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Qui serais-je dans 1000 jours ?

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Qu’y a-t-il au fond de nous-même, sous la surface ? (photo from : http://annelieadventures.com/)

 

                Qui sommes-nous ? Qu’y a-t-il derrière notre apparence, derrière nos différents masques ou derrière notre égo.

J’ai commencé à tenir un journal. Peut-être un peu plus qu’un journal intime. Il a pour titre : « Qui serais-je dans 1000 jours ? ».

Il a débuté ce matin ainsi :

« Le soleil caresse à peine les cimes des montagnes gapençaises ce nouvel an 2016. Il n’y a pas eu d’abus alimentaire la veille, il sera d’autant plus agréable d’aller courir un peu avant le petit déjeuner.

                L’heure est raisonnable. Le parcours aussi : 45 minutes à tout casser, avec un dénivelé positif tout de même sympa en fin de parcours.

Bon d’accord, je ne prends pas de chaussures ce matin. Personne n’est parfait. Mais j’aime courir pieds-nus. On le savait déjà, j’étais fan de chaussures à doigts et de Erwan Le Corre, c’était donc l’étape suivante normale. Encore un moyen d’apprendre beaucoup sur qui je suis et comment fonctionne mon corps. En même temps, je n’ai pas spécialement de mérite, la température de quelques degrés seulement au-dessus de zéro agit comme un antalgique sur mes orteils et je ne sens que peu les premières coupures et ampoules. Au bout de quelques kilomètres, j’ai juste l’impression de courir sur des moignons ! »

 

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Un nouvel an bon pied, bon œil (en photo, l’auteur)

 

Nous sommes le premier janvier. C’est le nouvel an. Il n’est pas très malin de commencer l’année ainsi mais les vieilles habitudes ont la peau dure (plus que les pieds en tout cas). Le bilan de l’année écoulée est difficile pour beaucoup de monde, ici comme ailleurs. Sur le plan plus personnel, ce fut une année de récupération et d’apprentissage de mes limites, si fluctuantes. Ce temps, je l’ai mis au service de l’introspection. J’avais donc fait mon bilan avant l’heure : quel a été mon parcours, qu’ai-je fait, où vais-je, qu’est-ce que je veux ou ne veux plus ? Et surtout, qui je suis aujourd’hui ?

Je suis bien plus raisonnable qu’avant mais je ne renonce pas pour autant à ce qui me caractérise. Je renforce toujours ma capacité de résilience si ce n’est que j’ai appris à ne pas détruire mon intégrité en le faisant. Ça m’aide, je l’espère, à faire de moi un meilleur enseignant et un meilleur coach.

 

Coaching d'enfer
Un bon coach : un peu de technique, beaucoup d’empathie et une montagne de pédagogie

 

Pourtant, cette année, pas de bonne résolution en perspective ! Pas de promesse, pas de course aux chimères, pas d’attente. A la place, je commence un nouveau programme. Un gros programme !

Je relis régulièrement les anciens articles de mon maître d’aïkido. Il y en a un que j’aime bien qui s’intitule 3000 jours au japon. Je trouve que c’est plein d’enseignements. Entre résolution, frustrations et sacrifices pour atteindre son but. Au final, c’est une expérience et un chemin qui nous change ou nous fait grandement évoluer et surtout, qui change radicalement notre vie.

Ainsi, je me suis décidé durant octobre, j’ai fait mes préparatifs en novembre, et j’ai commencé à mettre mes outils en place en décembre. J’attaque un programme en deux étapes.

La première est de 1000 jours ! Un chiffre emblématique. La seconde aura la même durée, avec des objectifs différents.

Un programme de 1000 jours, c’est quoi ? Un programme pour quoi, d’abord ?

 

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C’est ça mon programme ? OMG !

 

De la même façon que je ne trouve pas intéressant d’étudier la main sans étudier l’esprit qui la sollicite, d’étudier l’esprit sans les yeux et/ou les oreilles qui l’ont construit, mon programme ne peut pas être que sportif.

