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Aurélia Voyer – 2/ L’apnée sur un fil

   Aurélia, je suis heureux de te retrouver sur Subo-Subo dans le cadre de la Transversale. Il s’est passé plein de choses depuis ta première interview. C’est un vrai plaisir de pouvoir te suivre ainsi dans tes aventures et dans ton évolution. J’espère que les lecteurs y prendront autant de plaisir que moi et qu’ils feront sans mal le parallèle avec leurs propres expériences.

 

Quelles ont été les dernières manifestations sportives de la saison 2015 auxquelles tu as participées ?

Le Championnat d’Ile-de-France à Villeneuve-la-Garenne en avril et le Championnat de France un mois après, où j’ai été sélectionnée pour les trois épreuves que je pratique (STA, DYN, DNF).

 

Quels ont été tes conditions et tes résultats ?

Excellentes conditions et belle réussite à Villeneuve puisque j’ai fait mes max de cette première saison (4’57 en STA, 135m en DYN et 83m en DNF) et je suis devenue Championne d’IDF 2015. J’étais plus détendue qu’aux autres compétitions, c’était un peu la fête, la fin d’une année de découverte et l’aboutissement d’une année d’entraînement intensif.

J’espérais faire un beau Championnat de France, j’avais été rassurée sur mes capacités, mais j’ai fait les mauvais choix. Première erreur : j’ai continué de me mettre la pression, ce que j’ai fait une bonne partie de l’année dernière. Deuxième erreur : j’ai accepté d’être coachée ce jour-là alors que j’avais fait toutes mes compétitions seule, mon entraîneur, Marc Salacroup, étant juge. Je ne connaissais pas bien la personne qui s’était proposée et le courant n’est malheureusement pas passé entre nous. Troisième erreur : un horaire de passage a été mal noté, toute ma préparation était donc faussée, j’ai eu un coup de stress et j’ai cédé à la colère. Je n’ai pas réussi à passer outre, à me reconcentrer. J’étais plus prête pour un match de boxe que pour une compétition d’apnée ! Quatrième erreur : j’ai fait le choix de tourner aux 100m alors que je sentais que je n’étais pas dans le même état que d’habitude. C’est l’orgueil qui m’a fait penser qu’il n’était pas possible de m’arrêter à 100m après la saison que j’avais faite. La volonté était là, mais plus le corps… Cela s’est soldé par une PCM à 127m. Les juges m’ont dit à la fin de ma performance que j’étais extrêmement tendue et que je n’avais pris qu’une petite inspiration. C’est vrai que j’avais mal au niveau du plexus solaire et que je n’arrivais pas à ouvrir ma cage thoracique. Un peu gênant pour faire de l’apnée !

 

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1ère Manche de Coupe de France à Montreuil : plus prête pour un match de boxe que pour une compétition d’apnée !


Quels enseignements en tires-tu ?

Ce Championnat de France a remis en question ma façon d’aborder la compétition. La vie aussi. J’aime la lutte. Peut-être parce que j’ai été plongée dans un combat permanent depuis l’enfance. Qu’importe. J’ai réalisé ce jour-là qu’il fallait que ça explose, que mon corps éclate sous la pression que je lui mettais pour m’alerter du danger. Ce n’est pas plus mal que cela se soit passé au CDF, bien entourée, en sécurité, et non pas en mer par exemple… J’ai compris quelques temps après que je me faisais du mal et que j’allais à l’échec en partant en guerre avec (contre ?) ce corps dont je négligeais les besoins et les limites. J’ai décidé de mettre de la douceur dans ma vie depuis cet été et il me le rend bien ! J’apprends la patience, j’apprends à écouter mes sensations, à mettre de côté mon mental et à laisser le temps s’écouler tant que nécessaire.

 

Par rapport à ta façon de t’entraîner l’année dernière, qu’as-tu changé cette année ?

