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Aurélia Voyer – 2/ L’apnée sur un fil

   Aurélia, je suis heureux de te retrouver sur Subo-Subo dans le cadre de la Transversale. Il s’est passé plein de choses depuis ta première interview. C’est un vrai plaisir de pouvoir te suivre ainsi dans tes aventures et dans ton évolution. J’espère que les lecteurs y prendront autant de plaisir que moi et qu’ils feront sans mal le parallèle avec leurs propres expériences.

 

Quelles ont été les dernières manifestations sportives de la saison 2015 auxquelles tu as participées ?

Le Championnat d’Ile-de-France à Villeneuve-la-Garenne en avril et le Championnat de France un mois après, où j’ai été sélectionnée pour les trois épreuves que je pratique (STA, DYN, DNF).

 

Quels ont été tes conditions et tes résultats ?

Excellentes conditions et belle réussite à Villeneuve puisque j’ai fait mes max de cette première saison (4’57 en STA, 135m en DYN et 83m en DNF) et je suis devenue Championne d’IDF 2015. J’étais plus détendue qu’aux autres compétitions, c’était un peu la fête, la fin d’une année de découverte et l’aboutissement d’une année d’entraînement intensif.

J’espérais faire un beau Championnat de France, j’avais été rassurée sur mes capacités, mais j’ai fait les mauvais choix. Première erreur : j’ai continué de me mettre la pression, ce que j’ai fait une bonne partie de l’année dernière. Deuxième erreur : j’ai accepté d’être coachée ce jour-là alors que j’avais fait toutes mes compétitions seule, mon entraîneur, Marc Salacroup, étant juge. Je ne connaissais pas bien la personne qui s’était proposée et le courant n’est malheureusement pas passé entre nous. Troisième erreur : un horaire de passage a été mal noté, toute ma préparation était donc faussée, j’ai eu un coup de stress et j’ai cédé à la colère. Je n’ai pas réussi à passer outre, à me reconcentrer. J’étais plus prête pour un match de boxe que pour une compétition d’apnée ! Quatrième erreur : j’ai fait le choix de tourner aux 100m alors que je sentais que je n’étais pas dans le même état que d’habitude. C’est l’orgueil qui m’a fait penser qu’il n’était pas possible de m’arrêter à 100m après la saison que j’avais faite. La volonté était là, mais plus le corps… Cela s’est soldé par une PCM à 127m. Les juges m’ont dit à la fin de ma performance que j’étais extrêmement tendue et que je n’avais pris qu’une petite inspiration. C’est vrai que j’avais mal au niveau du plexus solaire et que je n’arrivais pas à ouvrir ma cage thoracique. Un peu gênant pour faire de l’apnée !

 

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1ère Manche de Coupe de France à Montreuil : plus prête pour un match de boxe que pour une compétition d’apnée !


Quels enseignements en tires-tu ?

Ce Championnat de France a remis en question ma façon d’aborder la compétition. La vie aussi. J’aime la lutte. Peut-être parce que j’ai été plongée dans un combat permanent depuis l’enfance. Qu’importe. J’ai réalisé ce jour-là qu’il fallait que ça explose, que mon corps éclate sous la pression que je lui mettais pour m’alerter du danger. Ce n’est pas plus mal que cela se soit passé au CDF, bien entourée, en sécurité, et non pas en mer par exemple… J’ai compris quelques temps après que je me faisais du mal et que j’allais à l’échec en partant en guerre avec (contre ?) ce corps dont je négligeais les besoins et les limites. J’ai décidé de mettre de la douceur dans ma vie depuis cet été et il me le rend bien ! J’apprends la patience, j’apprends à écouter mes sensations, à mettre de côté mon mental et à laisser le temps s’écouler tant que nécessaire.

 

Par rapport à ta façon de t’entraîner l’année dernière, qu’as-tu changé cette année ?

L’année dernière, j’avais trois entraînements d’apnée dont deux qui se terminaient à 23h. Cela me fatiguait beaucoup et j’avais parfois du mal à gérer mes classes le lendemain. Je ne souhaite pas que mon sport, aussi passionnant soit-il, empiète sur la qualité de mon travail et de mon quotidien. De plus, je ne me sentais pas la force de courir ou d’avoir une séance de cardio à côté, ce qui, je pense, freinait ma progression. J’ai donc décidé de quitter le club Apnée Passion et de conserver deux entraînements d’apnée avec Marc Salacroup et les Dauphins de Nogent.

 

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Des exercices spécialisés adaptés à la pratique de l’apnée

 

En parallèle, je suis le programme d’un préparateur physique de l’INSEP, Enguerrand Aucher, qu’Arthur Guérin-Boeri m’a recommandé. Je m’entraîne donc quatre fois par semaine en alternant apnée, préparation physique et repos. Je cours aussi assez régulièrement avec une association d’athlétisme, mais j’ai dû faire une pause fin novembre à l’approche de la 1ère manche de Coupe de France.

 

Arthur s’entraîne dur, ses recommandations sont des valeurs sûres. Donc, écouter le plus de conseils c’est bien, mais n’écouter qu’un coach serait mieux ?

    Il est clair que cela me simplifie la vie de n’avoir qu’un seul entraîneur d’apnée ! J’ai bien compartimenté mes entraînements avec d’un côté, l’apnée, et de l’autre, la préparation physique. Mais on s’est mis d’accord avec Enguerrand : ma progression en apnée est le seul objectif. Il connaît son métier et agence son programme en fonction de l’apnée, ce qui me permet d’être en forme lors des entraînements. C’est un gage de confiance pour moi.

Je n’oublie pas l’enseignement que j’ai reçu à Apnée Passion. C’est avec Eric Poline et David Leclerc surtout, qui a maintenant en charge la ligne compétition, que j’ai découvert l’apnée sportive. C’est lui qui m’a incitée à rejoindre la ligne compet en septembre 2014. Je ne me sentais pas à la hauteur, alors il m’a encouragée, me disant que j’en étais capable et que j’allais en baver, mais que je progresserais très vite. Et c’est vrai que je supporte aujourd’hui des entraînements que je n’aurais pas pu faire à mes débuts.

Je pense que c’était un travail préparatoire, tant physique que mental, qui m’a amenée à réussir le test pour rejoindre la toute récente ligne performance de Marc Salacroup aux Dauphins de Nogent. J’ai choisi de rester dans ce club après une première saison de compétition, déjà parce que je me sens bien avec Marc. C’est un entraîneur à la fois exigeant, carré et humain dans sa façon de communiquer, d’approcher les gens. Il sait me parler, me motiver, me poser des limites, m’engueuler, m’écouter. Bref, nos personnalités s’accordent bien. C’est lui que j’ai envie de suivre et, comme ses entraînements me font progresser, cela me suffit. Puis, la compagnie est excellente dans cette ligne ! Aucun des gars qui m’entourent n’est intéressé par la compétition pour l’instant, mais ils ont un sacré niveau et moi je m’accroche à eux. Ils me font bien rire entre deux exercices et je pense que c’est en partie ce qui me motive à plonger dans l’eau froide du bassin extérieur en plein hiver… On fait aussi de l’apnée pour un club.

 

 

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(Credits : http://www.abyss-garden.com)

 

Tu as commencé à t’entraîner en mer avec Benoît Canel. Quelles ont été tes difficultés dans le passage de la piscine à la mer ? As-tu pris plaisir à ce changement de milieu, et pourquoi ?

Oui, j’ai fait ce premier stage en mer peu de temps après la validation du A3 FFESSM avec le CODEP 94, dans le but de connaître un peu plus le milieu.

C’est génial, la mer ! Surtout en août à La Ciotat ! Il y a eu de la houle et le boot était souvent penché mais la beauté du cadre et la transparence de l’eau n’ont rien à voir avec la carrière. Un vrai plaisir.

Benoît est patient et très pédagogue. Il a su bien m’expliquer les diverses techniques de compensation, surtout le Frenzel. Je me suis aperçu que je ne compensais pas assez et que j’alternais Valsalva et Frenzel, sans le conscientiser. C’est important quand on débute de savoir exactement ce que l’on fait pour créer un bon automatisme.

La principale difficulté que j’ai rencontrée a été la même qu’avec l’apnée en piscine. Je suis trop pressée… C’est dans ma nature ! En plus, c’était deux mois après le Championnat de France et je ne l’avais pas encore digéré. Je n’avais pas non plus commencé le travail sur le corps avec le reiki et j’avais tout simplement envie de me donner à fond. Sauf que j’aurais mieux fait d’être un chamallow durant ces trois jours… J’ai compris un peu tard que j’étais descendue trop rapidement les premières fois, ce qui a irrité mes tympans et m’a empêchée de passer la barre des 10-15m durant une bonne partie du stage. J’ai pu faire de l’immersion libre jusqu’à 20m mais c’était plus délicat en poids constant et impossible en variable. J’avais peut-être besoin de cette deuxième claque pour changer d’attitude ?

 

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(Credits : http://www.abyss-garden.com)

 

Aussi, étant habituée au calme plat de la fosse et de la carrière, j’ai eu un peu de difficulté au début à trouver l’équilibre à la verticale, tête en bas. Pas évident de descendre détendue tout en étant gainée en plein courant ! J’ai préféré descendre au pince-nez parce que cela m’aidait à lâcher le mental, à être plus à l’écoute de mes sensations et à trouver une vitesse adaptée.

 

Est-ce que cela a fait évoluer ta vision de ce que tu veux pratiquer ou tes objectifs à long terme ?

Évidemment, cela a été frustrant de ne pas pouvoir plonger comme je le souhaitais, mais cela m’a permis de prendre conscience des risques que je prenais de façon générale. Quelques jours après ce stage, j’ai reçu mes premiers soins reiki et, bien que ce soit difficile d’améliorer une personnalité, je commence à voir les choses autrement. Je ressens le besoin de mettre de l’eau dans mon vin.

J’aimerais découvrir un peu plus la mer, et cette fois, avec un autre état d’esprit. Je me suis bien rendu compte que les sensations ne sont pas du tout les mêmes qu’en fosse et en carrière. Je n’ai pas réagi de la même façon non plus. Loin de me freiner, le fait qu’on ne voie pas le fond m’a rendue plus intrépide ! Sur le long terme, je pense continuer de miser sur la relaxation, afin de me canaliser et de m’aider à lâcher prise. Cela me profitera autant en piscine qu’en mer.

En ce qui concerne les objectifs, dans un premier temps, j’aimerais préparer le A4, aller plus souvent explorer les fonds marins avec des amis ou travailler la profondeur lors de stages. Dans un second temps, découvrir l’école AIDA. L’idéal serait de m’installer dans le sud afin de m’orienter progressivement vers l’apnée en mer.

 

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La grande bleue (credits : freedivecebu.com)

 

On voit souvent les champions du dynamique en piscine passer en mer, la profondeur serait l’épreuve reine, la discipline ultime ?

Quand on dit qu’on est apnéiste, les gens pensent aussitôt qu’on plonge en mer, comme dans le Grand Bleu. Alors, oui, on peut considérer l’apnée en mer comme la discipline ultime. Et j’imagine que les apnéistes qui vivent près de la mer ou de l’océan ne le voient pas autrement. La piscine n’est qu’une étape dans leur progression. Après, je connais quelques compétiteurs qui ne sont pas du tout attirés par la profondeur. Il n’y a pas de discipline plus intéressante ou plus valorisante qu’une autre. Elles se complètent toutes de par les qualités qu’elles exigent, et rares sont les apnéistes qui excellent en piscine et en mer.