Il est martial, sportif, mental, familial et professionnel. J’ai défini des objectifs compatibles entre eux, j’ai tracé les grandes lignes y menant et surtout j’ai choisis des outils adaptés à qui je suis, à ma personnalité profonde. Si l’égo arrive à rester à sa juste place, le reste ne sera que courage, remédiations objectives, lâcher-prise et plaisir.

Cette fois-ci, je ne vise aucun exploit, je ne vise aucune ceinture (ce qui avait déjà cessé de me faire courir), ni aucune reconnaissance. Si ces choses arrivent, ce ne sera qu’une conséquence, en aucun cas un but.

Lorsque j’avais trente ans, je me disais que si je rencontrais celui que j’étais à 20, il me trouverait ridiculement faible et aurait peut-être honte de ce qu’il est devenu. Aujourd’hui, après bien des chaos survenus dans ma vie, je pense être bien plus fort que les deux précédents ne l’ont été, principalement d’un point de vue martial mais aussi dans mes possibilité d’être, d’évoluer et de durer dans tous les aspects de la vie.

 

Retour vers le futur : ce que nos actions nous feront devenir (photo : Tom Hussey, Reflexion)
Retour vers le futur : ce que nos actions nous feront devenir (photo : Tom Hussey, Reflexion)

 

Ce qui m’intéresse maintenant, c’est de voir qui je serai dans 1000 jours. Que celui que je serai soit fier de ce que je fais aujourd’hui et que je sois satisfait de qui je serai alors. Que je devienne un possible modèle, pour moi-même principalement, comme tant d’autres l’ont été ou le sont encore aujourd’hui (Crazy Horse, Musashi, Belmondo, Musimu, les frères Tamaki, …) Chaque cheminement nous fait évoluer et nous façonne. Ce parcours sera le mien véritablement. J’ai la sensation de pouvoir et de devoir écrire mon propre devenir. J’ai le sentiment d’être l’actionnaire majoritaire de ma vie. Je veux me reconnecter à mon moi profond. A ce qui faisait de moi l’enfant que j’étais avant que la société, quels que soient ses qualités ou ses travers, ne me forge à sa main.

 

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L’entraide en guise de réussite (photo: Rock Solid Race)

 

Cette réalisation ne sera cependant pas exclusivement centrée sur moi. C’est au travers de mes apports aux autres que je compte y arriver. Je veux être une pierre des fondations grandissantes du Kishinkaï, un coach qui amène chacun à se transcender sans se perdre en route, un homme qui ressent encore plus les émotions, qui ressent les autres, qui ressent la truite bondir hors de l’eau mais qui garde la sérénité du lac qui l’abrite, un homme qui s’accomplit pleinement. Et oui, tout un programme. Je vous l’avais bien dit.

Tous mes vœux vous accompagnent dans vos entreprises, pour 2016 et pour après !

Rendez-vous dans 1000 jours.

 

S'accomplir pleinement
Une vie d’émotions
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Heureusement, nous ne nous battions pas comme ça !

J’ai récemment regardé RED.

Adaptation Cinématographique de RED
Adaptation Cinématographique de RED

R.E.D. c’est pour Retraité Extrêmement Dangereux. Des retraités de la CIA reprenne du service involontairement mais avec plaisir pour vivre une aventure menée tambours battants par le spécialiste américain de « l’espionnage et châtaignes », Bruce Willis.

Tous les clichés sont là, de ceux du cinéma américain à ceux concernant la CIA. Donc, j’ai doré !

J’ai très vite enchaîné par R.E.D. 2.

Bon, on retombe d’un cran dans la qualité, malgré l’arrivée de nouveaux acteurs de marque, dont le beau gosse de service Byung Hun Lee.

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Byung Hun Lee dans le rôle de Han Cho Bai, charismatique tueur spécialiste des arts martiaux.