L’année dernière, j’avais trois entraînements d’apnée dont deux qui se terminaient à 23h. Cela me fatiguait beaucoup et j’avais parfois du mal à gérer mes classes le lendemain. Je ne souhaite pas que mon sport, aussi passionnant soit-il, empiète sur la qualité de mon travail et de mon quotidien. De plus, je ne me sentais pas la force de courir ou d’avoir une séance de cardio à côté, ce qui, je pense, freinait ma progression. J’ai donc décidé de quitter le club Apnée Passion et de conserver deux entraînements d’apnée avec Marc Salacroup et les Dauphins de Nogent.

 

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Des exercices spécialisés adaptés à la pratique de l’apnée

 

En parallèle, je suis le programme d’un préparateur physique de l’INSEP, Enguerrand Aucher, qu’Arthur Guérin-Boeri m’a recommandé. Je m’entraîne donc quatre fois par semaine en alternant apnée, préparation physique et repos. Je cours aussi assez régulièrement avec une association d’athlétisme, mais j’ai dû faire une pause fin novembre à l’approche de la 1ère manche de Coupe de France.

 

Arthur s’entraîne dur, ses recommandations sont des valeurs sûres. Donc, écouter le plus de conseils c’est bien, mais n’écouter qu’un coach serait mieux ?

    Il est clair que cela me simplifie la vie de n’avoir qu’un seul entraîneur d’apnée ! J’ai bien compartimenté mes entraînements avec d’un côté, l’apnée, et de l’autre, la préparation physique. Mais on s’est mis d’accord avec Enguerrand : ma progression en apnée est le seul objectif. Il connaît son métier et agence son programme en fonction de l’apnée, ce qui me permet d’être en forme lors des entraînements. C’est un gage de confiance pour moi.

Je n’oublie pas l’enseignement que j’ai reçu à Apnée Passion. C’est avec Eric Poline et David Leclerc surtout, qui a maintenant en charge la ligne compétition, que j’ai découvert l’apnée sportive. C’est lui qui m’a incitée à rejoindre la ligne compet en septembre 2014. Je ne me sentais pas à la hauteur, alors il m’a encouragée, me disant que j’en étais capable et que j’allais en baver, mais que je progresserais très vite. Et c’est vrai que je supporte aujourd’hui des entraînements que je n’aurais pas pu faire à mes débuts.

Je pense que c’était un travail préparatoire, tant physique que mental, qui m’a amenée à réussir le test pour rejoindre la toute récente ligne performance de Marc Salacroup aux Dauphins de Nogent. J’ai choisi de rester dans ce club après une première saison de compétition, déjà parce que je me sens bien avec Marc. C’est un entraîneur à la fois exigeant, carré et humain dans sa façon de communiquer, d’approcher les gens. Il sait me parler, me motiver, me poser des limites, m’engueuler, m’écouter. Bref, nos personnalités s’accordent bien. C’est lui que j’ai envie de suivre et, comme ses entraînements me font progresser, cela me suffit. Puis, la compagnie est excellente dans cette ligne ! Aucun des gars qui m’entourent n’est intéressé par la compétition pour l’instant, mais ils ont un sacré niveau et moi je m’accroche à eux. Ils me font bien rire entre deux exercices et je pense que c’est en partie ce qui me motive à plonger dans l’eau froide du bassin extérieur en plein hiver… On fait aussi de l’apnée pour un club.

 

 

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(Credits : http://www.abyss-garden.com)

 

Tu as commencé à t’entraîner en mer avec Benoît Canel. Quelles ont été tes difficultés dans le passage de la piscine à la mer ? As-tu pris plaisir à ce changement de milieu, et pourquoi ?

Oui, j’ai fait ce premier stage en mer peu de temps après la validation du A3 FFESSM avec le CODEP 94, dans le but de connaître un peu plus le milieu.

C’est génial, la mer ! Surtout en août à La Ciotat ! Il y a eu de la houle et le boot était souvent penché mais la beauté du cadre et la transparence de l’eau n’ont rien à voir avec la carrière. Un vrai plaisir.