 

Parlons un peu des entraînements à sec (note de l’auteur : l’apnée à sec consiste en des exercices d’apnée à effectuer en dehors de l’eau, statique ou dynamique sur un vélo par exemple). Pour ceux qui ne peuvent s’entraîner assez souvent dans l’élément liquide comme pour les autres, il semble que ce soit la pierre angulaire de la progression personnelle. Qu’en penses-tu ?

Pour l’instant, je n’en fais que pour préparer l’apnée statique. Après quelques étirements et mouvements de Qi Gong, je m’allonge sur un futon et pose mes mains chargées d’énergie sur le hara pour me détendre et me centrer. Puis, j’applique exactement ce que j’ai appris aux côtés de David Leclerc à Apnée Passion : je fais des séries de poumons vides, alternées avec des pleins, et enfin des carrés avant d’autres pleins. A jeun bien sûr. J’essaie de varier les séances et de me reposer le reste de la journée. Généralement, je fais ça un jour creux de la semaine pour ne pas avoir à aller au collège après.

 

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Entraînement avec Engerrand Aucher, Préparateur Physique à l’INSEP. Effet de contraste entre le géant Arthur Guérin-Boeri et la petite Aurélia Voyer

 

Un ami compétiteur, Nicolas Aubry, m’a aussi conseillé d’essayer « l’apnée du matin ». J’ai envie de dire, chacun sa drogue ! Ce n’est pas l’apnée la plus longue ni la plus agréable qui soit, sans préparation, juste après avoir aéré la chambre et s’être emmitouflée sous la couette, mais ça marche. On voit une évolution en le faisant régulièrement.

Concernant le dynamique, mon préparateur physique me prévoit des séances de course, de vélo et de rameur en apnée. J’attends avec impatience de voir ce que ça donne…

 

Finalement tout le monde, un peu à la manière d’Herbert Nitsch à ses débuts, peut devenir performant sans aller en club ?

Tout le monde n’a pas les capacités, voire une connaissance de son corps semblables à celle d’Herbert Nitsch… On ne sait pas tous se relaxer, se ventiler, s’étirer, utiliser son diaphragme, manger sainement, faire le sport adéquat quand on commence l’apnée. Je pense que la structure du club et les gens que l’on y rencontre sont plus à même de nous aider à découvrir nos besoins et nos limites. Faire de l’apnée à sec toujours seul, c’est un peu déprimant, non ? C’est indispensable d’en faire, mais pas suffisant à mon avis. « L’apnée est un sport qui se pratique dans l’EAU », m’a répété Jérôme Chapelle lors du stage de Préparation au Championnat de France que j’ai fait l’an dernier et j’adhère en partie à ce credo. Les sensations sous l’eau sont uniques et rien ne peut remplacer cette connaissance.

 

Lorsque l’on débute, et cela est bon aussi de le rappeler aux anciens, on s’entend souvent dire qu’en mer, ou en piscine, il ne faut jamais (jamais !) plonger seul. En apnée à sec, quelles sont les précautions à prendre ?

Pour ma part, je serai en présence de mon préparateur physique donc je ne risque pas grand-chose. Je ne pratique pas assez l’apnée à sec, seule, pour avoir des conseils à donner. Rester allongé si on prépare le statique ? Tu en sais certainement plus que moi !

 

Le conseil de l’auteur :

Pierre Frolla m’a dit une fois : « si tu t’entraînes dur en apnée à sec, tu deviendras bon… en apnée à sec ! ». Il faut bien en avoir conscience lors de ce type de cession. Je rougis de honte lorsque je repense à mes débuts. Je faisais mes séances en combinaison avec lunettes et pince-nez, comme pour être au plus près des conditions d’épreuves, mais allongé sur le dos dans mon lit. Le transfert ne se fait pas de cette manière. L’apnée en sec entraîne notre physiologie mais pas notre mental qui va se retrouver dans des conditions complètements différentes dans l’eau.

Concernant le dynamique à sec, c’est-à-dire la réalisation d’exercices musculaires (presse, rameur, vélo, corde à sauter, marche…) en apnée, il est très important de se signaler auprès des coachs sportif D.E. de votre salle de sport en leur expliquant bien les risques liés à l’hypoxie. Privilégiez le vélo assis, le rameur, ou la presse car les risques de blessures sont moindres en cas de chute due à une syncope. En extérieur ou chez soi, utilisez un environnement sécurisé et rester sous la vigilance d’un tiers.

 

Toutes ces choses à travailler, ça fait un peu fou ce genre de programmation. Est-ce que selon toi cela ne perd pas de son charme par rapport à la discipline ?

Non, parce que la progression en apnée ne tient pas uniquement au fait de suivre scrupuleusement un programme complet de cardio, de gainage, de musculation, d’apnée hypercapnique et d’apnée à sec. J’ai découvert, surtout ces derniers mois, combien l’apnée est rattachée à un état d’esprit, à un mode de vie qui concerne tant la rigueur de l’entraînement qu’un choix d’alimentation, et plus intime, la découverte de soi, l’exploration de ses peurs, de ses besoins, de ses limites, une connaissance de son corps à travers diverses approches telles que la sophrologie, l’auto-hypnose, la méditation, le yoga… J’en oublie certainement. J’ai compris que l’apnée c’était avant tout apprendre à être là, au moment présent, sous l’eau, sans y penser, sans penser à ce qui s’est passé avant et à ce qui se passera après, à être là et à se laisser porter par l’imagination tout en restant connecté à ses sensations.

Par exemple, certains visualisent chaque membre de leur corps durant la performance et essaient de trouver ainsi le relâchement. D’autres, plus sensibles à leur musique intérieure, imaginent écouter en boucle des chansons qu’ils apprécient. Les plus « terre-à-terre » comptent les carreaux ! Pour ma part, je voyage. Je visualise des paysages magnifiques, souvent enneigés (je ne saurai dire pourquoi !), et je me laisse glisser le long de pistes de ski. J’évoque à mon esprit le toucher de textures douces, comme le velours et la peau, je me remémore mes plongées en Polynésie, notamment l’instant magique où j’ai nagé avec une raie manta, je pense au chocolat noir quand il fond dans la bouche. Ainsi, tout ce que j’aime passe au crible durant la performance, notamment durant l’épreuve d’apnée statique, mais quand j’entre dans la phase de lutte, je me concentre à nouveau sur ma posture et sur le relâchement de chaque partie de mon corps.

 

Envol
Instant d’échange magique

 

Je peux dire que c’est la découverte du reiki qui a redonné du charme à mes performances d’apnée. J’ai été initiée au premier degré durant l’été 2015, et comme je pratique le shiatsu depuis deux ans et que je connais déjà cet univers, on m’a proposé de poursuivre la démarche en devenant praticienne de reiki, ce qui correspond au second degré. La méditation et les auto-soins quotidiens m’ont aidée à me remettre en question, à faire du tri dans ma vie, dans mes croyances et à corriger ma vision de l’apnée qui était uniquement rattachée à la lutte, au dépassement. Je me suis enfin demandé pourquoi j’agissais ainsi et comment y remédier pour être mieux. Après plusieurs mois de pratique, j’ai pu sentir la différence courant décembre, lors de la 1ère Manche de Coupe de France à Montreuil. Evidemment, je garde mon caractère un peu frondeur lors des entraînements et j’ai tendance à vouloir tout faire, tout réussir, à vouloir aller plus vite que la musique, en compétition aussi (ce qui m’a fait balancer à toute vitesse mon protocole de statique au lieu de me poser calmement et de le séquencer !). Mais dans l’ensemble, je ne me sens plus la même. J’ai passé la journée de compétition à me faire des soins reiki, à me centrer par quelques postures de Qi Gong, et ainsi lors des épreuves, j’étais bien, à la fois cotonneuse et concentrée. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant. Et sans un grand nettoyage au préalable, sans une reconnexion au corps, cela n’aurait pas été possible. Je crois que c’était la première fois que je pouvais associer l’apnée au mot « plaisir ». D’ailleurs, des compétiteurs m’ont dit m’avoir trouvée changée, plus sereine et plus prudente. J’en suis ravie !

 

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Montreuil, 18 ans d’Apnée Passion, sous la présidence actuelle de Christophe Roqueta (credits : Marine Pinard)

 

Il semble y avoir eu un avant et un après-Montreuil. Peux-tu détailler un peu plus ce que tu y as vécu ? Est-ce que les bonnes conditions étaient enfin réunies ou bien est-ce toi qui aborde les problèmes différemment pour mieux t’y adapter ? Côté conditionnement mental, comment t’es-tu préparée ? Quels résultats as-tu obtenus ?

Non, c’est moi qui aborde les compétitions différemment. Les bonnes conditions, ça se favorise. Et, à mon avis, il n’y a pas de compétition idéale… C’est au compétiteur de s’adapter et de rester serein quoi qu’il arrive. Même si il y a un gars qui chante faux à côté de toi parce que ça le détend, faut pas lui casser ta monopalme sur la tête, non, tu peux t’installer ailleurs.

Par exemple, après avoir fait une faute de protocole au statique, j’étais un peu énervée contre moi, mais je ne me suis pas laissée démonter, je me suis concentrée sur le dynamique. Et là, intuitivement, je suis sortie juste après la ligne rouge, à 126m. Je ne sais pas vraiment pourquoi, je n’ai pas réfléchi, je l’ai fait. J’étais très claire, et à la fin de l’épreuve, les apnéistes de sécurité ont salué mon palmage rapide et régulier. Je me suis rendu compte que ma technique avait bien évolué. Je n’ai ressenti aucune fatigue dans les jambes durant la performance, la gêne était plus au niveau du diaphragme, mais c’est une question d’habitude. Je fais avec.

 

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Un dynamique bien encadré (credits: Marine Pinard)

 

Évidemment j’étais un peu déçue pour l’épreuve de statique, j’aurais été deuxième au combiné mais je n’en avais pas fait depuis l’été, donc j’ai relativisé et je me suis dit que 4’31 pour une première fois depuis plusieurs mois c’était positif. Avant, j’étais incapable de voir les points positifs, j’étais toujours insatisfaite, même après 135m en dynamique ou 5min en statique, il me fallait toujours 5m ou 10sec de plus. C’est un grand pas en avant pour moi.

Concernant le dynamique sans-palme, 76m dans un bassin de 50, ce n’est pas mon max, mais j’étais contente vu que c’est mon point faible. Par contre, j’ai conscience qu’il faudra aller plus loin pour être qualifiée cette année.

Le conditionnement mental ? Tu fais référence à la visualisation ? J’en fais, oui, quelques jours avant les compétitions, dans la douche et en faisant mon soin reiki, mais aussi juste avant la perf. Pas trop non plus, histoire de ne pas saturer. A Montreuil, lorsque je faisais ma relaxation, j’entendais la voix de Guillaume Lescure qui faisait de la sophrologie à son équipe. Juste sa voix, posée, apaisante. Je pense que cela a participé à me préparer mentalement.

 

 

Au final, je suis rentrée avec une médaille d’argent en dynamique et surtout ravie de cette première compétition. Ravie de l’avoir envisagée autrement. J’avais dit à Marc que cela devait être la compétition de la maturité et je n’ai pas failli à mon engagement. A poursuivre…

 

Tu parlais tout à l’heure de découvrir l’école AIDA. J’ai appris que tu avais participé à un Mini-Contest organisé par AIDA. Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’essayer dans cet événement ?