Le personnage de Han Cho Bai est l’un des meilleurs tueurs à gage au monde. Son origine asiatique semble justifier sa pratique martiale.

Il maîtrise donc l’art subtil de tuer en toute discrétion et celui de distribuer des bourres-pif façon kung fu.

Je trouve qu’il y a actuellement de belles originalités quand au style martial employé par les chorégraphes de cinéma. L’aïkido percutant de Steven Seagal, l’arnis de Jeff Imada (que pratique Matt Damon dans La mémoire dans la peau), le muay thaï boran avec Tony Jaa, le judo qui revient un peu dans les film chinois, le krav maga, le wing chun…

Au cinéma, impressionner compte autant que se battre
Au cinéma, l’originalité fait vendre

Du coup, il est un peu dommage de voir et revoir des scènes de combats un peu trop similaires qui font que chasseurs de vampires, gangsters, anges et même Robin des bois sont des pratiquants assidus de kung fu.

Ici, dans RED, le mélange des genres est plutôt sympathique. Il y a le bon vieux boxeur, un peu de jiu-jitsu brésilien, quelques trucs directs et très simples qui sont assez proche de ce qui marche le plus, du kung fu/taekwondo (encore ! mais plutôt bien interprété, si ce n’est que les enchainements sont constamment coupé pour changer de plan).

Des coups de pieds audacieux, ou l'esthétisme prime sur le réel
Des coups de pieds audacieux, ou l’esthétisme prime sur le réel

Quand est-il pour de vrai ?

Je le dis tout de suite, pour la CIA il faut aller voir sur National Géographique. Ce n’est pas mon domaine.

En France, la nécessité de formations assez courtes a toujours incité à rester sur des choses simples, empruntes de bon sens et d’une connaissance de bases des points vitaux principaux. Donc, pas de coup de pieds sautés, de revers retournés…

Depuis le close combat de la seconde-guerre mondiale, les choses ont changé et c’est tant mieux ! Ces 25 dernières années ont vues des réformes régulières des systèmes de combats des hommes de terrain.

La cause n’est pas la rencontre sur le terrain de combattants plus aguerris mais l’augmentation du nombre d’engagés déjà pratiquants d’art martiaux. La démocratisation de nombreuses écoles jusqu’alors confidentielle en France a favoriser cet essor. Les soldats déjà pratiquants ont étudié un panel plus large de techniques.

Il persiste toutefois des techniques qui ne permettent pas d’éviter la blessure si l’adversaire fait montre d’une réelle agressivité ou d’un minimum de sens du combat. Mais les choses sont longues à changer dans nos vieilles institutions.

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Des classiques toujours enseignés, quoi qu’un peu obsolètes en l’état.

Dans les forces spéciales les choses sont un peu différentes. Le taux de ceintures noires y est élevé et les moniteurs ou instructeurs en combat au corps-à-corps sont nombreux chez les sous officiers.

Dans les unités hyperspécialisées (renseignement, opérations spéciales, GIGN…), c’est encore autre chose.

Le GIGN par exemple (que je n’ai pas fréquenté), les stages avec différents enseignants renommés se sont enchainés. Son besoin de techniques explosives d’intervention s’est concentré un temps sur le krav-maga. Maintenant, ce sont les membres eux-même qui se perfectionnent et apportent leurs savoirs aux autres sans qu’il n’y ai besoin de faire appel à des intervenants extérieurs.

Il en était un peu de même pour les unités dans lesquelles j’ai travaillé. Comme tout militaire, nous courrions tous les matins, du footing urbain au raid dans la garrigue. Puis nous alternions ensuite entre la salle de combat et la salle de musculation.

Le combat.

En réalité, nous nous retrouvions au dojo dès qu’un moment de libre le permettait pour combattre ensemble en ju-jutsu brésilien ou en boxe thaïlandaise. Certains étaient dans le civil des compétiteurs aguerris, en free-fight, jissen karate, muay thaï ou encore en judo.