Benoît est patient et très pédagogue. Il a su bien m’expliquer les diverses techniques de compensation, surtout le Frenzel. Je me suis aperçu que je ne compensais pas assez et que j’alternais Valsalva et Frenzel, sans le conscientiser. C’est important quand on débute de savoir exactement ce que l’on fait pour créer un bon automatisme.

La principale difficulté que j’ai rencontrée a été la même qu’avec l’apnée en piscine. Je suis trop pressée… C’est dans ma nature ! En plus, c’était deux mois après le Championnat de France et je ne l’avais pas encore digéré. Je n’avais pas non plus commencé le travail sur le corps avec le reiki et j’avais tout simplement envie de me donner à fond. Sauf que j’aurais mieux fait d’être un chamallow durant ces trois jours… J’ai compris un peu tard que j’étais descendue trop rapidement les premières fois, ce qui a irrité mes tympans et m’a empêchée de passer la barre des 10-15m durant une bonne partie du stage. J’ai pu faire de l’immersion libre jusqu’à 20m mais c’était plus délicat en poids constant et impossible en variable. J’avais peut-être besoin de cette deuxième claque pour changer d’attitude ?

 

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(Credits : http://www.abyss-garden.com)

 

Aussi, étant habituée au calme plat de la fosse et de la carrière, j’ai eu un peu de difficulté au début à trouver l’équilibre à la verticale, tête en bas. Pas évident de descendre détendue tout en étant gainée en plein courant ! J’ai préféré descendre au pince-nez parce que cela m’aidait à lâcher le mental, à être plus à l’écoute de mes sensations et à trouver une vitesse adaptée.

 

Est-ce que cela a fait évoluer ta vision de ce que tu veux pratiquer ou tes objectifs à long terme ?

Évidemment, cela a été frustrant de ne pas pouvoir plonger comme je le souhaitais, mais cela m’a permis de prendre conscience des risques que je prenais de façon générale. Quelques jours après ce stage, j’ai reçu mes premiers soins reiki et, bien que ce soit difficile d’améliorer une personnalité, je commence à voir les choses autrement. Je ressens le besoin de mettre de l’eau dans mon vin.

J’aimerais découvrir un peu plus la mer, et cette fois, avec un autre état d’esprit. Je me suis bien rendu compte que les sensations ne sont pas du tout les mêmes qu’en fosse et en carrière. Je n’ai pas réagi de la même façon non plus. Loin de me freiner, le fait qu’on ne voie pas le fond m’a rendue plus intrépide ! Sur le long terme, je pense continuer de miser sur la relaxation, afin de me canaliser et de m’aider à lâcher prise. Cela me profitera autant en piscine qu’en mer.

En ce qui concerne les objectifs, dans un premier temps, j’aimerais préparer le A4, aller plus souvent explorer les fonds marins avec des amis ou travailler la profondeur lors de stages. Dans un second temps, découvrir l’école AIDA. L’idéal serait de m’installer dans le sud afin de m’orienter progressivement vers l’apnée en mer.

 

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La grande bleue (credits : freedivecebu.com)

 

On voit souvent les champions du dynamique en piscine passer en mer, la profondeur serait l’épreuve reine, la discipline ultime ?

Quand on dit qu’on est apnéiste, les gens pensent aussitôt qu’on plonge en mer, comme dans le Grand Bleu. Alors, oui, on peut considérer l’apnée en mer comme la discipline ultime. Et j’imagine que les apnéistes qui vivent près de la mer ou de l’océan ne le voient pas autrement. La piscine n’est qu’une étape dans leur progression. Après, je connais quelques compétiteurs qui ne sont pas du tout attirés par la profondeur. Il n’y a pas de discipline plus intéressante ou plus valorisante qu’une autre. Elles se complètent toutes de par les qualités qu’elles exigent, et rares sont les apnéistes qui excellent en piscine et en mer.