J’avais envie de tester une compétition AIDA, pour voir les différences, et j’ai reçu un mail de Claude Chapuis qui m’a encouragée à tenter un mini-contest sélectif et une manche de Coupe de France en statique et en dynamique. J’ai foncé, pourquoi pas?

 

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L’incontournable Claude Chapuis, Président d’Aida France, ici entre le regretté Loïc Leferme et l’exceptionnel Guillaume Néry (© Franck Seguin / Deadline Photo Press)

 

Comment ça s’est passé pour toi ?

Très bien pour ce premier dynamique! J’ai fait 133m ce qui est quasiment mon max de mai 2015. J’étais détendue, concentrée, ma nage était fluide, malgré une sensation de jambes lourdes qui me restait d’un weekend de ski de fond. Je suis sortie très claire et heureuse de l’eau.

 

Peux-tu dire aux lecteurs qui te suivent les particularités de ce type de compétition et comment tu as abordé mentalement les différences d’encadrement par rapport à ce que tu avais vécu jusque-là ?

J’avais soigneusement lu le règlement AIDA, mais je dois avouer que ça ne fait pas tout. Il faut essayer. Mon cœur a battu un peu plus fort que d’habitude en attendant le Top Départ. J’ai pensé, « merde, j’ai pas pris assez d’air », et je suis partie quand même une seconde après le Top (on a le droit à 10 sec) en me rassurant d’un « tu es entraînée, ça va bien se passer ». Et en effet, c’était dans la poche.

 

 

 

Concernant le protocole de sortie, on est autorisé à dire « Ok, tout va bien » en compétition nationale, donc j’ai préféré ne pas changer d’habitude pour ce premier essai. Mais je pense faire mon protocole en anglais à la 2e manche de Coupe de France prévue à Nîmes.

Aussi, ça fait vraiment plaisir de voir apparaître le carton blanc au bout des 30 sec de surveillance!

Pour moi, c’est une étape de plus vers le Championnat de France FFESSM. Je me sens plus aguerrie. Ces 133m me motivent fortement pour la 4e manche de Coupe de France prévue à Angoulême. Pareil en statique et en sans palme. J’ai fait 4’41 et 83m à Melun fin janvier. Je sens que je peux renouer avec les 5 minutes et tenter quelques mètres de plus en sans palme. Je travaille beaucoup la technique en ce moment.

 

Est-ce que cela t’a donné envie de renouveler l’expérience avec AIDA ?

Oui, soyons fous!


Revenons un peu à la mer. Es-tu chasseuse ou souhaites-tu t’essayer à la chasse sous-marine ? Pourquoi ?

J’aimerais découvrir l’exploration, oui ! Des épaves, des calanques, mais la chasse… cela ne m’attire pas parce que j’ai du mal avec l’idée de tirer sur les poissons (ou n’importe quel animal), de voir le sang se répandre dans l’eau et de prendre l’animal à pleine main, encore vivant, en train de se débattre. Je ne peux pas. J’ai aidé un Marquisien aux côtés de mon frère à récolter les poissons pris dans les filets quand je suis allée en Polynésie. C’était affreux, je m’y prenais mal en plus, j’avais peur de leur arracher la tête à force de tirer sur le filet. Je m’arrêterai là, j’ai eu mon expérience « chasse et pêche » ! Le fusil, très peu pour moi… Mais cela n’empêche pas qu’on puisse être un chasseur raisonnable, qui connaît bien l’environnement et respecte l’animal qu’il tue pour le manger. Les chasseurs que je fréquente dans mon club me parlent de leurs plongées avec une telle joie, une telle envie de partager, que cela fait plaisir à entendre.

 

 

 Je te comprends tout à fait. J’ai beaucoup chassé étant petit, sur le littoral provençal. Maintenant, j’ai une vision différente de la nature que je trouve très en péril, jusqu’à ne plus manger de viande et vraiment peu de poisson. Ton témoignage me rappelle celui d’Enzo Maiorca. Comme on peut le lire sur le site des Sea Shepherd, après une rencontre avec un mérou coincé dans la roche marine, en 1977, il n’a plus jamais plongé avec un fusil : « j’ai caressé son ventre, je me suis rendu compte que son cœur battait contre la paume de ma main (…), il s’affolait, terrorisé. En fait, il réclamait son droit à la vie ». J’aime cette approche de la mer qui n’est pas exclusivement dans la prise mais aussi dans le simple plaisir d’y évoluer.

Il y a Michel Nox aussi. C’est un apnéiste engagé qui commence à faire parler de lui et met en valeur la variété des façons d’aborder l’apnée, dont la sensibilisation à l’environnement et l’exploration sous-marine.

 

 

Je pense également à la façon de travailler de Benoît Canel qui est magnifique. S’il est loin des performances des champions médiatisés de la profondeur, il fait des choses que je trouve incroyables et que peu arrivent à faire.

 

Côté éducatif, tu comptes passer dans l’avenir tes niveaux pour enseigner, que ce soit au sein de la fédération française de Sports Sous-Marins (FFESSM) ou au sein d’Aida (plus orientée mer) ?

Oui, dans l’avenir ! Encadrer prend du temps et de l’énergie. Il suffit de voir comment nos encadrants se démènent… J’aime l’idée de transmettre, je ne suis pas prof pour rien ! Dans quelques années, quand je n’aurai plus envie ou plus la force de donner de mon temps à la compétition, je pense, oui, que je préparerai des niveaux dans le but d’enseigner ce que l’on m’aura transmis. Pourquoi ne pas encadrer des compétiteurs après quelques années d’expérience, histoire de garder la forme !

 

L’apnée selon Aurélia, ce serait quoi ? Donne-nous ta définition, que ce soit l’apnée sportive ou plaisir.

De l’exploration. Une découverte de soi et d’un univers, que ce soit le monde de la compétition ou la mer, l’océan et tout ce qu’ils nous dévoilent. J’ai envie de ça en ce moment. De revenir à la nature.

 

Comment l’apnée a-t-elle influé sur ta personnalité (en particulier ton empathie, ta sensibilité) et ta confiance en toi ?

J’ai découvert ma personnalité, mes véritables envies, besoins, limites à travers l’apnée. Elle n’a pas influé sur ma personnalité, elle l’a mise en valeur, elle m’a aidée à sortir de moi-même. J’étais comme enfermée.

Oui, maintenant j’ai plus confiance en moi. Bon, il y a encore du travail, hein.

 

Sens-tu dans ton environnement ou auprès des personnes qui t’entourent une perception différente de toi, une façon de te voir qui t’encourage dans cette voie que tu t’es choisie ?

On me fait plus confiance. L’année dernière on me freinait. On mettait des obstacles sur ma route et ça excitait encore plus mon envie de foncer dans le tas ! C’est mon côté capricorne ! Maintenant, on me rappelle très rapidement à la raison d’un ton plus doux, plus compréhensif : « Aurélia, repose-toi pour tenir l’année. », « Tu es sûre de vouloir faire cette compétition ? Quels sont tes objectifs ? », « Tu es malade, reste au chaud. »

On m’autorise à aller plus loin parce que je me pose des limites. Lors de la performance, je me remémore les conseils de Marc et d’Enguerrand, cette petite phrase de Claude Chapuis aussi : « il n’y a pas de bonne apnée sans regrets », et je sors quand je le sens et non pas quand je le veux. Il y a un gouffre entre les deux.

 

Tu parlais des changements que tu as ressentis depuis ta venue à l’apnée et au reiki. Comment vois-tu l’Aurélia d’avant ? Et si tu arrives à te projeter, comment vois-tu celle que tu seras ?

Bonne question ! Une Aurélia un peu marteau?? Très idéaliste. Trop. C’est ce qui me donne une soif démesurée et qui me rend tête-brûlée.

J’espère être plus tempérée, mais surtout sereine et plus ancrée dans le sol à l’avenir. Je tiens à rester entière, à garder un peu de piquant, de surprise, de ratures, de bifurcations, et que ma vie ne soit pas toute tracée. Je ne l’imagine pas autrement que passionnante.

 

Merci Aurélia, il est vraiment plaisant de pouvoir te suivre et de constater tes évolutions tant sur le plan sportif que personnel. A très bientôt.

 

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(credits : Marine Pinard)

Philippe Billard – 1/ Vers l’infini et au-delà

Que l’on soit fondu d’ultra, apnéiste chevronné, alpiniste de l’impossible, navigateur solitaire, chercheur martial ou plus modestement sportif curieux, un jour où l’autre on croise Philippe Billard.

Ce journaliste de métier est un touche à tout mais aussi un jusqu’au-boutiste qui aime se poser des questions, se remettre en question aussi et s’accomplir en se surpassant

Dans le cadre du fil rouge de ce blog (voir La Transversale), pour une fois, c’est lui qui a répondu aux questions.Il a bien voulu me prêter un peu de temps entre ses excursions dans l’extrême et la tenue de son magazine si complet pour s’exprimer avec franchise et humour auprès des lecteurs de Subo-Subo.

Philippe, un vision qui va loin.
Un regard qui porte loin

Philippe, quelle est la discipline que tu pratiques et quelles sont ses particularités ?

Je pratique l’ultra-endurance, ou pour être plus explicite, la course à pied au-delà du marathon, et si possible, bien au-delà. Cela inclut les courses de montagne (jusqu’à 160 km pour ce qui me concerne), les 100 km sur route, les courses horaires (de 6 h à 48 h), et les multidays. J’en ai couru une centaine depuis 2000. Ces dernières années, j’ai jeté mon dévolu sur les 6 jours en version tapis de course. Il s’agit de courir 144 heures en s’arrêtant un minimum et en couvrant la distance maximale. J’évolue de plus en plus vers les sports de grande endurance, sans distinction : vélo, natation, tandem, randonnée, etc.

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Courir plusieurs jours, ici à Evreux

Comment y es-tu venu ?

Je ne sais pas trop. C’est venu peu à peu, et puis ça s’est imposé d’un coup, comme la synthèse de plein d’éléments très disparates. Il y a ce désir d’autonomie, qui me vient de mon enfance, doublé de celui d’aimer me distinguer, ne pas faire les choses comme tout le monde. Et puis l’envie de pratiquer un sport extrême, doublée de celle de ne pas risquer ma vie. Quand j’ai décidé de me mettre réellement à l’ultra, en 2000, je n’ai pas fait les choses à moitié. Après quelques tâtonnements, j’ai décidé trois ans plus tard que l’ultra serait au centre de ma vie en créant un magazine dédié à cette discipline. Très pratique pour courir toutes les semaines en faisant des reportages !

La passion de l'Ultra
La passion de l’Ultra

On parle souvent de sensations dans le sport comme dans les arts martiaux (ou d’explorations sensorielles). Quelles sont les sensations que tu y trouves, ou celles que tu y cherches ?

C’est à ce stade que je te remercie, Fabien. J’aurais pu le faire en introduction, mais ici c’est mieux. Je te remercie parce que ton expertise dans les arts martiaux et cette interview me permettent de faire le lien entre les disciplines. Même si je ne justifie que de deux ans de karaté avec une petite ceinture marron, quelques mois de judo à un âge où on a du mal à comprendre l’intérêt de parler japonais, la culture martiale asiatique a toujours fait partie de moi. Loin d’être un expert, loin d’avoir voulu en faire ma voie unique, j’ai puisé au fil des années ce qui me parlait le plus profondément. Le combat en tant que tel ne m’intéresse pas, mais sa symbolique, oui. Car tout, dans la vie, est combat. Combat physique, action face aux agressions, mais surtout, plus généralement, combat pour sortir de ses zones de confort. Le combat n’est pas un acte négatif, c’est une acuité, une compétence qu’on développe pour ne pas avoir à s’en servir.