Malgré tout, le gros de l’entrainement restait la boxe. Les techniques de grappling n’avaient pas les faveurs lors des entrainements collectifs. Les raisons ?

La base était la boxe, pour forger l'esprit
La base était la boxe, pour forger l’esprit

Si elles ont démontré leur efficacité au sein de la cage de l’UFC ou sur les rings, il en est tout autres dans des environnements hostiles et accidentés, qu’ils soient urbains ou forestiers.

En un contre un, il est vrai que l’on peut vite se retrouver à s’agripper et se retrouver au sol. Mais cela est à éviter dès que l’on se retrouve à deux contre deux, deux contre cinq…

La perte de verticalité met en position d'inferiorité
La perte de verticalité met en position d’infériorité

Ensuite, le fait de porter sur soi du matériel, sac à dos, poches pleines, ou appareil photo autour du coup change grandement la donne et ne permet plus les mêmes mouvements, Naturellement, on a dans ce cas tendance à mouvoir le corps de façon homo-latérale, bien que ce ne soit pas une composante recherchée ou enseignée. Les pratiquant de karaté ou d’aïkido y sont généralement plus à l’aise, s’ils ne restent pas figés dans leur forme.

Un équipement qui ne permet pas la fantaisie
Un équipement qui ne permet pas la fantaisie

Et le dernier élément à prendre en compte et non le moindre, la présence d’armement, sur soi ou sur les autres. L’utilisation priorisées ou pas des armes à feu, leur présence en main, à la cuisse ou sous la veste sont des critères qui sont peu abordés dans les arts martiaux mais qui étaient primordiaux pour nous.

Pour ma part, j’arrivais avec un bon passif en judo, muay thaï et certains ju-jutsu, où j’étais déjà instructeur.

J’aimais aussi beaucoup l’aïkido que j’avais pratiqué avec d’éminents professeurs, mais maintenant que je ne me consacre quasiment plus qu’à cette discipline (avec le sabre et quelques autres douceurs…), je me rends compte que je n’y avait rien compris, me contentant d’utiliser seulement les axes et les leviers, qui ne sont qu’une toute petite partie de la base de la compréhension de cet art.

Cependant, à cette époque, le plus gros de ma pratique martial et de ma forme de corps étaient celles étudiées au sein des dojos de Shorinji Kempo, ce qui, malgré la rigueur des formes, me permettait de m’adapter facilement à tout nouvel enseignement ou nouvelle situation.

Technique de contrôle du Shorinji Kempo
Technique de contrôle du Shorinji Kempo

Il n’y a donc pas de style exclusif retenu car c’est à chacun de se former en plus des stages spécifiques et d’ainsi venir enrichir les autres de ses expériences. Les qualités de l’individu priment sur le style martial.

Et quel individus ! M’entrainer avec eux m’a donné une approche très particulière du combat ou de comment appliquer une technique en situation réelle. Si la discrétion est parfois de mise, et j’ai moi-même pu par la suite mettre au point et enseigner tout un panel de techniques discrètes qui même filmées ne font pas montre d’agressivité, l’essentiel de nos entrainement est de nous amener à une rusticité de corps et à un esprit inflexible.

Ne pas reculer, frapper, saisir, tordre, pousser, déséquilibrer, se servir de n’importe quel objet, peu importe le moyen, le but n’est pas de gagner, c’est de ne jamais perdre.

Vincent Cassel, dans un style improvisé et expéditif, au cinéma.
Vincent Cassel, dans un style improvisé et expéditif, au cinéma.

Je suis mort !