 

Parlons un peu des entraînements à sec (note de l’auteur : l’apnée à sec consiste en des exercices d’apnée à effectuer en dehors de l’eau, statique ou dynamique sur un vélo par exemple). Pour ceux qui ne peuvent s’entraîner assez souvent dans l’élément liquide comme pour les autres, il semble que ce soit la pierre angulaire de la progression personnelle. Qu’en penses-tu ?

Pour l’instant, je n’en fais que pour préparer l’apnée statique. Après quelques étirements et mouvements de Qi Gong, je m’allonge sur un futon et pose mes mains chargées d’énergie sur le hara pour me détendre et me centrer. Puis, j’applique exactement ce que j’ai appris aux côtés de David Leclerc à Apnée Passion : je fais des séries de poumons vides, alternées avec des pleins, et enfin des carrés avant d’autres pleins. A jeun bien sûr. J’essaie de varier les séances et de me reposer le reste de la journée. Généralement, je fais ça un jour creux de la semaine pour ne pas avoir à aller au collège après.

 

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Entraînement avec Engerrand Aucher, Préparateur Physique à l’INSEP. Effet de contraste entre le géant Arthur Guérin-Boeri et la petite Aurélia Voyer

 

Un ami compétiteur, Nicolas Aubry, m’a aussi conseillé d’essayer « l’apnée du matin ». J’ai envie de dire, chacun sa drogue ! Ce n’est pas l’apnée la plus longue ni la plus agréable qui soit, sans préparation, juste après avoir aéré la chambre et s’être emmitouflée sous la couette, mais ça marche. On voit une évolution en le faisant régulièrement.

Concernant le dynamique, mon préparateur physique me prévoit des séances de course, de vélo et de rameur en apnée. J’attends avec impatience de voir ce que ça donne…

 

Finalement tout le monde, un peu à la manière d’Herbert Nitsch à ses débuts, peut devenir performant sans aller en club ?

Tout le monde n’a pas les capacités, voire une connaissance de son corps semblables à celle d’Herbert Nitsch… On ne sait pas tous se relaxer, se ventiler, s’étirer, utiliser son diaphragme, manger sainement, faire le sport adéquat quand on commence l’apnée. Je pense que la structure du club et les gens que l’on y rencontre sont plus à même de nous aider à découvrir nos besoins et nos limites. Faire de l’apnée à sec toujours seul, c’est un peu déprimant, non ? C’est indispensable d’en faire, mais pas suffisant à mon avis. « L’apnée est un sport qui se pratique dans l’EAU », m’a répété Jérôme Chapelle lors du stage de Préparation au Championnat de France que j’ai fait l’an dernier et j’adhère en partie à ce credo. Les sensations sous l’eau sont uniques et rien ne peut remplacer cette connaissance.

 

Lorsque l’on débute, et cela est bon aussi de le rappeler aux anciens, on s’entend souvent dire qu’en mer, ou en piscine, il ne faut jamais (jamais !) plonger seul. En apnée à sec, quelles sont les précautions à prendre ?

Pour ma part, je serai en présence de mon préparateur physique donc je ne risque pas grand-chose. Je ne pratique pas assez l’apnée à sec, seule, pour avoir des conseils à donner. Rester allongé si on prépare le statique ? Tu en sais certainement plus que moi !

 

Le conseil de l’auteur :

Pierre Frolla m’a dit une fois : « si tu t’entraînes dur en apnée à sec, tu deviendras bon… en apnée à sec ! ». Il faut bien en avoir conscience lors de ce type de cession. Je rougis de honte lorsque je repense à mes débuts. Je faisais mes séances en combinaison avec lunettes et pince-nez, comme pour être au plus près des conditions d’épreuves, mais allongé sur le dos dans mon lit. Le transfert ne se fait pas de cette manière. L’apnée en sec entraîne notre physiologie mais pas notre mental qui va se retrouver dans des conditions complètements différentes dans l’eau.