Le combat constant du mental
Le combat constant du mental

La pratique du karaté m’a permis de comprendre, ou plutôt de valider, qu’une sensation physique était identique à une sensation mentale. On les traite de la même manière. Si je suis relâché physiquement, je le suis mentalement, et vice-versa. Je traite de la même façon une agression verbale et une douleur physique. Mes déplacements, mes mouvements, mes gesticulations, mes blocages et mes aisances, sont à la fois cérébraux et corporels. Voilà ce que me disent les arts martiaux, ou en tout cas ce que j’en ai pris (peu importe que ce soit juste ou pas d’ailleurs). Ils offrent un canevas intéressant, composé de valeurs, de techniques, d’apprentissages, qui sont reproductibles non seulement pour l’ultra, mais pour tous les sports. Et ça se traduit par des quêtes extrêmement similaires : la recherche du geste parfait, de l’équilibre, du souffle juste, du timing, et plus que tout, d’un transfert de la pratique sportive vers l’être humain que je suis au quotidien. C’était une réponse compliquée pour dire un seul mot : simplicité. Ne m’intéresse que ce qui tend vers la simplicité et la pureté.

Quels sont les autres sports ou pratiques que tu affectionnes ?

J’ai longtemps nagé et j’aime bien m’y remettre quand ça se présente. Je pratique aussi le vélo, la musculation de type crossfit au poids de corps, la marche, et un peu tout ce qu’on peut me proposer. J’ai une appétence particulière, évidemment, pour tout ce qui demande de l’endurance, mais je me dirige aussi de plus en plus vers les sports demandant de l’agilité, de l’équilibre, de la coordination, de la force.

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Chaque discipline est l’occasion de nouveaux défis

Est-ce que tu y vois des liens ? Une continuité avec ce que tu fais ? Ou y vois-tu des choses bien séparées, bien cloisonnées ?

Oui, tout se répond, se complète, s’enchaine. En bas de ma pyramide personnelle, il y a la pratique sportive, peu importe laquelle, et plus je monte, plus l’endurance prend de l’importance. L’endurance physique, puis l’endurance mentale, puis l’endurance environnementale, puis la somme des trois, et enfin, l’endurance tout court qu’on pourrait appeler la longévité. La totalité de mes actions s’intègre dans cette démarche de longévité. Il ne s’agit pas seulement de vivre vieux et en bonne santé, il s’agit de trouver le système adapté à ce que je suis, à mes valeurs, à ma nécessité de partage, à mon besoin pathologique d’apprendre encore et encore.

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Courir six jours sur Tapis – Étude sur le sommeil par le laboratoire d’Albi

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Comment abordes-tu ta pratique au quotidien (ton mental en arrivant à l’entrainement, par exemple, ou ton changement d’humeur par rapport au reste de la journée) ?

Là encore, comme une continuité. On ne dit pas de moi que je suis un sportif exceptionnel, ni performant, et ma façon de faire déboussole souvent ceux qui ont pu se retrouver en position d’observateur. Quand j’arrive à l’entraînement, je m’écoute, je passe un moment bien ancré dans le présent, qui s’harmonise autant que possible avec l’avant et l’après. Autrement dit, je m’entraine quand je cours, mais je m’entraîne aussi quand je travaille, quand je mange, quand je dors… quand je vis. Mon emploi du temps idéal serait noirci par du sport, du sport et encore du sport. C’est impossible, alors j’ai appris à pratiquer le sport mental, à travailler ce qui manque à mon sens à beaucoup d’athlètes : l’envie. Avoir envie de continuer, se proposer à soi et aux autres, constamment, des aventures incroyables, des tours de magie, de l’illusion.

A l’entraînement, je m’écoute, je passe un moment ancré dans le présent
A l’entraînement, je m’écoute, je passe un moment ancré dans le présent

Qu’est-ce que ta pratique t’apporte ? Qu’est-ce qu’elle a changé en toi ?

Je ne sais pas si ma pratique a changé. Elle a en tout cas certainement « révélé » quelque chose. Le grand apport de l’ultra, c’est le relâchement, à tous les niveaux. Au départ, c’est une sensation physique globale : relâcher les épaules, courir en souplesse, se sentir bien dans son corps. Et puis ça évolue vers un relâchement mental. Plus j’évolue, plus je ressens des tas de signaux faibles, comme si j’étais parfois capable d’identifier une cellule musculaire contractée et d’agir sur sa décontraction. C’est une image, bien sûr, mais ce que je veux dire, c’est que la sensation de relâchement est multidimensionnelle.

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Vers un relâchement mental

Y a-t-il une personne (vivante ou décédée) qui t’inspire particulièrement ?

Il y en a beaucoup. Mes parents m’inspirent, pour leur capacité à vivre gaiement malgré les épreuves douloureuses qu’ils ont traversé. Mes proches m’inspirent parce qu’ils ont pour la plupart une attitude digne, ouverte, respectueuse des autres et d’eux-mêmes. Ma fille m’inspire parce qu’elle est naturellement relâchée, comme l’enfant qu’elle est, mais avec un petit plus (c’est ma fille !). Je prends beaucoup du monde qui m’entoure et sans forcément idolâtrer une personne en particulier, je suis sensible à certains parcours de vie : Musashi, le Dalaï-Lama, Gandhi, toi, les apnéistes Mifsud et Néry, Léo Tamaki que je dois absolument croiser un jour, et des dizaines d’autres, réels ou fictifs.

Stéphane Mifsud, recordman du monde d'apnée statique
Stéphane Mifsud, recordman du monde d’apnée statique
Leo Tamaki, maître de l'Aïkido Kishinkaï (ici avec Julien Coup)
Leo Tamaki, maître de l’Aïkido Kishinkaï (ici avec Julien Coup)

Est-ce que tu vis ton investissement au jour le jour ? Programmes-tu scrupuleusement ta préparation ? Dans 10 ans, comment te vois-tu ?

Mon investissement, c’est ma façon de vivre. Il y a des périodes durant lesquelles je ne peux pas courir autant que je le souhaiterais, alors j’essaie d’être carré sur tous les autres paramètres : alimentation, sommeil, hygiène de vie. Je ne programme rien, ou très rarement. Je suis très attaché au vécu du présent, donc j’ai vaguement une idée sur certains objectifs (un 6 jours à préparer, une condition physique à atteindre, etc.) et je crée au quotidien les meilleures conditions pour y parvenir. Il ne s’agit pas forcément d’ascétisme, j’ai tendance à être très indulgent avec moi-même, pour conserver l’envie dont je parlais plus haut. Je pense souvent à l’Aïkido pour gérer le moment présent. La logique, le but, c’est de ne pas mourir (symboliquement, et en vrai aussi), et pour y parvenir, la voie que j’ai choisi, c’est la souplesse. Si quelque chose coince, on respire, on recommence, on a le temps. La question du futur est délicate. Évidemment, je me rends compte que j’ai tout un tas de conneries en tête qui pourraient intéresser les autres. Mais quels autres ? Si ça doit se faire, ça se présentera à moi sous une forme ou une autre et je saurai le voir. En attendant, la médiatisation relativement importante (pour l’instant) des 6 jours, permet de faire passer un certain nombre de messages, de transmettre une vision du sport épanouissante, universelle, simple. Donc oui, enseigner… disons plutôt « partager ».

Bol d'Air
Si quelque chose coince, on respire

Maintenant, oublions tout ça. Décroche de notre lien sportif. Parle-moi juste de toi, de tes rencontres, de ce qui compte ou t’agace, d’un hommage si besoin…

Je pense à une personne que j’ai rencontrée, c’est un voyageur-peintre avec son chien que j’ai croisé lors d’une traversée de la France en vélo. Un hommage : ma mère, forcément. Un truc qui me déplaît chez les autres (et parfois aussi chez moi) : l’injustice. Une envie « là tout de suite » : aller déjeuner. Un défaut : vouloir trop faire et au final, ne pas en faire la moitié. Une qualité : être conscient que les qualités, ça se travaille. Mon passé : un jeu de construction. Mon présent : un déluge de sensations. Mon futur : heureux. Mon épitaphe : « Il aimait les crêpes et le jambon de poulet ». Le PS de mon épitaphe : « Mes voisins sont très calmes ou c’est moi ? » Le PPS : « Il a toujours eu du mal à s’arrêter, mais là, il y est enfin arrivé. »

Super-Bilou
Mon présent : un déluge de sensations

Et oui, Philippe, c’est tout ça et plus encore. L’homme sans limite, vers l’infini et au delà.

Merci Phil.

Marie Apostoloff – 1/ L’Aïki à tout prix !

Marie est une personne déconcertante aux qualités indéniables. Elle est à mes yeux l’incarnation de l’esprit du Kishinkaï, l’association où l’on approfondit la pratique en se réjouissant. Car Marie, c’est cela : la bonne humeur et le plaisir de se retrouver mais aussi le travail sérieux et un investissement de tout son être.

Je lui laisse dès à présent la parole au travers de cette première interview à laquelle elle s’est prêtée, dans le cadre du fil rouge de ce blog (voir La Transversale).

 

Marie, lors de la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels de 2012 (par Olivier Le Rille)
Marie, lors de la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels de 2012 (par Olivier Le Rille)

 

Marie, quelle est la discipline que tu pratiques et ses particularités  ? Comment y es-tu venue ?

Je pratique un art martial Japonais, l’aïkido. Le premier cachet, témoignage d’une toute première participation à un stage date de novembre 2006. C’était lors d’une rencontre internationale animée par Tamura sensei au Bouscat, non loin de Bordeaux, une semaine après mes débuts dans la discipline. Je crois que je m’en souviendrai à vie. J’en ris d’ailleurs car d’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours foncé me lançant corps et âme dans ce que j’entreprenais, certes quelques fois sans réfléchir mais je n’ai jamais eu à le regretter. C’est dingue! sur le papier cela fait près de huit ans que je pratique, avec de nombreuses interruptions liées aux aléas de la vie, mais quand même! Je souris encore à l’évocation de ces presque huit longues et riches années et l’émotion pointe le bout de son nez.

Tamura Senseï
Tamura Senseï

La particularité de cette discipline est son aspect spirituel car bien loin de n’être qu’un sport, c’est une véritable philosophie de vie globale qu’elle propose, dans un but d’évolution et d’épanouissement de l’individu. L’aïkido développe un sens aigu  » du tempo « , de la  » musicalité  » d’un mouvement, afin d’être capable de répondre avec justesse à une situation donnée. Une constante remise en question est nécessaire ainsi que la paradoxale intuition d’être sur la bonne voie, un peu comme une sorte d’assurance en ce que l’on croit sans jamais trop savoir si l’on approche de la (sa) vérité. Ce monde n’est pas celui du confort, il faut alors se montrer patient et pugnace. Cet art martial passionnant favorise la connaissance de soi par le biais d’une prise de conscience importante de ses limites et de ses possibilités. S’adonner à une telle discipline favorise la maîtrise de l’ego… L’autre particularité de l’aïkido est qu’il se situe à mi-chemin entre une pratique collective, en s’entrainant à deux voire plus, et individuelle car l’immersion dans le monde de la sensation propre à chacun, est total. Un va-et- vient continu entre l’autre et soi. On y apprend à gérer la relation à autrui, grâce à la création de l’harmonie, de la fusion, en délaissant si possible la confrontation. Il est à noter que la discipline se montre généreuse envers ses adeptes car il est possible à chacun d’eux de l’enrichir en fonction de ses propres particularités. J’ai souvent dit que j’y étais venue par hasard mais en se penchant sur la question, le hasard existe-t-il ? Une période de vie un peu compliquée et ne sachant que faire de toute cette énergie, je me suis renseignée sur les arts martiaux. En premier lieu, ce que je désirais était de pratiquer le Sanda, très bien représenté en Limousin par la famille Moua mais l’envie de donner des coups sans forcément en recevoir m’a poussée à continuer mes recherches et c’est comme ça que je suis « tombée » sur l’aïkido. Aujourd’hui je me rends compte du bonheur et de la chance dont je bénéficie grâce à l’aïki, et suis heureuse et fière de pratiquer cette discipline qui m’apparaît presque obligatoire en tout cas bénéfique dans mon parcours de vie.