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                Quelle étrange sensation que celle de ne plus avoir existé pendant un instant. Pas désagréable. Pas agréable non plus. Je n’ai pas vu de tunnel avec de la lumière au bout. Il n’y avait pas de silhouette familière dans un brouillard spirite. Pas de blanc. Pas de noir. Rien. Je n’existe pas, voilà tout. Je suis absent. Bon, cessons tout de suite de dramatiser. J’ai juste fait une syncope en piscine lors d’une compétition d’apnée. Oui, j’avais dit que j’arrêterais la compétition mais c’est revenu sans que je ne m’y attende, sûr une suggestion amicale. J’ai poussé trop loin mon organisme alors que mon ressenti me dictait une conduite différente.

 

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Épreuve du Dynamique sans palme, ici Georgette Raymond, par psmcafe

                Bref, je nageais avec plus ou moins de difficultés sous l’eau, à une distance que je maitrisais habituellement plutôt bien, lorsque soudain, je me retrouve hors de l’eau, assis au bord de la piscine au milieu des juges, de l’équipe de sécurité et du médecin. Entre les deux, il me manque un morceau. Le médecin m’a demandé comment je me sentais lorsque mon regard annonçait enfin que ma conscience se redéveloppait au sein de mon corps. Mes premiers mots ont été :

                « C’était une expérience… intéressante ! »

Il est difficile de se mettre à l’épreuve. Dans la voie martiale, notre époque ne permet plus aussi facilement qu’avant de le faire. Et je pense que c’est une bonne chose. Alors, comment savoir où nous en sommes dans notre progression. Quelle est notre compréhension réelle de ce qui nous a été enseigné. Nous ressentons le besoin de savoir qui l’on est vraiment, de comment on agirait dans une situation réelle. Lorsque je regarde autour de moi, parmi les partenaires d’entrainements que je croise, je vois certaines rares personnes qui ont une connaissance d’eux-mêmes très fine et je vois beaucoup de personnes qui semblent à mes yeux être en décalage avec l’image qu’il donne d’eux-même, ou entre leur pratique et leur discours.

 

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Maori, le guerrier affiché

Dans la pratique de l’Aïkido, par exemple. Je ne pense pas y trouver de pratiquants ou d’enseignants plus prétentieux que dans d’autres disciplines. Cependant, trop souvent, le nombre d’années de pratique ou le lignage entraînent certaines prétentions, même involontaires. Il n’est pas évident d’apprécier le niveau réel de quelqu’un en aïkido, si ce n’est par le ressentit direct de la technique. Là encore, mon expérience m’a démontré qu’il est aisé d’impressionner quelqu’un d’un niveau moins avancé. En dehors de quelques rares altercations, l’aïkido n’a pas de lieu pour être mis à l’épreuve. Et la pratique ne se situe pas dans cet état d’esprit. J’en suis d’ailleurs très heureux. C’est ce qui permet de préserver la technique et l’écoute intérieure plutôt que de transformer la pratique martiale en sport d’opposition et de permettre une confrontation de toute façon contenue dans un cadre bien défini.

 

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Ueshiba Morihei, fondateur de l’Aïkido

En aïkido, certains enseignants insistent sur l’idée de compassion et d’harmonie entre les partenaires. C’est une notion très abstraite que cette dernière. Je crois ne l’avoir vécu qu’une seule fois. C’était à l’armée, dans un combat libre à mains nues avec un pratiquant expérimenté en boxe et jiu-jitsu. Depuis lors, cette débauche de bonnes intentions m’a rarement convaincu. Surtout lorsque je constate que finalement la pratique est une pratique de connivence, quasi-chorégraphiée sans aucune cohérence martiale. Pourtant, jamais dans l’histoire de la création de l’aïkido, son pragmatisme n’a été sacrifié au profil d’une aspiration philosophique, malgré la spiritualité développée du fondateur.

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(La recherche de l’harmonie – Patrick Musimu en travail respiratoire puis en apnée)

A l’inverse, on parle souvent de retourner la force du partenaire contre lui-même. De lire l’intention aussi. Mais concrètement, je ne sens que force et rupture de force, feinte et accélération. Rien de spécialement abouti. Lorsqu’en plus je dois me mettre en garde, les poignets se touchant avec le défenseur, et que l’on m’incite à mettre de l’intention dans mon bras, c’est-à-dire gainer mon bras et pousser avec mon corps (ce qui a un sens, mais manque ici de subtilité), je me dis que quelque chose a été perdu en chemin dans l’enseignement et que les pratiquants d’aïkido manquent de remise en question de soi.