Concernant le dynamique à sec, c’est-à-dire la réalisation d’exercices musculaires (presse, rameur, vélo, corde à sauter, marche…) en apnée, il est très important de se signaler auprès des coachs sportif D.E. de votre salle de sport en leur expliquant bien les risques liés à l’hypoxie. Privilégiez le vélo assis, le rameur, ou la presse car les risques de blessures sont moindres en cas de chute due à une syncope. En extérieur ou chez soi, utilisez un environnement sécurisé et rester sous la vigilance d’un tiers.

 

Toutes ces choses à travailler, ça fait un peu fou ce genre de programmation. Est-ce que selon toi cela ne perd pas de son charme par rapport à la discipline ?

Non, parce que la progression en apnée ne tient pas uniquement au fait de suivre scrupuleusement un programme complet de cardio, de gainage, de musculation, d’apnée hypercapnique et d’apnée à sec. J’ai découvert, surtout ces derniers mois, combien l’apnée est rattachée à un état d’esprit, à un mode de vie qui concerne tant la rigueur de l’entraînement qu’un choix d’alimentation, et plus intime, la découverte de soi, l’exploration de ses peurs, de ses besoins, de ses limites, une connaissance de son corps à travers diverses approches telles que la sophrologie, l’auto-hypnose, la méditation, le yoga… J’en oublie certainement. J’ai compris que l’apnée c’était avant tout apprendre à être là, au moment présent, sous l’eau, sans y penser, sans penser à ce qui s’est passé avant et à ce qui se passera après, à être là et à se laisser porter par l’imagination tout en restant connecté à ses sensations.

Par exemple, certains visualisent chaque membre de leur corps durant la performance et essaient de trouver ainsi le relâchement. D’autres, plus sensibles à leur musique intérieure, imaginent écouter en boucle des chansons qu’ils apprécient. Les plus « terre-à-terre » comptent les carreaux ! Pour ma part, je voyage. Je visualise des paysages magnifiques, souvent enneigés (je ne saurai dire pourquoi !), et je me laisse glisser le long de pistes de ski. J’évoque à mon esprit le toucher de textures douces, comme le velours et la peau, je me remémore mes plongées en Polynésie, notamment l’instant magique où j’ai nagé avec une raie manta, je pense au chocolat noir quand il fond dans la bouche. Ainsi, tout ce que j’aime passe au crible durant la performance, notamment durant l’épreuve d’apnée statique, mais quand j’entre dans la phase de lutte, je me concentre à nouveau sur ma posture et sur le relâchement de chaque partie de mon corps.

 

Envol
Instant d’échange magique

 

Je peux dire que c’est la découverte du reiki qui a redonné du charme à mes performances d’apnée. J’ai été initiée au premier degré durant l’été 2015, et comme je pratique le shiatsu depuis deux ans et que je connais déjà cet univers, on m’a proposé de poursuivre la démarche en devenant praticienne de reiki, ce qui correspond au second degré. La méditation et les auto-soins quotidiens m’ont aidée à me remettre en question, à faire du tri dans ma vie, dans mes croyances et à corriger ma vision de l’apnée qui était uniquement rattachée à la lutte, au dépassement. Je me suis enfin demandé pourquoi j’agissais ainsi et comment y remédier pour être mieux. Après plusieurs mois de pratique, j’ai pu sentir la différence courant décembre, lors de la 1ère Manche de Coupe de France à Montreuil. Evidemment, je garde mon caractère un peu frondeur lors des entraînements et j’ai tendance à vouloir tout faire, tout réussir, à vouloir aller plus vite que la musique, en compétition aussi (ce qui m’a fait balancer à toute vitesse mon protocole de statique au lieu de me poser calmement et de le séquencer !). Mais dans l’ensemble, je ne me sens plus la même. J’ai passé la journée de compétition à me faire des soins reiki, à me centrer par quelques postures de Qi Gong, et ainsi lors des épreuves, j’étais bien, à la fois cotonneuse et concentrée. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant. Et sans un grand nettoyage au préalable, sans une reconnexion au corps, cela n’aurait pas été possible. Je crois que c’était la première fois que je pouvais associer l’apnée au mot « plaisir ». D’ailleurs, des compétiteurs m’ont dit m’avoir trouvée changée, plus sereine et plus prudente. J’en suis ravie !