 » Avoir envie de donner des coups implique d’être capable d’en recevoir.  »

Marie, au sein de son premier club d'aïkido
Marie, au sein de son premier club d’aïkido

On parle souvent de sensations dans les arts martiaux (ou d’explorations sensorielles). Quelles sont les sensations que tu y trouves, ou celles que tu y cherches ?

Il est vrai que la recherche de sensations dans les Arts Martiaux est importante voire indissociable! Je trouve cette question très intime et malgré toutes les sensations que peut offrir une telle discipline, j’ai eu et j’ai encore pas mal de difficultés à y répondre.
On vit dans un monde d’excellence, de compétitivité, de victoire, de réussite, il faut être bon partout au boulot, en famille, avec nos amis sur un tatami…Nous sommes des êtres sociaux, engagés dans une vie agitée et stressante. Monter sur un tatami c’est en quelques sortes se débrancher de la vie extérieure, c’est entrer en soi, faire silence. Au travers de l’apprentissage des techniques, on apprend la discipline, le contrôle, l’effort, la douleur parfois, sortes de marches à gravir qui, franchies, donnent le sentiment d’avoir progressé. Un exemple: je reviens d’un stage en Belgique, où pour la première fois, j’ai réussi à disparaitre le temps d’un Kokyo Ho. Bref instant d’harmonie pure.
Les Arts martiaux sont un bon moyen de se confronter à soi-même, à ce que peut faire le corps et l’esprit. Ces victoires ont un petit quelque chose de « divin » et nous permettent de transcender notre nature. Voilà ce que je suis venue chercher.
L’une des raisons pour laquelle je pratique cet art martial est donc l’envie d’enrichir ma relation à moi-même, de connaître mes potentialités ainsi que mes manques ce qui correspond en fait à être à l’écoute de ce que je peux être. J’ai envie d’harmonie physique et mentale et je vois bien que cette société ne nous y incite pas forcément! C’est donc à nous d’aller la chercher, d’aller créer cette « culture de l’équilibre », de l’harmonie en soi ainsi qu’avec l’autre,et l’aïkido me paraît être l’outil parfait. Une fois cette  » mise à l’écoute de soi  » affûtée, nous devenons capables de comprendre, d’entendre l’autre et d’éventuellement l’aider à emprunter la voie qui est la sienne. Le ressenti est au cœur de cette quête. Lorsque l’on exécute une technique, la sensibilité et le sens de l’écoute, développés après des heures d’entrainement, vous font passer du monde de l’harmonie (awase), à celui de la fusion (musubi). Les relations (aussi bien sur tatami qu’en dehors) sont alors des plus saines et votre technique ne s’en trouve que plus efficace .
Techniquement, la modification de l’utilisation que je peux faire de mon corps, la recherche du geste parfait m’intéressent particulièrement toujours dans un but d’efficience. Bien entendu la douceur, la bienveillance, la modération, envers soi et l’autre m’intéressent également beaucoup. Fini l’égocentrisme et la fierté mal placée, grâce à l’aïkido voici venu l’ère de l’amour et de la sérénité.
Quels sont les autres sports ou pratiques que tu affectionnes ?

Ma première passion bien avant l’aïkido a été l’équitation. J’ai eu une chance inouïe, car pendant que certains vivaient une jeunesse entourée de béton, de violence ou d’ennui, j’étais libre, à 1m60 du sol avec 600 kg me poussant à aller de l’avant. J’ai pratiqué cet art pendant 10 ans, et ai décroché le galop 7. Le plus important est que j’ai accumulé des souvenirs pour le restant de mes jours. Mon premier  » sensei  » était donc mon prof de cheval, Alain Camenen, un Breton à fort caractère. Je crois que c’est auprès de cet homme que je me suis éduquée et je pense que les valeurs qu’il m’a transmises ne sont pas étrangères à la femme que je suis aujourd’hui. Du fond du cœur Alain, merci. Au-delà de ça, je suis éducatrice sportive titulaire du BPJEPS (brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et des sports), j’aime tous les sports. La pratique physique m’est nécessaire et s’il fallait me définir je dirais que j’ai besoin d’action et d’expérience sur le terrain.

Est-ce que tu y vois des liens ? Une continuité avec ce que tu fais ? Ou y vois-tu des choses bien séparées, bien cloisonnées ?

Je finis par voir des liens avec l’aïkido absolument partout alors oui bien sûr que j’y vois des liens. L’équitation et l’aïkido développent les mêmes principes, comme je l’ai dit plus haut, une certaine sensibilité à l’autre, une écoute, rechercher l’harmonie sans jamais vouloir soumettre mais au contraire composer, main dans la main avec un partenaire. Première différence, d’un côté, cet  » autre  » pèse 600 kg et de l’autre 100 kg tout au plus . Deuxième différence, le cheval ne triche pas et tu ne peux pas tricher avec lui.  » Il est « , un point c’est tout. En aïkido, tu as tes démons, l’autre aussi… J’ai parfois l’impression qu’il y a beaucoup  » d’illusionnistes  » au sein de cette discipline, les gens préférant cacher leurs défauts plutôt que de les travailler. De plus, une seule erreur avec un cheval et vous la payez cher ! Toutefois les deux activités sont de fabuleuses écoles de la vie. Elles te donnent l’opportunité d’apprendre humblement sur toi-même, de travailler dans le but de t’améliorer afin de devenir un être humain. Voici une citation qui me reste en tête, issue des  » traditions martiales  » d’Ellis Amdur:

 » Sur une terre où aucun homme ne peut être trouvé, aspire à en être un. » Du rabbi Hillel et extrait des « Traditions martiales » d’Ellis Amdur.

Traditions Martiales, de Ellis Amdur
Traditions Martiales, de Ellis Amdur
Avec Ellis Amdur (photo: Shizuka Sasa-Tamaki)
Avec Ellis Amdur (photo: Shizuka Sasa-Tamaki)

Dans les deux disciplines, la notion de danger est présente et importante. La différence entre les deux disciplines est de l’ordre de la nature même de celle-ci. J’ai plus souvent ressenti la notion de danger physique en équitation que sur un tatami, la peur de tomber, de se faire mal, c’est que le risque du handicap est bien présent, et il est une règle en équitation qui vous pousse à remettre de suite le pied à l’étrier en cas de chute, peu importe la peur, le doute ou les questions. Ça a du participer à forger mon caractère.
Et puis d’un autre côté certains acteurs du monde martial te font ressentir le danger par le biais de la forte pression psychologique qu’ils t’imposent. C’est sur un tatami et nul part ailleurs que j’ai vraiment et pour la première fois ressenti un tel danger, par le biais d’une forte intention (belliqueuse) dirigée vers ma personne. Le premier souvenir date d’il y a quelques années. Ellis Amdur était venu en France à Paris pour donner un stage, et nous avions eu la chance, nous, élèves du Kishinkaï, de bénéficier d’un cours particulier. Suite à cela, il nous a été possible de lui poser des questions, d’ailleurs je ne me souviens plus de la mienne. Je crois qu’elle concernait le travail de l’intention… Par contre, je me souviendrai longtemps de sa réponse. A l’autre bout du dojo, détendu, sans intention particulière, Ellis Amdur en une fraction de seconde, fond sur moi comme un prédateur sur sa proie. De stupéfaction, j’en trébuche et tombe. L’assistance rigole, et je reste seule par terre face à cet impressionnant ressenti. Mon incompréhension fut totale ce jour là c’est un don qu’il venait de me faire. Sans un mot, juste une très forte intention a suffi.
La peur est liée au danger, à la prise de risque, à l’incompréhension ou à l’incertitude. Je pense en avoir ressenti les deux aspects: la peur physique et psychologique. Du coup j’en apprends encore un peu plus sur moi-même, et j’ai bien noté que la peur psychologique m’inhibe un peu alors que la physique me pousse à trouver toutes les solutions en ma possession et ce dans l’instant même.

Comment abordes-tu ta pratique au quotidien (ton mental en arrivant à l’entrainement, par exemple, ou ton changement d’humeur par rapport au reste de la journée) ?

En arrivant à l’entrainement, en général, je suis stressée par le parcours en voiture et fatiguée par ma journée de travail. Le challenge réside dans l’espoir de retrouver l’harmonie, le silence et le calme. Dire que j’y parviens tout le temps serait faux, mais j’y travaille !

Qu’est-ce que ta pratique t’apporte ? Qu’est-ce qu’elle a changé en toi ?

L’aïkido que je pratique, le Kishinkaï aïkido demande de guetter ses tensions, physiques et mentales et d’en prendre conscience dans le but de les faire disparaitre. La pratique nous révèle…, il m’est ainsi difficile de tricher sur un tatami.
Ce que cela m’a apporté? Je dirais une connaissance plus fine, plus poussée de ce que je suis vraiment et de ce que j’aimerai être. Ce sont mes défauts en tant qu’humain que l’aïkido m’a révélés. Avant la question ne se posait même pas, je pensais être quelqu’un de bien, maintenant je sais qu’il faut travailler,  » se façonner  » sans relâche. Il faut une bonne dose de travail (rires). Depuis mon regard sur les autres et sur moi-même a changé.

rire et travail, avec Chaymaa
rire et travail, avec Chaymaa

Y a-t-il une personne (vivante ou décédée) qui t’inspire particulièrement ? (Ou un livre, au pire, s’il n’y a personne en particulier ?)

Il y a bien sûr Léo Tamaki dont je suis l’élève. Son rôle est important car il nous guide sur la voie. Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir un guide dans la vie! Il nous insuffle l’envie de nous dépasser, d’avancer, d’y croire. Que ce soit en nous, en l’avenir ou en l’aïkido. Il va m’être compliqué de lui rendre tout ce qu’il m’a donné et je pense qu’il se sent également redevable de ce genre de dettes envers ses propres maitres. Il nous apprend que la vie c’est recevoir afin de redonner, pour recevoir à nouveau. Et la boucle est bouclée, le cycle peut continuer.
Il y a aussi certains amis, nourrissant mes idées, me conseillant, m’épaulant dans des périodes de doutes. Merci à toi Alix 😉 ta sincérité et ta fidélité me vont droit au cœur et m’ont été utiles. Certains auteurs de livres m’apportent également beaucoup: Paulo Coelho, Bernard Werber, des philosophes comme Krishnamurti. J’ai particulièrement apprécié le livre:  » traditions martiales  » d’Ellis Amdur et son chapitre sur  » les femmes guerrières du Japon « . L’humanisme, la liberté, qui se dégage de ces hommes et de leur façon de penser alliée à cette idée de tolérance m’aident énormément! Certains parcours de vie m’inspirent également, je pense que l’humain a de tous temps, eu besoin de  » héros  » dans le but de s’inspirer de leur vie. De Marie Curie à Gandhi, demandons-nous qui nous voulons être et devenons-le! 😀
Il y a bien sûr mon père, décédé il y a un peu plus de deux ans et que je refuse de décevoir et bien entendu ma mère qui m’apporte un soutien indéfectible, d’une grande fidélité. Merci.