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Dessin d’Oscar Ratti

Bon, l’idée n’est pas ici de faire la critique d’une discipline, si chère à mon cœur qui plus est, mais bien d’aborder l’importance de la mise à l’épreuve qui a été le quotidien des combattants à l’origine des arts que nous pratiquons maintenant.

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Nakadai Tatsuya dans Hara Kiri, de Kobayashi Masaki

Le coureur a son marathon, le judoka a son shiaï, le samouraï avait son champ de bataille ou son duel.

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Phase de natation au triathlon Ironman d’Hawaii, Daily Telegraph

                J’ai eu la chance de vivre des entrainements intensifs à arme blanche réelle, au couteau et au katana. Avec le recul, je sais que ma chance dans ces entrainements était le faible niveau technique que nous avions en nous agressant mutuellement. Les attaques bien que nous mettant réellement en danger étaient assez prévisibles car limitées dans leur variété mais surtout sans subtilité corporelle. Cependant, les outils psychologiques que ce type d’entrainement développe m’ont été très utiles lors de mon passage dans les forces spéciales.

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S’entrainer en condition réelle

Alors que j’étais encore en service, un adepte de jeux vidéo m’a présenté la dernière version d’un jeu au titre évocateur. Il était convaincu que son jeu était si réaliste que les unités commandos devaient l’utiliser pour s’entrainer. Je n’ai rien eu à redire. Si certains logiciels de gestion peuvent avoir un intérêt certain dans certaines professions, pourquoi aurions-nous joué sur console alors que nous nous entrainions presque au quotidien à balles réelles ? La notion de danger vital donne vraiment une vision différente de la vie et de la pratique. Je ne suis pas samouraï et je ne croise jamais personne armé de sabre dans les pays que je fréquente maintenant. Je n’ai plus non plus le besoin professionnel de m’entrainer au combat. Je ne cherche pas à mettre ma vie en danger mais j’ai cependant un besoin constant de m’explorer et de savoir qui je suis, jusqu’en dans les moindres parcelles de mon corps et de mon esprit. J’ai besoin d’évoluer et d’être capable de me mettre à l’épreuve pour cela. Dans mon apprentissage auprès de Léo Tamaki, je cherche à comprendre comment utiliser mon corps de manière différente pour optimiser son utilisation, quel que seront mon âge et ma condition physique dans le futur. Plus question de se préparer en vue d’une épreuve. Plus de pic de forme à viser. La pratique doit être considérée au quotidien. Si survie il y a, c’est à chaque instant. Sans entrer dans une paranoïa guerrière (peut-être cela fait-il partie du chemin, ponctuellement), il s’agit à la fois de vivre de manière raisonnée, pas forcément dans une analyse continue de soi et de son environnement, et de devenir assez relâché et sensible pour capter les intentions réelles, aussi subtiles soient-elles. Je n’ai pas encore la chance de côtoyer régulièrement des maîtres comme Kuroda Tetsuzan, qui nous font nous sentir vraiment en danger de mort lorsque la technique jaillit. Alors, pour me retrouver face au sabre, je fais de l’apnée sportive. Bon, aussi parce que je suis un amoureux de l’élément liquide.

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Kuroda Tetsuzan, par Frédérick Carnet, « Budoka no Kokoro »

Dans l’apnée, lorsque l’on me demande si je fais du yoga, je réponds que « non, je ne fais que de l’aïkido ». L’apnée est cependant ma méditation, mon yoga, mon aïki et mon travail au sabre. De la même façon, je crois que chaque moment de ma journée est un moment de pratique. J’apprends au travers de l’aïkido et de l’apnée à optimiser mes mouvements, à trouver les chaines musculaires qui me permettent le meilleur gainage et de développer le plus d’efficacité en consommant le moins d’énergie.