 

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Montreuil, 18 ans d’Apnée Passion, sous la présidence actuelle de Christophe Roqueta (credits : Marine Pinard)

 

Il semble y avoir eu un avant et un après-Montreuil. Peux-tu détailler un peu plus ce que tu y as vécu ? Est-ce que les bonnes conditions étaient enfin réunies ou bien est-ce toi qui aborde les problèmes différemment pour mieux t’y adapter ? Côté conditionnement mental, comment t’es-tu préparée ? Quels résultats as-tu obtenus ?

Non, c’est moi qui aborde les compétitions différemment. Les bonnes conditions, ça se favorise. Et, à mon avis, il n’y a pas de compétition idéale… C’est au compétiteur de s’adapter et de rester serein quoi qu’il arrive. Même si il y a un gars qui chante faux à côté de toi parce que ça le détend, faut pas lui casser ta monopalme sur la tête, non, tu peux t’installer ailleurs.

Par exemple, après avoir fait une faute de protocole au statique, j’étais un peu énervée contre moi, mais je ne me suis pas laissée démonter, je me suis concentrée sur le dynamique. Et là, intuitivement, je suis sortie juste après la ligne rouge, à 126m. Je ne sais pas vraiment pourquoi, je n’ai pas réfléchi, je l’ai fait. J’étais très claire, et à la fin de l’épreuve, les apnéistes de sécurité ont salué mon palmage rapide et régulier. Je me suis rendu compte que ma technique avait bien évolué. Je n’ai ressenti aucune fatigue dans les jambes durant la performance, la gêne était plus au niveau du diaphragme, mais c’est une question d’habitude. Je fais avec.

 

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Un dynamique bien encadré (credits: Marine Pinard)

 

Évidemment j’étais un peu déçue pour l’épreuve de statique, j’aurais été deuxième au combiné mais je n’en avais pas fait depuis l’été, donc j’ai relativisé et je me suis dit que 4’31 pour une première fois depuis plusieurs mois c’était positif. Avant, j’étais incapable de voir les points positifs, j’étais toujours insatisfaite, même après 135m en dynamique ou 5min en statique, il me fallait toujours 5m ou 10sec de plus. C’est un grand pas en avant pour moi.

Concernant le dynamique sans-palme, 76m dans un bassin de 50, ce n’est pas mon max, mais j’étais contente vu que c’est mon point faible. Par contre, j’ai conscience qu’il faudra aller plus loin pour être qualifiée cette année.

Le conditionnement mental ? Tu fais référence à la visualisation ? J’en fais, oui, quelques jours avant les compétitions, dans la douche et en faisant mon soin reiki, mais aussi juste avant la perf. Pas trop non plus, histoire de ne pas saturer. A Montreuil, lorsque je faisais ma relaxation, j’entendais la voix de Guillaume Lescure qui faisait de la sophrologie à son équipe. Juste sa voix, posée, apaisante. Je pense que cela a participé à me préparer mentalement.

 

 

Au final, je suis rentrée avec une médaille d’argent en dynamique et surtout ravie de cette première compétition. Ravie de l’avoir envisagée autrement. J’avais dit à Marc que cela devait être la compétition de la maturité et je n’ai pas failli à mon engagement. A poursuivre…

 

Tu parlais tout à l’heure de découvrir l’école AIDA. J’ai appris que tu avais participé à un Mini-Contest organisé par AIDA. Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’essayer dans cet événement ?

J’avais envie de tester une compétition AIDA, pour voir les différences, et j’ai reçu un mail de Claude Chapuis qui m’a encouragée à tenter un mini-contest sélectif et une manche de Coupe de France en statique et en dynamique. J’ai foncé, pourquoi pas?

 

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L’incontournable Claude Chapuis, Président d’Aida France, ici entre le regretté Loïc Leferme et l’exceptionnel Guillaume Néry (© Franck Seguin / Deadline Photo Press)

 

Comment ça s’est passé pour toi ?