Est-ce que tu vis ton investissement au jour le jour ? Mais dans 10 ans, comment te vois-tu (partage par l’enseignement…, voyages …) ?

J’aimerai beaucoup voyager et être utile. Je t’avoue que j’ai quelques difficultés à me voir dans dix ans. Pour l’instant, disons que je fais confiance à la vie ainsi qu’aux personnes que je rencontre, on peut donc dire que je vis au jour le jour. Concernant l’avenir puisque telle est la question, il est capital d’avoir des rêves, et j’en ai. Alors si je te dis que dans dix ans, j’aimerais parcourir le monde, et par le biais d’outils comme l’aïkido, l’équitation, l’écoute, l’empathie ou je ne sais quoi encore, apporter ma pierre à l’édifice, que c’est comme un appel, tu pourras sourire face à tant de naïveté. L’adulte est un enfant qui a oublié ses rêves! Reconnectons-nous avec eux.

Maintenant, oublions tout ça. Décroche de notre lien martial. Parle-moi juste de toi (un petit texte court. Raconte-moi une blague ou un truc profond. Passe tes nerfs ou donne un coup de gueule. Donne un conseil aux générations futures. Ou fais un hommage à quelqu’un qui compte et t’aide. Une rencontre qui t’a marquée… ). Enfin, lâche-toi. Je veux pouvoir présenter plus avant ta personnalité par un petit texte qui te laisse la parole, voir vraiment qui tu es derrière le masque du parcours et de la pratique.

Tu veux quelque chose de rigolo!?  J’ai souvent l’impression d’être comme Naruto…:-D, quelqu’un d’un peu différent habité par une force colossale. L’enjeu de ma vie va être d’apprendre à la contrôler, afin de rendre au monde ce qu’il m’a donné. Quand je regarde en arrière, je me rends compte que je me suis toujours éclatée…
Je suis  » taillée pour le bonheur « , vraiment!

Marie et Isseï, au dojo d'Herblay
Marie et Isseï, au dojo d’Herblay

Pour suivre Marie :

http://mapostoloff.over-blog.com

Une pertinente présentation du travail de Marie, par Taro Ochaii :

http://kansenkai.com/post/117720105777/stage-kishinka%C3%AF-a%C3%AFkido-avec-marie-apostoloff-le

Vous pourrez également retrouver Marie Apostoloff très prochainement, dans les lignes de subo-subo.

Aurelia Voyer – 1/ La Passion en un Souffle.

Dans ma vie quotidienne, je croise et rencontre vraiment de nombreuses personnes. Que ce soit autour des bassins d’apnée, en mer, dans les dojos, les salons, sur les réseaux sociaux, les forums…

Malheureusement beaucoup ne sont que des figurants au milieu de la foule, voir des figurants dans leur propre vie. Mais certaines de ces personnes m’impressionnent, d’autres m’inspirent, quelques-unes me touchent particulièrement.

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Fraicheur Aurélia , la fraîcheur au naturel.

 

Avec Aurélia, c’est tout ça à la fois.

 

Je suis un homme sensible. Je ne m’en cache pas et cela me sert bien plus que ça ne me dessert. Je suis un homme sensible mais aussi un homme entraîné. En tant que coach, mon expérience me donne un œil avisé. Lorsque j’ai croisé le profil électronique d’Aurélia, et malgré l’abondance de profils similaires, je me suis tout de suite arrêté. Pourquoi ? Je ne saurais le dire. Mais après quelques mails échangés, j’ai eu la conviction que je ne m’étais pas trompé. J’étais tombé sur une sportive enflammée par sa passion et au potentiel énorme. Aurélia est une femme entière. Elle se donne sans concession, pour sa famille, pour ses amis, pour son sport. Et son sport, c’est Vivre sans Air !

            

A peine débutante dans la discipline de l’Apnée Sportive, elle est rapidement devenue une rivale de taille pour les autres féminines. D’ailleurs, c’est avec les garçons qu’elle s’entraîne. La difficulté, entrer dans le dur, ça ne lui fait pas peur. 

C’est avec une fierté toute particulière que je l’ai vue gravir progressivement les marches des podiums, et c’est avec une grande émotion que je la vois devenir Championne d’Île de France, le 19 avril de cette année.

 

J’avais décidé de créer un fil rouge sur mon blog (voir La Transversale) nous permettant de la suivre dans son évolution et de l’écouter exprimer son vécu et ses émotions. Sans plus attendre, voici donc la première interview d’Aurélia Voyer pour Subo Subo.

Echange et Concentration
Échange et concentration avant une épreuve

  

 

Bonjour Aurélia, peux-tu nous parler de la discipline que tu pratiques et de ses particularités ?

Bonjour Fabien. Je pratique l’apnée en piscine. La mer m’est peu accessible, étant donné que j’habite à Paris, et plonger en carrière me refroidit au sens propre comme au figuré ! Je le fais uniquement pour préparer le A3 et améliorer ma technique. J’envisage par contre d’emménager dans le sud et de découvrir l’apnée en mer dans un an ou deux, quand j’aurai atteint mes objectifs en piscine. Priorité à la compétition!

La vie sans air, quelques secondes d'intensité
La vie sans air, quelques secondes d’intensité

L’apnée a de nombreux visages: le statique (immersion des voies aériennes dans un bassin à faible profondeur le plus longtemps possible), le dynamique avec ou sans palmes (nage en apnée sur la plus longue distance possible). Pour le sans palmes, la technique de brasse est particulière.

Puis, d’autres épreuves existent en profondeur : on peut se haler le long d’un boot (immersion libre), descendre avec une monopalme ou en bipalme (poids constant), ne faire que de la brasse (poids constant sans palme), utiliser un poids ou une gueuse pour descendre (poids variable, no limit, skandalopetra)… C’est une discipline très riche où il est rare d’être bon partout tellement cela requiert des qualités différentes.

Comment es-tu venue à l’apnée sportive? Quelles ont été tes premières expériences ?

Je suis venue à l’apnée à la piscine, avec mon père. J’aimais cette sensation de liberté que l’on a sous l’eau. Ce silence m’apaisait beaucoup. J’adorais aussi être chronométrée. On faisait des concours avec mon père en s’accrochant à l’échelle. Ce sont de bons souvenirs et comme je ne suis pas très proche de lui de par nos différences de caractère, ça crée un lien. J’ai d’ailleurs reçu en héritage son souffle et son endurance de footballeur.

Contrôle de sécurité
Contrôle de sécurité par pression dans la main

Evidemment, comme beaucoup, vers l’âge de 12 ans j’ai été marquée par le film Le Grand Bleu de L. Besson. Mais c’est seulement à 27 ans, en 2010, que j’ai eu envie de faire de l’apnée un sport. L’idée ne m’avait jamais effleuré l’esprit auparavant. Pourtant, j’avais déjà pratiqué des sports en rapport avec l’eau, notamment la natation et l’aviron. Mais à cette époque l’apnée n’était pas encore une discipline très connue en province. Je n’y ai donc tout simplement pas pensé.

J’ai débuté dans un club de chasseurs, Abalone Chasse à Bordeaux, alors que j’étais en poste là-bas. C’était assez libre, trop sans doute pour une personnalité comme la mienne. Les entraînements étaient organisés sur le moment, les A3 et A4 étaient en autonomie, je les suivais déjà. Il n’y avait pas réellement de directives, à part surveiller son binôme. Avec le recul, cela ne me correspond pas. Je suis une passionnée, un brin casse-cou, je veux aller toujours plus loin, il me faut donc être encadrée et avoir un entraînement rigoureux.

C’est Eric Lachiver qui m’a donné le goût du statique dans ce même club. J’ai fait mes premières 5’15 en 2011. J’ai tenté une compétition pour voir, mais j’ai trop poussé, et j’ai fait une PCM à 4’45 (Perte de Coordination Motrice, ou communément appelée samba). A cette époque, je ne prenais aucun recul sur la situation, sur ma façon d’aborder l’apnée et mon corps, je m’en voulais juste de ne pas être capable de réussir.

Suite à mon emménagement en Ile-de-France, je me suis inscrite à la 7e Apnée, mais j’ai dû arrêter rapidement les entraînements pour des raisons professionnelles. J’étais épuisée et n’arrivais pas à suivre le rythme.

Je n’ai donc repris l’apnée qu’en septembre 2013 avec l’AS Diderot 12 qui est un club tourné vers le loisir, ce qui ne me convenait pas, et enfin avec Apnée Passion en janvier 2014 où j’ai trouvé mon bonheur en matière d’entraînement et d’exigence.

J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir m’inscrire dans ce dernier club.

Pour la petite histoire, je suis allée à une compétition, seule, sans encouragement ni coach. Courbevoie en décembre 2013. C’est là que j’ai rencontré David Leclerc avec qui j’ai beaucoup discuté. Il a compris que personne ne me soutenait et m’a encouragée à contacter le président d’Apnée Passion. Lors de cette véritable première compétition, j’étais à jeun, j’avais le cœur qui battait trop fort, une combinaison trop épaisse, l’eau était chaude, j’étais complètement déshydratée, j’avais fait un échauffement trop long jusqu’à 4’30… Bref: syncope directement. Je me rappelle nettement avoir demandé quel temps j’avais fait, alors que je portais encore le masque à oxygène… Maintenant j’en ris, mais à ce moment-là, c’était un anéantissement. Je ne me suis pas laissé abattre : j’ai rejoint Apnée Passion et avec Eric Poline et David Leclerc, on a tout repris à zéro. On m’a appris à écouter mes sensations.

La joie de l'accomplissement
La joie de l’accomplissement

On parle souvent de sensations dans le sport (ou d’explorations sensorielles). Quelles sont les sensations que tu y trouves ou celles que tu recherches ?

En apnée, je recherche, certainement comme beaucoup, les sensations de liberté, de glisse, de légèreté, de bien-être… Un cocon d’eau. Mais pour être honnête, ce ne sont pas tellement les sensations qui m’intéressent dans l’apnée. Cela touche plus à un idéal pour moi. J’aime l’idée d’absolu, je recherche le dépassement avant tout. Réussir à atteindre quelque chose qui à première vue semble inaccessible ou dangereux. C’est cela qui m’attire irrésistiblement. Mais depuis une bonne année, j’ai compris que cette notion de dépassement exigeait de moi que je me connaisse mieux, que je sache où sont mes limites, celles de mon corps, celles de mon mental… C’est donc une quête de soi, une quête de l’équilibre à travers la démesure.

Comme en suspens, durant un épreuve de dynamique
Comme en suspens, durant une épreuve de dynamique. l’équilibre interne est primordial

Quels sont les autres sports (ou pratiques) que tu affectionnes ?

J’ai pratiqué l’aviron en Charente. C’est très physique et méditatif. Ramer en cadence ou se laisser glisser au fil du courant… Cela me manque parfois, mais impossible de conjuguer l’enseignement, le shiatsu, l’apnée et l’aviron. Les jours et les nuits sont trop courts !