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Les chaînes musculaires, Godelieve Denys-Struyf

Je trouve dans l’apnée sportive le moyen de me confronter. A moi-même, principalement. Pas de mensonge en apnée. Un esprit non serein, et c’est l’échec. Un corps trop tendu, idem. Sous l’eau, je vois le miroir de ce que je suis.

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Pas de mensonge en apnée

 

Et lors de cette dernière compétition, à la fois dans l’eau et face au sabre, j’ai lutté, j’ai forcé, mon esprit a décroché du moment présent. J’ai été coupé. Je suis mort. Heureusement, l’équipe de sécurité est au point. Je n’ai vécu qu’un game over. Je peux continuer de jouer, vivre et progresser. C’est une expérience marquante qui si elle n’est pas si grave, n’est pas anodine non plus. Je pense que j’ai eu la chance de la vivre. Je comprends ce que c’est que de s’accorder, de trouver l’harmonie. Je sais où m’entrainent les illusions d’une pratique extérieurement dure. Je crois savoir où me diriger. L’eau et le soutien inconditionnel de mon maître sont mes atouts. Faut-il encore que je les écoute…

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(L’auteur, tendant l’oreille)

Musashi Miyamoto et la quête de soi.

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J’ai lu il y a peu un article de mon enseignant d’Aïkido sur la dernière adaptation en date de l’oeuvre de Yoshikawa Eiji relatant la vie du plus fameux bretteur du japon, Miyamoto Musashi.

Dans ma voie martiale comme dans mon évolution sociale, le roman de Yoshikawa a pris une place d’importance.

Parlant comme une vraie racaille et avec une moyenne en orthographe proche de 0, je faisais la pénible expérience du redoublement de ma première année de collège. La stimulation intellectuelle était continue à la maison, comme par exemple avec l’obligation pour chacun de pratiquer un art martial et de jouer aux Echecs ou aux Dames, mais j’étais un enfant qui fuyait le domicile dès que possible, allant même jusqu’à passer les nuits dans la rue ou en forêt en faisant croire que je dormais chez un copain. La vie entre Mantes la Jolie et les Mureaux n’a d’abord pas motivé mon intérêt pour la culture et encore moins pour la littérature.

Cependant, j’ai été très tôt passionné par l’univers japonais, souvent caricaturé, que je retrouvais partiellement dans les dojos de Judo, de Shito-ryu (forme de karatedo) ou d’Aïkido. Incité par mon éternel partenaire d’entrainement, Matthieu, qui est également le fils de mon second enseignant (en judo et jiu-jitsu, le premier ayant été Roland Hernaez à l’âge de six ans) j’ai décidé de lire l’histoire de ce fameux Miyamoto Musashi.

Je me suis attelé à la tâche avec ferveur et j’ai dévoré dans l’été les deux volumes de son édition française : La pierre et le sabre, La parfaite lumière.

 

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Comme pour Don Quichotte, mais en mieux à mes yeux de jeune guerrier, j’y trouvais un personnage haut en couleur et son alter égo, fainéant et bien plus peureux.

 

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Mais surtout, si je n’ai jamais vraiment été fan d’une personnalité ou d’une star, j’adoptais tout de suite ce modèle de conduite et de travail de l’esprit pour arriver à atteindre mes objectifs dans la vie.

Durant l’année scolaire qui suivi, mes notes dépasseront toutes mes attentes en français. La lecture avait été le déclic de ma mémoire de l’orthographe et de ma compréhension de bien des choses.
Après ces deux blocs, plus aucun livre ne m’a impressionné ou rebuté de par sa taille. Et je me suis mis à en dévorer pas mal.