Très bien pour ce premier dynamique! J’ai fait 133m ce qui est quasiment mon max de mai 2015. J’étais détendue, concentrée, ma nage était fluide, malgré une sensation de jambes lourdes qui me restait d’un weekend de ski de fond. Je suis sortie très claire et heureuse de l’eau.

 

Peux-tu dire aux lecteurs qui te suivent les particularités de ce type de compétition et comment tu as abordé mentalement les différences d’encadrement par rapport à ce que tu avais vécu jusque-là ?

J’avais soigneusement lu le règlement AIDA, mais je dois avouer que ça ne fait pas tout. Il faut essayer. Mon cœur a battu un peu plus fort que d’habitude en attendant le Top Départ. J’ai pensé, « merde, j’ai pas pris assez d’air », et je suis partie quand même une seconde après le Top (on a le droit à 10 sec) en me rassurant d’un « tu es entraînée, ça va bien se passer ». Et en effet, c’était dans la poche.

 

 

 

Concernant le protocole de sortie, on est autorisé à dire « Ok, tout va bien » en compétition nationale, donc j’ai préféré ne pas changer d’habitude pour ce premier essai. Mais je pense faire mon protocole en anglais à la 2e manche de Coupe de France prévue à Nîmes.

Aussi, ça fait vraiment plaisir de voir apparaître le carton blanc au bout des 30 sec de surveillance!

Pour moi, c’est une étape de plus vers le Championnat de France FFESSM. Je me sens plus aguerrie. Ces 133m me motivent fortement pour la 4e manche de Coupe de France prévue à Angoulême. Pareil en statique et en sans palme. J’ai fait 4’41 et 83m à Melun fin janvier. Je sens que je peux renouer avec les 5 minutes et tenter quelques mètres de plus en sans palme. Je travaille beaucoup la technique en ce moment.

 

Est-ce que cela t’a donné envie de renouveler l’expérience avec AIDA ?

Oui, soyons fous!


Revenons un peu à la mer. Es-tu chasseuse ou souhaites-tu t’essayer à la chasse sous-marine ? Pourquoi ?

J’aimerais découvrir l’exploration, oui ! Des épaves, des calanques, mais la chasse… cela ne m’attire pas parce que j’ai du mal avec l’idée de tirer sur les poissons (ou n’importe quel animal), de voir le sang se répandre dans l’eau et de prendre l’animal à pleine main, encore vivant, en train de se débattre. Je ne peux pas. J’ai aidé un Marquisien aux côtés de mon frère à récolter les poissons pris dans les filets quand je suis allée en Polynésie. C’était affreux, je m’y prenais mal en plus, j’avais peur de leur arracher la tête à force de tirer sur le filet. Je m’arrêterai là, j’ai eu mon expérience « chasse et pêche » ! Le fusil, très peu pour moi… Mais cela n’empêche pas qu’on puisse être un chasseur raisonnable, qui connaît bien l’environnement et respecte l’animal qu’il tue pour le manger. Les chasseurs que je fréquente dans mon club me parlent de leurs plongées avec une telle joie, une telle envie de partager, que cela fait plaisir à entendre.

 

 

 Je te comprends tout à fait. J’ai beaucoup chassé étant petit, sur le littoral provençal. Maintenant, j’ai une vision différente de la nature que je trouve très en péril, jusqu’à ne plus manger de viande et vraiment peu de poisson. Ton témoignage me rappelle celui d’Enzo Maiorca. Comme on peut le lire sur le site des Sea Shepherd, après une rencontre avec un mérou coincé dans la roche marine, en 1977, il n’a plus jamais plongé avec un fusil : « j’ai caressé son ventre, je me suis rendu compte que son cœur battait contre la paume de ma main (…), il s’affolait, terrorisé. En fait, il réclamait son droit à la vie ». J’aime cette approche de la mer qui n’est pas exclusivement dans la prise mais aussi dans le simple plaisir d’y évoluer.