Je me suis remise à courir mais je manque de rigueur et j’ai du mal à m’y tenir avec mes trois entraînements d’apnée par semaine. Puis, mes genoux sont fragiles et j’ai des douleurs parfois. Je compte m’offrir un vélo d’appartement cet été.

Cet hiver, j’ai découvert le ski de fond. 30km par jour pour traverser une partie du Jura avec un ami apnéiste. Je pense avoir trouvé ce qu’il me faut comme sport en cette saison.

De manière générale, j’aime tester divers sports. Par exemple, j’ai essayé la nage en eau vive en mars. J’ai bien souffert dans l’eau froide de l’Eure mais cela change d’être en milieu naturel, c’est plus spontané, cela m’a beaucoup plu. A voir pour le cardio… Tout est question d’organisation.

En parallèle, je pratique le shiatsu depuis deux ans à l’École de Shiatsu Thérapeutique de B. Bouheret. Je souhaite en faire un métier, rester professeur de Lettres un temps, puis devenir praticienne progressivement en diminuant mes heures d’enseignement. Le shiatsu est une technique de massage énergétique japonais, proche de l’acupuncture, sauf que cela se pratique avec les pouces, la paume des mains et les coudes parfois. On fait aussi des fluidiques qui apaisent les émotions, comme en reiki. Cette technique ancestrale prend son origine dans les arts martiaux. La posture, le souffle, le rythme sont donc essentiels… Il faut être bien centré en soi pour être un bon praticien de shiatsu. Évidemment, cela exige de changer de mode de vie et donc des années de pratique et d’introspection.

Groupe de Shiatsu
Aurélia, au sein de son groupe à l’École de Shiatsu Thérapeutique de B. Bouheret

Est-ce que tu y vois des liens, une certaine continuité avec ce que tu fais ? Ou y vois-tu des choses bien séparées, bien cloisonnées ?

Pour moi, le lien entre l’apnée et le shiatsu est évident. Je travaille sur moi dans les deux cas. Apprendre à maîtriser mes émotions, les transformer en énergie positive, rechercher l’équilibre… C’est quelque chose que j’ai fait aussi en pratiquant l’Ashtanga yoga. J’y reviens avec la compétition. Accompagné de quelques exercices de visualisation et de postures de Qi Gong, c’est idéal comme échauffement.

Shiatsu Germain Chamot
Shiatsu, littéralement « pression des doigts », ici par Germain Chamot

Comment abordes-tu ta pratique au quotidien (ton mental en arrivant à l’entraînement, par exemple, ou ton changement d’humeur par rapport au reste de la journée) ?

Je ne fais rien de particulier. Je manque de temps entre le travail et l’entraînement. Mais avant les compétitions, je suis plus rigoureuse : je fais plus attention à mon alimentation, je ne bois pas d’alcool, je teste mon protocole de statique à sec, je reçois un shiatsu trois jours avant le jour J et je médite dans la posture de l’arbre ou je tiens les tigres en respect (Qi Gong).

Qi Gong
Posture de l’arbre, Qi Gong

Je consulte aussi une sophrologue et cela me fait le plus grand bien. Elle m’aide à gérer mon stress et mon émotivité. Il arrive encore que des entraînements ne se passent pas aussi bien que je le voudrais parce que mon mental est miné par une mauvaise nouvelle, une dispute, des tensions en classe etc. Cependant, j’arrive de mieux en mieux à me mettre dans ma bulle. Avant mes premiers 125m lors de la 3e manche de Coupe de France à Montreuil, j’ai fait un exercice de visualisation et je suis certaine que cela a joué. J’ai gagné d’un seul coup 15m sur ma dernière performance, ce n’est pas anodin. Quelque chose a changé ce jour-là. J’ai senti une sorte de déclic. J’ai pris un peu plus confiance en moi et j’aborde la compétition avec plus de calme.

Qu’est-ce que ta pratique t’apporte ? Qu’est-ce qu’elle a changé en toi ?

L’apnée m’enseigne à me poser des limites, à calmer mon impatience, tant dans le bassin qu’au quotidien. Je suis une fonceuse et ce côté tête-brûlée ne m’a pas valu seulement une syncope et plusieurs PCM. Aujourd’hui, j’apprends à me dépasser tout en respectant les limites actuelles de mon corps. Et des autres.

Y a-t-il une personne (vivante ou décédée) qui t’inspire particulièrement ?

Plusieurs personnes ont su me parler, souvent avec douceur et justesse, pour me faire réfléchir et m’aider à avancer.

D’un point de vue symbolique, le poète Rimbaud me fascine depuis l’adolescence. C’était un auteur qui voulait tout vivre, tout traverser, au point de s’en brûler les ailes et d’arrêter d’écrire. Pour moi, il incarne cette quête de l’absolu.

J’ai aussi vécu avec quelqu’un qui a su m’éveiller spirituellement alors que j’avais reçu une éducation, certes pleine d’amour, mais aussi assez stricte et religieuse. J’ai découvert que j’avais un corps, qu’il n’avait rien de honteux et qu’il fallait que je sois plus dans la sensation pour être bien. Pour être moi.

Cette rencontre m’a bouleversée, m’a transformée, m’a construite et m’a renforcée. Par exemple, j’avais de mauvais souvenirs des cours de danse classique. Cette personne m’a incitée à faire de l’Ashtanga yoga à ses côtés afin de m’aider à prendre confiance en moi, à être plus à l’aise avec mon corps. J’y suis allée à reculons, et à ma grande surprise, j’ai beaucoup apprécié. Je ne me suis pas sentie jugée. Je suis donc partie à la recherche de ma petite voix intérieure avec le yoga, puis, avec le shiatsu et l’apnée. J’ai comme changé de peau entre mes 28 et 32 ans et j’ai découvert à travers cette relation la spiritualité telle que je la recherchais: entière et libre, sans tabous, sans dogmes.

Yoga
Séquence d’ashtanga yoga

Dans le milieu de l’apnée, je suis assez impressionnée par les performances de Sophie Jacquin qui est une athlète complète, hors pair au niveau national, tant en piscine qu’en mer. On peut avoir l’impression que rien ne lui résiste et qu’elle réussit tout ce qu’elle fait. Mais je n’ai encore jamais eu l’occasion de la croiser lors de compétitions.

Lydia Horel aussi a boosté mon envie d’aller plus loin en s’entraînant dans la ligne juste à côté quand elle faisait partie d’Apnée Passion. La voir réussir m’a donné envie de me donner à fond. J’ai eu plus l’occasion de discuter avec elle suite à ma PCM à Angoulême en janvier 2014. Lydia a su me donner des conseils à la fois judicieux et stimulants. Elle m’a dit que l’apnée était une découverte de soi et que mon travail consistait à me poser des limites et que je continuerais de foncer dans les murs tant que je refuserais de l’accepter. A ce moment-là, j’ai reçu comme un électrochoc et j’ai pris la décision d’arrêter la compétition peu de temps après dans le but de travailler sur moi. J’ai continué de m’entraîner dur, je me suis mise à la monopalme, j’ai écouté et suivi tous les conseils du coach, j’ai observé les compétiteurs, visionné des vidéo etc. J’ai accepté la leçon que la vie m’a donnée. Cela m’a plutôt réussi.

Est-ce que tu vis ton investissement dans la pratique au jour le jour ? Ou programmes-tu scrupuleusement ta préparation ?

planning

Je n’ai pas de préparation régulière pour le moment mais j’y viens à force d’observer les compétiteurs de haut niveau: apnée à sec, gainage, course à pied (vélo ?), travail de la technique en piscine. Mais je vis cet investissement pleinement. Cela fait une saison entière que je donne une grande partie de mon temps et de mon énergie à l’apnée, tant lors des entraînements qu’en compétition. C’est une passion, je me sens transportée.

As-tu un binôme lors des entraînements ?

Non, je m’entraîne en groupe, dans deux clubs différents. Apnée Passion où je suis en ligne compétition et Les Dauphins de Nogent où je suis en ligne performance. Trois entraînements par semaine. Cela me fait aussi trois entraîneurs. Un champion, Eric Poline, et deux juges, David Leclerc et Marc Salacroup. Difficile de se repérer dans tous ces conseils !

Malheureusement, aucun des trois ne peut être à mes côtés lors des compétitions. Cela me manque parfois. Je ressens le besoin qu’il y ait quelqu’un qui me parle pour me rassurer ou/et me fixer des limites avant que je mette la tête dans l’eau.

L'équipe Breath Me au complet
Au sein de l’équipe Breath Me, à Annecy

Tu as plusieurs coachs, qu’est-ce que t’apporte cette diversité et quelles sont leurs différentes lignes de conduite ?

 

Eric m’apporte sa riche expérience de la compétition, il a toujours une anecdote à me raconter, une correction à apporter sur le plan technique. Son attitude détendue est vraiment enviable !

David, lui, est à la fois direct et très pédagogue, il sait me dire ce qui ne va pas sans équivoque et c’est en grande partie en travaillant avec lui l’apnée statique que j’ai appris à me poser des limites.

Je suis bien avec l’approche à la fois humaine et posée de Marc. Il est calme, carré mais patient, malgré le fait que j’aie du mal à être parfois totalement concentrée. Aucune froideur ou autorité exagérée chez lui. De toute façon, cela ne fonctionnerait pas avec moi… Je me sens en confiance avec lui comme coach. Il sait aussi me parler franchement quand j’en ai besoin, généralement après une compétition où il pense que je n’ai pas respecté ce qui avait été entendu entre nous.

Il est vrai que je ne sais pas bien où se trouve la frontière du « mon corps peut le faire/mon corps ne peut plus le faire ». Cela m’a déjà valu un dynamique non validé pour faute de protocole. J’ai la tête dure. Mes entraîneurs s’accordent pour dire que je suis trop impatiente, et c’est vrai. Je suis en apnée ce que je suis dans la vie. Comme tous, je présume. Je brûle de faire plein de choses, de découvrir plein de pays, cultures, hommes et femmes. J’aime la victoire aussi, même si sur le podium je reste très intimidée.

Patient
Patient je dois rester, avec cette apprentie

Tout ça c’est un mélange explosif et j’ai besoin d’un coach très patient !

Participes-tu à des stages, en plus de tes entraînements hebdomadaires ?

Oui. Je reviens d’ailleurs d’un stage organisé par Jérôme Chapelle (GGCoaching), en compagnie de Guillaume Bussière, Nicolas Fougerousse, Olivier Azzopardi, Maxime Pature, Anthony Carlhian et Birgit Ehrenbolger.

J’avais un peu d’appréhension avant de commencer. Une fois à la piscine, je me suis d’ailleurs demandé ce que je faisais là au milieu de ces champions ! Jérôme nous a donné des exercices à faire en binôme, c’était bien adapté à chacun. La première journée, j’ai fait du dynamique pour qu’il puisse observer et corriger mon palmage (petites palmes et monopalme). On a travaillé ma vitesse, on a fait de l’apnée hypercapnique assez intensive et, en soirée, du statique en série, sans récupération : poumons complètement vides, vides (une légère inspiration) et pleins.

Le lendemain, j’ai découvert le fractionné sur une piste d’athlétisme, puis, on a retrouvé les petites palmes pour du lent, et enfin de l’apnée statique pour clore la journée.

Le dernier jour était réservé à la technique : j’ai corrigé mon mouvement de bras en sans palmes et mon virage en dynamique. Espérons que cela m’aide à mieux glisser lors du Championnat de France !