Côté pratique, je n’ai plus jamais douté de ma voie. Si je suis beaucoup passé d’un dojo à un autre au cours de ma vie, cela a été pour comprendre l’essence de la pratique. D’abord en essayant de me constituer un éventail technique le plus large possible. N’étant pas très fort physiquement et étant vite blessé, j’essayais de compenser ce manque par le travail technique. Puis, comprenant que je n’étais pas sur la bonne voie, j’ai recherché le point commun à tout ça : les principes inhérents à l’utilisation de mon corps, le but de chaque pratique et ce qu’elle entrainait sur le long terme.

Sans chercher à me prendre pour Miyamoto Musashi, je souhaitais transformer le Takezo que j’étais en quelque chose de plus accompli et de plus subtil. Le roman de la vie de ce personnage m’a beaucoup aidé à avancer dans cette voie. Le seul ouvrage écrit par Musashi, le traité des cinq roues, est devenu un support de réflexion très important. Loin d’en comprendre encore toutes les nuances et subtilités, cela m’éclaire sur beaucoup de sujets dans mon quotidien.

J’ai ensuite fait une rencontre qui a vraiment marqué ma vie, celle avec Issei et Leo Tamaki. Leo était très développé musculairement mais je ne sentais absolument aucune force dans ses techniques. J’étais juste aspiré et je tombais. Je voyais en Leo celui qui incarnait le mieux à mes yeux le Samouraï et son l’héritage martial.

Comme je le confiais récemment à Issei, je voyais un samouraï bouger quand je regardais Leo pratiquer tandis que je voyais le sabre derrière chaque mouvement d’Issei. Il me dit: « j’ai réussi à effacer le samouraï en moi, il ne me reste plus qu’à effacer le sabre ».

 

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Kogaratsu, par Michetz

 

Ces hommes sont vraiment très perturbants et tellement enrichissants. Il est pour moi un vrai plaisir de me sentir comme un gamin débutant dans leurs cours. Après un taïkaï où je rencontrais de nombreux enseignants et maîtres de diverses disciplines, Leo m’a demandé si tout allait bien pour moi. Je répondis que « oui, toutes ces disciplines m’étaient très accessibles et faciles à pratiquer, en raison de mon background éclectique, et que l’Aïkido Kishinkaï restait ma seule zone d’inconfort et que c’était pour cela que je m’y plaisais ».

J’ignore ce que c’est que de se comporter comme un maître de budo. Mais Leo est l’une des personnes les plus humaines et sincèrement ouvertes que je connaisse. J’en ai fait mon maître et je suis heureux d’être devenu son ami. À partir de cette rencontre, qui a été la plus importante dans mon périple martial, j’ai compris véritablement où je voulais aller dans le Budo et dans ma vie.

Fermant la boucle de cette petite histoire, je relayais le post de Leo en me rappelant toutes mes lectures sur le sujet. Et mes rencontres dans les écoles héritières du samouraï.

 

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Matsuura Masato, par Jérôme Liniger, studio irrésistible

 

Cette nouvelle série utilise des codes contemporains qui forcément ne correspondent pas à notre vision moins profane. Cependant, je pense que cela permettra très probablement de toucher et d’intéresser une nouvelle génération. S’ils peuvent à leur tour s’inspirer de la vie de Miyamoto Musashi pour faire évoluer la leur, quel que soit le support et la fiction ajoutée ce sera une bonne chose.

 

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De mon côté, cela a été comme une piqure de rappel. Je me suis enfin décidé à me lancer dans la tenue d’un blog afin de partager mon expérience, essuyer les critiques et participer aux réflexions communes sur les pratiques martiales et sportives, les moyens d’y progresser, leurs limites physiques et mentales et les moyens de les repousser.

 

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Mutsuo Koga, AFP/Toshifumi Kitamura

Quelques liens et lectures complémentaires sur le sujet :

http://www.musashi-miyamoto.net/qui-est-musashi-miyamoto.html

http://nitenichiryu.wordpress.com/