Il y a Michel Nox aussi. C’est un apnéiste engagé qui commence à faire parler de lui et met en valeur la variété des façons d’aborder l’apnée, dont la sensibilisation à l’environnement et l’exploration sous-marine.

 

 

Je pense également à la façon de travailler de Benoît Canel qui est magnifique. S’il est loin des performances des champions médiatisés de la profondeur, il fait des choses que je trouve incroyables et que peu arrivent à faire.

 

Côté éducatif, tu comptes passer dans l’avenir tes niveaux pour enseigner, que ce soit au sein de la fédération française de Sports Sous-Marins (FFESSM) ou au sein d’Aida (plus orientée mer) ?

Oui, dans l’avenir ! Encadrer prend du temps et de l’énergie. Il suffit de voir comment nos encadrants se démènent… J’aime l’idée de transmettre, je ne suis pas prof pour rien ! Dans quelques années, quand je n’aurai plus envie ou plus la force de donner de mon temps à la compétition, je pense, oui, que je préparerai des niveaux dans le but d’enseigner ce que l’on m’aura transmis. Pourquoi ne pas encadrer des compétiteurs après quelques années d’expérience, histoire de garder la forme !

 

L’apnée selon Aurélia, ce serait quoi ? Donne-nous ta définition, que ce soit l’apnée sportive ou plaisir.

De l’exploration. Une découverte de soi et d’un univers, que ce soit le monde de la compétition ou la mer, l’océan et tout ce qu’ils nous dévoilent. J’ai envie de ça en ce moment. De revenir à la nature.

 

Comment l’apnée a-t-elle influé sur ta personnalité (en particulier ton empathie, ta sensibilité) et ta confiance en toi ?

J’ai découvert ma personnalité, mes véritables envies, besoins, limites à travers l’apnée. Elle n’a pas influé sur ma personnalité, elle l’a mise en valeur, elle m’a aidée à sortir de moi-même. J’étais comme enfermée.

Oui, maintenant j’ai plus confiance en moi. Bon, il y a encore du travail, hein.

 

Sens-tu dans ton environnement ou auprès des personnes qui t’entourent une perception différente de toi, une façon de te voir qui t’encourage dans cette voie que tu t’es choisie ?

On me fait plus confiance. L’année dernière on me freinait. On mettait des obstacles sur ma route et ça excitait encore plus mon envie de foncer dans le tas ! C’est mon côté capricorne ! Maintenant, on me rappelle très rapidement à la raison d’un ton plus doux, plus compréhensif : « Aurélia, repose-toi pour tenir l’année. », « Tu es sûre de vouloir faire cette compétition ? Quels sont tes objectifs ? », « Tu es malade, reste au chaud. »

On m’autorise à aller plus loin parce que je me pose des limites. Lors de la performance, je me remémore les conseils de Marc et d’Enguerrand, cette petite phrase de Claude Chapuis aussi : « il n’y a pas de bonne apnée sans regrets », et je sors quand je le sens et non pas quand je le veux. Il y a un gouffre entre les deux.

 

Tu parlais des changements que tu as ressentis depuis ta venue à l’apnée et au reiki. Comment vois-tu l’Aurélia d’avant ? Et si tu arrives à te projeter, comment vois-tu celle que tu seras ?

Bonne question ! Une Aurélia un peu marteau?? Très idéaliste. Trop. C’est ce qui me donne une soif démesurée et qui me rend tête-brûlée.

J’espère être plus tempérée, mais surtout sereine et plus ancrée dans le sol à l’avenir. Je tiens à rester entière, à garder un peu de piquant, de surprise, de ratures, de bifurcations, et que ma vie ne soit pas toute tracée. Je ne l’imagine pas autrement que passionnante.

 

Merci Aurélia, il est vraiment plaisant de pouvoir te suivre et de constater tes évolutions tant sur le plan sportif que personnel. A très bientôt.

 

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(credits : Marine Pinard)
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