Virage
Le virage en dynamique, avec monopalme (GGCoaching)

L’enseignement de Jérôme est maintenant très réputé au sein de la communauté apnéiste française. Qu’est-ce ce stage t’a apporté comme plus-value, par rapport à tes débuts ?

Ce stage a amené une grande remise en question pour moi. C’est positif.

Il vaut mieux que je change mes habitudes maintenant que je débute dans le monde de la compétition. Mais comme me l’a répété Jérôme, il ne faut pas se précipiter. Cela ne compte pas réellement d’être fort, de faire une performance. Ce qui compte, c’est de rester fort, et pour cela il est essentiel de prendre son temps.

Etre et durer
Objectif : rester forte

Alors, à moi de prendre le temps de digérer toutes ces informations, de les intégrer à mes entraînements progressivement. A moi de trouver à force d’essais le dosage de vitesse et de mouvements qui me conviendra personnellement. Ça ne m’apporte rien de tourner en rond en pensant à ma vitesse, à ma technique de virage, ça me met juste la pression. Je garde donc tout ce que j’ai appris durant ces trois jours de stage intensif dans un coin de ma tête et les choses se feront d’elles-mêmes quand je serai prête. Qui sait ? Cela arrivera peut-être plus tôt que ce que j’imagine.

Pour le Championnat de France, j’ai juste envie de laisser faire ma monopalme… Je suis certaine que laisser parler mon instinct est la meilleure solution qui soit.

Dans dix ans, tu te vois où et comment (partage par l’enseignement, voyages, quotidien…) ?

Dans dix ans, j’espère être praticienne de shiatsu, voire enseignante de shiatsu, aux côtés de quelqu’un qui partagerait mes valeurs et qui vibrerait aussi pour sa (ses) propre(s) passion(s). Dans l’idéal, j’aimerais vivre près de la mer et poursuivre la compétition. Si je ne progresse plus dans ce domaine, devenir encadrante MEF2 pourrait m’intéresser. Et continuer de voyager bien sûr!

Rencontre profonde
Rencontre sous-marine, lors d’un voyage

Un voyage riche et long assurément. Merci Aurélia pour ce témoignage et cette découverte d’un monde qui ne commence qu’une fois qu’on a pris sa dernière inspiration. Nous te retrouverons très bientôt dans les lignes de subusubo.wordpress pour suivre tes aventures et ton évolution, notamment ta participation aux Championnats de France.

Envol
Aurélia prend son envol dans le monde de l’apnée

Je suis heureux que tu aies accepté de participer à ce projet de suivi sportif et de partager avec les lecteurs de Subo Subo ta passion, en un souffle !

jamais seul
http://freedivingsafety.org/

 

Surtout, ne plongez jamais seul !

Mais toujours avec un partenaire, au moins.

Prochaines publications :

– La Pratique Emotionnelle

– L’interview de Marie Apostoloff, enseignante de Kishinkaï Aïkido.

La Transversale

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Il y a dans chaque sport ou pratique martiale des notions transversales et que l’on peut appliquer à bien d’autres domaines.

« J’ai appliqué les principes de la tactique à tous les domaines des arts. En conséquence, dans aucun domaine je n’ai de maître. » Musashi Miyamoto

Certains enseignants, artistes, ou passionnés, quel que soit leur domaine, arrivent à appliquer leurs principes dans d’autres activités de manière très pertinente. Leur niveau de maîtrise dans leur discipline, leur compréhension leur utilisation du corps les amènent à devenir maîtres dans toutes les autres. Finalement le point commun à toutes les activités physiques pratiquées , c’est soi !

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(Kono Yoshinori, principes fondamentaux et universalité)

Pour illustrer ces principes transversaux  et pour créer un véritable fil rouge dans cette exploration, j’ai décidé de vous présenter trois personnes qui me tiennent à cœur. Chacune appréhende le monde au travers de sa ou ses spécialisations, et chacune possède cette finesse dans leur recherche de globalité.

C’est dans mon ouverture au monde et dans ma propre quête d’universalité que j’ai rencontré ce trio gagnant. J’ai alors décidé (oui, c’est un blog, pas une démocratie !) de les mettre à l’honneur, non pas par un article, qui ne serait que trop succinct au vu de leurs mérites, mais par un suivi régulier où je souhaite laisser une grande place à leur parole, que ce soit un enseignement, un coup de gueule ou un partage d’émotion.

Issus du monde sportif ou martial, ces pratiquants ont chacun fait de leur passion un art de vivre. Nous pourrons ainsi les accompagner dans leurs évolutions, vibrer au rythme de leurs ressentis et s’enrichir par leurs expériences.

Tant pis pour la parité, voici ces deux femmes et cet homme, à la fois simples dans leur vie et d’exceptions de par leur engagement.

La première de ces dames : Marie Apostoloff.

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J’ai rencontré Marie lors de mon premier cours d’aïkido au dojo rue Henri Regnault donné par Léo Tamaki (quelques années après ma première rencontre avec lui). Quelle ne fut pas ma surprise de voir cette petite boule de nerf et de bonne humeur, sautant sur le dos de ses partenaires avant le cours et se transformant du tout au tout, en guerrière à la concentration aigüe dans le travail technique !

Marie est une personne qui ne laisse pas indifférent. Bon, on la remarque, c’est sûr. Elle a une forte personnalité, le verbe haut et spontané. Pourtant, elle est empreinte d’une très grande humilité et d’un profond respect envers ses pairs.

Aujourd’hui, j’appréhende les stages où je ne la retrouve pas, de peur de manquer de joie de vivre dans le cours et surtout afin de me confronter à quelqu’un qui ne me laissera passer aucun défaut, tout en restant à l’écoute.

Marie est maintenant nidan (=deuxième dan) en aïkido Kishinkaï. J’ai apprécié lui servir un peu d’uke dans sa préparation au passage de ce grade et y assister. Elle est une fine technicienne et une travailleuse acharnée que tous reconnaissent.

311433_4818920673804_623846289_n(Avec Issei Tamaki, au dojo d’Herblay)

« Je cherche à reprendre contact avec moi-même. À connaître mes potentialités ainsi que mes manques, ce qui correspond en fait à être à l’écoute de ce que je suis. J’ai envie d’harmonie physique et mentale (…)

Qu’est-ce qu’un mental de guerrier ? Est-ce le fait de ne jamais douter ? (…)

Le doute fait partie de la route et à ce titre, ne nous laissons pas submerger par ce  » fidèle compagnon « , entourons-nous plutôt d’humilité et de modestie, en acceptant nos imperfections sans jamais cesser de les travailler. (…)

Je suis  » taillée pour le bonheur « , vraiment ! »

(Extrait de l’interview de Marie Apostoloff, à retrouver dans son intégralité très prochainement sur Subo-Subo)

 

Vient ensuite mon coup de cœur de chez les apnéistes : Aurélia Voyer.

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J’ai découvert Aurélia un peu par hasard, par le biais des réseaux sociaux. Je me suis très vite intéressé à son palmarès grandissant et à son parcours. Sa personnalité m’a ensuite rapidement séduit de par son côté énergique et volontaire. Voyant en elle un fort potentiel dans l’apnée sportive, j’ai décidé de croire en elle et de lui apporter mon soutien et mon amitié.

Et en amitié, elle partage sans compter. C’est elle qui m’a redonné goût à la compétition et nous y avons vécu des moments intenses ensemble.

Aurélia est une femme entière qui semble impatiente. En réalité, elle est une personne qui essaie seulement de ne pas perdre son temps et qui met un point d’honneur à devenir ce qu’elle sent être au fond d’elle. Elle est l’incarnation vivante de la seconde phrase de ce dicton : « qui ne veut pas trouve des excuses, qui veut trouve des solutions ».

Elle écoute, elle teste, digère et cogite. Une athlète qui pige et qui galope. Elle sait s’entourer des meilleurs coachs mais surtout, elle se fait elle-même !

C’est avec un très grand plaisir que je la regarde se battre, trébucher, se relever et monter sur de plus en plus de podiums.

10426233_818551694860361_4878092225842065506_n(En épreuve de Dynamique avec palme, par psmcafe)

« Je suis venue à l’apnée à la piscine, avec mon père. J’adorais qu’il me chronomètre. J’aimais cette sensation de liberté que l’on a sous l’eau. Et ce silence m’apaisait aussi beaucoup. (…)

Pourtant, ce ne sont pas tellement les sensations qui m’intéressent dans l’apnée. Cela touche plus à un idéal pour moi. J’aime l’idée d’absolu. Je recherche le dépassement. Réussir à atteindre quelque chose qui à première vue semble inaccessible ou dangereux. (…)

Cette notion de dépassement exigeait de moi que je me connaisse mieux, que je sache où sont mes limites, celles de mon corps, celles de mon mental… C’est donc une quête de soi, une quête de l’équilibre à travers la démesure. » (Extrait de l’interview d’Aurélia Voyer, à retrouver dans son intégralité très prochainement sur Subo-Subo)

 

Enfin, voici l’homme du trio. Celui qu’on ne présente plus. Si, quand même ? Ha, bon ! Philippe Billard. Un ovni dans le monde de la course d’endurance.

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Philippe est le directeur de publication de la revue Ultra Mag (le sport de zéro à l’infini, c’est parlant !), co-auteur du livre/film Ultra-Trail, auteur du livre blanc « les secrets de la respiration performante » et naturellement grand spécialiste de la course d’ultra-fond -tout ce qui est au-delà du marathon- .

Philippe, c’est la douceur. Le dépassement dans le corps par la compréhension des verrous et des leviers de l’esprit. Pour autant, Philippe est un instinctif. C’est un touche-à-tout mais qui sait où il veut aller.

S’il est une discipline mentale, c’est bien la course à pied. S’il y en a une qui transcende le genre, c’est le 6jours/6nuits. Philippe, son truc, c’est cette folie. Mais aussi la folie de rire de tout et la folie vivre pleinement.

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(Concentration, visualisation, au sein du Laboratoire Holiste)

« Je pratique l’ultra-endurance, ou pour être plus explicite, la course à pied au-delà du marathon, et si possible, bien au-delà. Cela inclut les courses de montagne (jusqu’à 160 km pour ce qui me concerne), les 100 km sur route, les courses horaires (de 6 h à 48 h), et les multi-days. J’en ai couru une centaine depuis 2000. Ces dernières années, j’ai jeté mon dévolu sur les 6 jours en version tapis de course. Il s’agit de courir 144 heures en s’arrêtant un minimum et en couvrant la distance maximale. (…)

La culture martiale asiatique a toujours fait partie de moi. Loin d’être un expert, loin d’avoir voulu en faire ma voie unique, j’y ai puisé au fil des années ce qui me parlait le plus profondément. (…)

La recherche du geste parfait, de l’équilibre, du souffle juste, du timing, et plus que tout, d’un transfert de la pratique sportive vers l’être humain que je suis au quotidien. C’était une réponse compliquée pour dire un seul mot : simplicité. Ne m’intéresse que ce qui tend vers la simplicité et la pureté. (…) » (Extrait de l’interview de Philippe Billard, à retrouver dans son intégralité très prochainement sur Subo-Subo)

Vous pourrez dorénavant suivre régulièrement, de manière individuelle et intimiste, les aventures d’Aurélia, Marie et Philippe sur Subo-Subo.

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(Aurélia – Philippe, par Francis Hachem -Marie avec Ellis Amdur, par Fabien Kasman)