stage, je n’arrivais pas à reproduire une technique qui paraissait pourtant toute simple. En regardant l’un de mes sempaïs (Alexandre Grzegorczyk, pour ne pas le nommer 🙂 ), j’ai eu l’impression qu’il accueillait son partenaire en lui, ou au travers de lui (nagare, laisser s’écouler), « comme » s’il accueillait un être aimé au creux de lui. En reproduisant cette idée, la technique est passée toute seule.

Depuis, j’essaie d’adopter cette attitude lors que je me trouve confronté à une difficulté technique.

Ainsi, le sentiment peut orienter favorablement la dynamique corporelle. Cela consister à imaginer (ou essayer de ressentir) un feu d’artifice ou une explosion de joie dans la poitrine pour le sauteur en hauteur, devenir le vent pour l’escrimeur, devenir l’eau pour l’apnéiste… Sans toutefois jamais perdre la conscience de ce que l’on vie. Cette visualisation plus émotionnelle n’a cependant qu’un temps. Elle fait partie de l’entrainement et devra disparaitre de la conscience (donc pas disparaitre totalement) lors de l’exécution du mouvement en situation réelle.

Esprit-émotion-corps. Voici un Tout poussé par la pensée et la volonté vers l’acte réflexe afin de se transcender dans notre Voie.

Quoi qu’il en soit, ne surjouez pas, ne vous dissimulez pas. Ressentez votre corps, votre esprit. Ressentez tout ce que vous êtes. Et acceptez-le ou devenez celui que vous voulez être.

Je finirai sur une phrase de l’un de mes anciens professeurs de karate:

« Il y a un temps pour chaque chose. La victoire mérite la joie et la fête.

Ensuite, on passe à autre chose. » J-M O.

Jo-Wilfried Tsonga, explosion de joie (photo: ledauphine.com)
Jo-Wilfried Tsonga, explosion de joie (photo: ledauphine.com)